Depuis plusieurs mois, la province minière du nord-ouest
du Maroc connaît de vives tensions. Seul employeur de la région, l’Office chérifien des phosphates est en plein
boom. Les enfants des familles de mineurs craignent de ne pas profiter des créations d’emplois.
Depuis deux jours, la page Facebook de l'OCP
Skills, vaste programme de recrutement lancé par l’Office chérifien des phosphates (OCP), est prise d’assaut. Cinq mille huit cents personnes, dont le processus d’embauche a été lancé en juillet,
ont commencé à rejoindre les 20 000 salariés du groupe. Quinze mille autres attendent, elles, de se voir proposer une formation en partie en vue d’être recrutées.Car le secteur est en plein boom : portées par la forte demande de matières premières, les
exportations de phosphates et de leurs produits dérivés ont progressé de 44 % en valeur au premier semestre.
La province de Khouribga, à 120 km au sud-est de
Casablanca, détient l’un des plus vastes gisements mondiaux de minerai de phosphate, utilisé dans la fabrication d’engrais, dont le royaume est le troisième producteur mondial et le premier
exportateur. Première entreprise industrielle du Maroc, l’OCP réalise un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros par an et assure près du quart des exportations du pays.
Déja des heurts en
juillet
Pour autant, la ville de Khouribga est loin d’être paisible.
Depuis plusieurs mois, les forces de l’ordre stationnent ostensiblement dans différents points de la ville. En février dernier, le recrutement par l’OCP de travailleurs venus de la région de
l’Oriental (nord-est) et du sud du Maroc avait mis le feu aux poudres, provoquant des émeutes et des actes de vandalisme. Début juillet, de nouveaux heurts ont éclaté, se soldant par
l’arrestation de 16 personnes et des dégâts estimés à 50 millions de dirhams (4,40 millions d’euros).
Car la croissance de l’OCP n’a guère profité aux populations
locales. La sous-traitance a été transférée à Casablanca et Safi, à une centaine de kilomètres. « Ce que je reproche à l’OCP ? Plusieurs choses : les atteintes à l’environnement,
les paysans expropriés sans grande contrepartie. On leur donne 40 000 dirhams l’hectare (3 550 €). Et puis l’Office ne recrute pas assez les jeunes de cette ville. Il ne participe
pas au développement économique local », assène, amer, Mohamed Jabbar, secrétaire général de la section locale de l’Association
marocaine pour les droits humains (AMDH).
"On exige
l'intégration de nos enfants!"
« S’ils ne veulent pas trouver une solution à nos problèmes, alors qu’ils nous tuent et
nous laissent en paix ! », gronde Houcine Jouahari, ancien mineur, retraité de l’OCP. « On a laissé notre santé dans cette mine, la plupart sont morts de silicose. Avec nos
familles, nous vivons dans la misère. Et ils recrutent des “étrangers” ! Nous, les retraités de l’OCP, on exige l’intégration de nos enfants. C’est notre droit ! », clame le
vieil homme.
À Khouribga, hors la mine, point de salut. Le travail manque et les entreprises
sont peu nombreuses. « J’ai 34 ans et suis toujours au chômage. C’est pas une vie, ça ! », se désole Ismaël, le regard fiévreux. À une dizaine de kilomètres du centre-ville,
le café de Boujniba est le repère d’une jeunesse désœuvrée, entre kif et parties de cartes. Accusés d’être
instrumentalisés par les islamistes ou encore le mouvement du 20 Février, les jeunes se défendent. « Ce qu’il se passe ici, ce n’est pas politique. C’est une question sociale, affirme
Rachid, grand gaillard de 30 ans et fils de mineur. Nous sommes nés ici, on a grandi, vécu, étudié à Khouribga. L’OCP a pris notre terre pour exploiter le phosphate. On subit la
pollution. Nos parents n’ont rien eu. C’est normal, qu’ils nous embauchent ! »
La crise complique encore plus la situation
D’autant que la situation est tendue : depuis plusieurs mois, des habitants
qui avaient émigré en Europe, rentrent au pays, en raison de la crise. Un afflux qui risque de compliquer un peu plus la situation.À l’annonce du programme OCP Skills, de nombreux habitants se sont empressés de dénoncer le clientélisme et les irrégularités.
« On a choisi 4-5 familles par quartier. Pour calmer les gens », estime Hicham, bénéficiaire d’une formation. « Sur 90 000 candidatures reçues, on a sélectionné 5 800 personnes, en priorité originaires des zones minières, se
défend Mustapha El Ouafi, responsable du programme OCP Skills à Casablanca. On comprend très bien qu’il existe une certaine frustration. Car les attentes sont énormes. Mais le processus de
sélection est basé sur des critères objectifs, tenant compte de l’adéquation entre les profils et les besoins de l’entreprise. »
Attirés par le dynamisme économique
du royaume et confiants dans sa stabilité, ils sont nombreux à s’y établir.
Installé sur la terrasse de son appartement de Casablanca, Pascal Jousse, la
cinquantaine enjouée, travaille à l’écriture d’une sitcom qui sera diffusée en août, pendant le ramadan, à la télévision marocaine. C’est son quatrième script. Dans trois ans, cet instituteur
compte bien prendre sa retraite au Maroc : « J’ai de nombreux projets. Théâtre, écriture… Je suis bien ici, confie-t-il. C’est difficile aujourd’hui de décrocher un poste au
Maroc ! Ceux qui y sont ne veulent plus partir. Il y a le soleil, la qualité et le coût de vie, presque 40% moins chère qu’en France. On peut se permettre d’avoir du personnel de maison… Pas
étonnant que les retraités français sont de plus en plus nombreux à venir s’y installer !». D’autant que l’Etat marocain les y encourage : les Français bénéficient d’un abattement de
40% sur leurs revenus déclarés, puis d’une réduction d’impôt de 80%.
On estime à 55 000 le nombre de ressortissants français établis au Maroc, un
chiffre en constante augmentation. « Ils sont de plus en plus jeunes ; ce sont, de plus en plus souvent, des couples franco-marocains, et leur principale motivation pour émigrer reste
le travail, observe Aurélia Picod-Kinany, docteur en sciences sociales. L’image que l’on a souvent d’expatriés menant une vie dorée est loin de la réalité. Qu’il s’agisse de cadres détachés,
d’entrepreneurs indépendants ou de personnel recruté localement, le Maroc n’est pas toujours peur eux un eldorado. Mais, contrairement à la France, il reste le pays de tous les
possibles ».
A Casablanca, aussi, Christophe Cornet, directeur financier d’une société de
bâtiment et travaux publics (BTP), expatrié depuis cinq ans au Maroc, habite une grosse villa du quartier résidentiel de l’Oasis. Il y a placardé une carte du royaume, hérissée de punaises de
différentes couleurs : des dizaines de points rouges, verts et bleus indiquent le niveau de difficulté des treks effectués par ce passionné de montagne. Séparé depuis quelques mois de la
mère de ses jumelles, repartie en France, car « elle ne s’adaptait pas », il n’envisage pourtant pas de rentrer de sitôt : « J’ai désormais quatre enfants à charge, alors il
faut assurer ». En venant s’établir au Maroc, ce Grenoblois a vu son salaire augmenter de 20%. La location de sa maison et les billets d’avion pour rentrer en France au moment des vacances
sont pris en charge par sa société. Il a donc, ici, un niveau de vie bien supérieure à celui qu’il avait en France. D’autant que de l’autre coté de la Méditerranée, le BTP va mal…
Débarqué de Paris il y a 6 ans avec la mission d’établir un centre d’appels, Eric
Picot, 52 ans, a changé de vie. Il coule aujourd’hui des jours paisibles dans une maison d’hôtes nichée dans la campagne, près de Marrakech. Cadre chatoyant, piscine bordée d’oliviers, cuisine du
terroir : à Dar Tougga, le temps s’écoule lentement. L’époque où Eric affichait sa réussite en Porsche semble loin. Terminées les navettes entre les deux pays pour assurer le développement
de sa filiale marocaine. Il a appris la darija, l’arabe dialectal, et s’est reconverti dans le tourisme. « A la fin, j’avais une centaine
d’employés, mais j’en voulais toujours plus, je n’étais jamais satisfait. Et pas heureux, raconte le chef d’entreprise reconverti. J’allais souvent dans le désert. Je me suis demandé :
« A quoi ça rime ? » J’ai décidé d’arrêter, de changer de rythme ».
Pour Géraldine Guilmoto, 39 ans, le déclic se produit lors d’un séjour à Marrakech
il y a dix ans. « J’ai eu un coup de cœur pour cette ville. Je travaillais à Paris dans l’événementiel ; mon mari dans le marketing. On cherchait à partir, pour avoir une meilleure
qualité de vie. Je n’ai pas eu de mal à le convaincre. On a tout lâché et recommencé à zéro dans l’artisanat », explique cette jeune maman. Les Guilmoto ont un peu d’argent de côté. Ils se
forment et se lancent dans la fabrication de bougies décoratives.
Des métiers réservés aux
Marocains
Arrivé à Casablanca il y a trois ans, Christophe Oberlaender, la quarantaine
juvénile, affirme que la France lui fait peur : « C’est un vieux pays en fin de cycle. » A 30 ans, il ouvre à Nice un premier restaurant. Dix ans plus tard, il souhaite en ouvrir un
second. « J’ai vite compris que cela ne serait pas possible ». Il évoque la frilosité des banques, la fiscalité, l’explosion des prix de l’immobilier, la règlementation de plus en plus
contraignante, sur le tabac, l’alcool, la sécurité ou l’hygiène.. « J’avais le sentiment de ne plus avoir d’horizon. Au Maroc, on peut encore imaginer, avoir des projets. Cela n’a pas de
prix ». Avec ses associés marocain et français, il ouvrira dans quelques semaines une plage privée à Dar Bouazza, à une vingtaine de kilomètres au sud de la capitale économique du royaume Un
lieu qui promet d’être festif, destiné à une clientèle argentée.
« Il faut être entrepreneur au Maroc. Quand on est bon, il y a beaucoup de
choses à faire. Mais il faut travailler énormément », affirme pour sa part Gilles Bourguignon, le chef du Bô-Zin, un restaurant tendance de Marrakech. A 42 ans, il a beaucoup roulé sa bosse
avant de poser ses valises dans la ville ocre. « Quatre chefs sur cinq repartent, affirment-ils, parce qu’ils sont incapables de s’adapter. En France, la cuisine est un monde d’hommes, assez
dur, autoritaire, où on s’insulte facilement. Agir ainsi au Maroc est impensable. On a beau avoir travaillé à l’étranger et dans des pays en développement, le Maroc, c’est
compliqué ».
Les « complications » ne sont pas que d’ordre culturel. Mère de deux
grands garçons, Marie-Noëlle Farrie, pharmacienne de formation, a mis deux ans avant de pouvoir démarrer sa société de services et de vente de matériel médical à Casablanca. Au départ, son idée
était de monter une structure de soins à domicile, un créneau encore inexploité au Maroc. « Je me suis heurtée à la loi. Cela n’était pas prévu, donc pas autorisé. Même si certains médecins
le font de façon informelle », explique t-elle. La réglementation marocaine protège aussi certains métiers - avocat, architecte, kinésithérapeute, médecin ou pharmacien - en principe
réservés aux ressortissants marocains ou aux étrangers mariés à des Marocains. Des exceptions peuvent être accordées, mais les barrières administratives sont alors difficiles à franchir.
Volontaire, Marie-Noëlle Farrie ne regrette pas son choix : « On ne nous attend pas, il faut se battre, mais la France n’est pas facile non plus : il y a, de l’autre côté de la
Méditerranée, une sinistrose très pesante. »
Protégé par de vastes enceintes, au cœur d’un parc ombragé, le Cercle amical
français de Casablanca (CAFC), qui compte 9 000 membres, est une institution. Plus de quarante ans que des générations de Français résidant à Casablanca fréquentent ce lieu, l’un des rares de la
capitale économique à être doté d’infrastructures sportives aussi nombreuse : piscines, terrains de basket, de football, de tennis, écuries, rampe de skate, salles de musculation, de danse,
aires de jeux pour les enfants…. Le droit d’entrée, qui y donne accès à vie, tourne autour de 1300 euros. Wladimir Chostakoff, président du CAFC et conseiller (élu) à l’Assemblée des Français de
l’étranger (AFE), ne déteste rien de plus que d’entendre dire que les Français du Maroc sont des nantis. « Au Maroc, martèle-t-il, celui qui travaille, gagne de l’argent, mais il faut
retrousser ses manches. Et s’il y a un problème, personne ne vous vient en aide. Si ma maison est inondée, personne ne me donnera quoi que ce soit ». Mais le dossier qui fâche vraiment les
Français du Maroc, c’est celui de l’école. Depuis trois ans, les frais de scolarité ont augmenté d’environ 40%. Scolariser un enfant à la mission française coûte désormais près de 2 600 € par an.
Une hausse des coûts qui risque de s’accompagner d’une baisse de la qualité de l’enseignement : lorsqu’ils partent, les professeurs sont de plus en plus souvent remplacés par des
non-titulaires, sous contrat local.
Un tremplin pour rebondir en
France
Il arrive aussi que l’aventure marocaine serve de tremplin pour rebondir en
France. Arnaud et Laurence Schmeltz, originaires de Paris, ont créé il y a quatre ans un studio graphique à Casablanca. L’expérience leur laisse un sentiment mitigé. « La porte semble grande
ouverte, mais il y a beaucoup de non dits et une sorte d’incompréhension culturelle » affirme Laurence. En panne de débouchés en France, le couple a paradoxalement pu, grâce au Maroc,
basculer de l’univers de la pub à celui de la décoration. Aujourd’hui, leurs clients européens sont séduits par des concepts développés et testés dans le royaume, où fabriquer coûte encore huit à
dix fois moins cher.
Christelle Marot
La communauté française en
chiffres
Selon le ministère des Affaires étrangères à Paris, le Maroc comptait, fin 2010,
41 129 personnes inscrites au registre mondial des Français établis hors de France ; un chiffre en hausse de 5% comparé à 2009. Sur le continent africain, le royaume chérifien est le premier
pays d’accueil de la communauté française, devant l’Algérie (28 000) et la Tunisie (20 000). Hors l’Europe et l’Amérique du Nord, qui drainent 63% de cette communauté, le Maroc est la seconde
destination des Français à l’étranger, derrière Israël (59 000).
Mais, de l’avis général, ces chiffres sont sous-évalués. De nombreux
ressortissants ne prennent pas la peine de se faire connaître auprès des services consulaires. Selon Wladimir Chostakoff, qui représente le Maroc à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE),
les ressortissants de l’Hexagone seraient environ 55 000 dans le royaume dont environ 60% de
binationaux. Ceux qui ne sont pas pris en compte par les statistiques officielles dont souvent des adeptes des allers retours réguliers. Certains sont des retraités. D’autres, plus jeunes, sont
inscrits au chômage en France et se « débrouillent » de l’autre côté de la Méditerranée : ils y travaillent au noir et font la navette tous les trois mois pour refaire tamponner
leur passeport.
Jean Zaganiaris est politologue,
enseignant-chercheur au Centre de recherche sur l’Afrique et la Méditerranée (Ceram), rattaché à l’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat.
La nouvelle Constitution stipule que
le Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale. N’y a t-il pas dans cette définition un abus de langage ?
Jean Zaganiaris : Je
suis sceptique quant au fait d’utiliser le droit pour dire que l’on est plus démocratique. Il ne faut pas confondre Etat de droit et démocratie, ce sont deux choses différentes. La monarchie
parlementaire était une revendication du 20 Février. Dans la nouvelle Constitution, le mot y est … Mais quels vont être les usages sociaux du droit ? Là, est la question. Le droit à la vie
par exemple : ouvre t-on la voie à l’abolition de la peine de mort ? Remet-on en question le combat de certaines féministes pour l’avortement ? Le référendum autour de cette
Constitution s’est fait très vite, dans la précipitation. La société marocaine a ses avancées et aussi ses archaïsmes, qui concernent les problèmes de violence dans l’espace public, le
patriarcat, le machisme ou encore la corruption.
Quel est l’impact du mouvement du 20
Février dans le changement que connaît aujourd’hui le Maroc ?
Jean Zaganiaris : Le
mouvement du 20 Février est salutaire dans l’espace public. La démocratie, c’est l’existence de contrepouvoirs, l’existence de discours critiques. Etre critique, ce n’est pas être irrespectueux,
c’est exprimer son opinion. Je trouve intéressant que ce mouvement ait pu éclore. La société civile marocaine est en avance sur les partis qui font le jeu politique. Au Maroc, les propositions de
changement et leur mise en œuvre relèvent plus du domaine de l’associatif. Il y a dans la vie politique, des enjeux politiciens qui sont pas liés au bien commun. Mais cela n’est pas propre au
Maroc. On voit la même chose en Europe.
On peut entendre dire parfois, chez
les élites, que les Marocains ne sont pas prêts pour la démocratie. Vous en pensez quoi ?
Jean Zaganiaris : La
société marocaine est très hétérogène. Chez les contestataires du 20 février, entre Zineb el Rhazoui, co fondatrice du mouvement Mali pour les libertés individuelles et Nadia Yassine, figure du
mouvement Justice et Bienfaisance (Al Adl Wal Ishane), il y a un tas de groupes sociaux très différents. L’important, c’est l’ontologie, c’est à dire quelle essence on attribue à cette société.
Mon ontologie est positive. Je crois aux capacités éthiques des individus. Si l’on place les Marocains dans de bonnes conditions pour qu’ils s’expriment, si l’on permet une meilleure
redistribution des richesses, un meilleur accès à la culture, le processus de démocratisation peut s’affirmer. C’est une question de gouvernance. Et aussi de confiance placée dans le
peuple.
Sans surprise, les Marocains ont voté à une large majorité pour le
« oui » au référendum sur le projet de révision constitutionnelle. Selon le ministère de l’Intérieur,
plus de 98% des votants ont approuvé le projet. Des résultats communiqués dès vendredi, avant même que les
Marocains résidant à l’étranger (MRE) aient pu finir de s’exprimer. Les MRE avaient en effet jusque dimanche soir pour voter dans l’un des 527 bureaux mis à disposition à
l’étranger.
Selon les premiers chiffres, le taux de participation a atteint
73,4% : la région de Oued Eddahab-Lagouira arrive en tête (92,19%) ; le Grand Casablanca a en revanche enregistré la plus faible participation (57,17%).Les chiffres définitifs devraient être connus dans la
journée.
A l’international, les réactions ne se sont pas fait
attendre.Le chef du gouvernement
espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a salué samedi la volonté de réformes du roi du Maroc, devenue « une référence pour beaucoup d'autres pays ». Le président français Nicolas Sarkozy a également félicité le roi Mohamed VI et exprimé le souhait « que le Maroc rejoigne le
partenariat de Deauville qui vise à soutenir concrètement les pays arabes engagés dans une transition démocratique ».
Malgré l’approbation de cette nouvelle Constitution, des milliers de
manifestants, emmenés par le mouvement du 20 Février, sont sortis dimanche 3 juillet dans plusieurs grandes villes du Maroc pour exiger plus de réformes politiques.« Mamfakinch (nous ne lâcherons
pas) », ont notamment scandé les manifestants, réclamant plus de liberté, de dignité et de justice sociale. Les contestataires avaient appelé au boycott du référendum. Un scrutin organisé dans la précipitation, qui avait interpelé nombre
d’observateurs.
Cette nouvelle Constitution renforce le rôle du Premier ministre
tout en conservant au Roi la main haute sur les pouvoirs politiques et religieux.Parmi les avancées : la reconnaissance de l’amazigh comme langue officielle aux côtés de l’arabe et la constitutionnalisation des
droits humains, en particulier l’égalité hommes femmes.
« Je suis sceptique quant au fait d’utiliser le droit pour dire que l’on
est plus démocratique. Il ne faut pas confondre Etat de droit et démocratie, ce sont deux choses différentes », tempère Jean Zaganiaris, politologue, enseignant-chercheur au Centre de
recherche sur l’Afrique et la Méditerranée (Ceram), rattaché à l’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat.
« Sur l’égalité hommes femmes, il y a un bémol, souligne par exemple
Abdessamad Dialmy, sociologue, rattaché à l’université Mohammed V de Rabat. Cette égalité se fait dans les constantes de la nation, à savoir l’Islam. Maintenant, on attend de voir. On attend
de voir si le code de la famille que l’on vante tant depuis 2004, sera réformé ».
Le défi est bien là : mettre en pratique les grands principes énoncés par
cette nouvelle Constitution.
Organisé en quinze jours seulement, le vote laisse de
nombreux observateurs sceptiques. L’essentiel de l’opposition extraparlementaire appelle au boycott.
Treize millions d’électeurs auMaroc doivent dire aujourd’hui s’ilsapprouvent ou non le projet deConstitution proposé le 17 juin par le roi Mohammed VI. Ce texte doitrenforcer le rôle du premier ministre, tout en conservant au roi la haute main sur les pouvoirs politiques et religieux.
Les 3,8 millions de Marocains résidant à l’étranger(MRE) auront, eux,
jusqu’à dimanche soir pour s’exprimer, alors que les premiers résultats
tomberont samedi. Le scrutin, organisé dans certains ports européens pour faciliter le vote de ceux qui ont pris la route des vacances pour le Maroc, suscite déjà des polémiques. Cesbureaux de vote « mobiles » fontcraindre des fraudes.
Organisé en quinze jours seulement, ce référendum laisse de nombreux observateurs
sceptiques. « Ce qui m’interpelle, c’est la précipitation dans laquelle le scrutin est organisé. Les Marocains ont-ils lu ce pour quoi ils vont voter ? Y a-t-il eu réellement campagne
d’informations, débats contradictoires ? », demande Jean Zaganiaris, politologue au Centre de recherche sur l’Afrique et la Méditerranée (Ceram), rattaché àl’École de gouvernance et d’économie de Rabat.
« Si la victoire du “oui” ne fait guère de doute, en même temps, les Marocains ne sont
pas dupes de la propagande organisée autour de ce référendum », estime le chercheur.
« J’ai fait des études supérieures. Mais, je reconnais que j’ai du mal à comprendre le
sens et la portée de certains articles », admet perplexe, Leila, jeune architecte à Casablanca.
Depuis une dizaine de jours, des dépliants du ministère de l’intérieur vantant le « grand
tournant démocratique du Maroc » remplissent les journaux ou sont distribués aux péages d’autoroutes pour exhorter la population à se rendre aux urnes. Des associations de MRE fleurissent sur le
Web, appelant à voter « oui ». « Ces associations opportunistes n’ont aucune légitimité », souligne Jamal Belahrach, président du Réseau international de la diaspora marocaine (RIDM) à
Casablanca.
Le rabattage s’organise jusque dans les quartiers populaires. « Si je ne vote pas “oui” à
la Constitution, c’est que je suis contre le roi », croit comprendre Aicha, après avoir échangé quelques mots avec le responsable du bureau de vote près de chez elle à Oulfa, un quartier de
Casablanca. « Les taxis blancs sillonnent les rues en klaxonnant, avec des photos du roi. Ils disent d’aller voter “oui”. Ils n’ont pas besoin de travailler ? », s’étonne cette employée de
maison. Des chauffeurs de taxi vraisemblablement payés pour répandre la bonne parole. Comme l’auraient été les jeunes partisans du roi, passablement excités, cherchant à en découdre avec les
opposants du 20 février, le week-end suivant l’annonce du référendum.
Le débat autour de la Constitution ? Une mascarade, selon l’opposition
extraparlementaire. Le Mouvement du 20 février et le mouvement Justice et Bienfaisance (Al-Adl-Wal-Ihsane) appellent au boycott, tout comme l’essentiel de la Coalition pour une monarchie
parlementaire maintenant, qui regroupe notamment le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti de l’avant-garde démocratique socialiste (PADS), le Congrès national ittihadi (CNI) et la Confédération
démocratique du travail (CDT, syndicat). La Coalition dénonce la partialité des médias officiels, la propagande véhiculée par les prêcheurs du vendredi ou encore les financements publics énormes
au profit des partis qui adhèrent au projet.
Craignant les irrégularités, le collectif Mamfakinch (« pas de concessions », en arabe)
appelle ses militants à aller observer les opérations de vote dans les zones rurales, où le risque de « transports groupés de votants » est le plus important. Pour être crédible, le pouvoir
marocain a en effet besoin d’un taux de participation significatif.
Le roi du Maroc a proposé au pays un projet de nouvelle Constitution, et a appelé à un
référendum le 1erjuillet. La classe politique marocaine approuve, mais les jeunes du
Mouvement du 20 février s’estiment floués.
Dans son discours prononcé le 17 juin, le roi Mohammed VI a annoncé les grandes lignes de son projet de réforme constitutionnelle qui sera
soumis au peuple marocain par référendum dès le 1er juillet prochain.
Parmi les changements les plus significatifs de cette nouvelle Constitution : les prérogatives renforcées du premier ministre. Celui-ci
sera choisi au sein du parti arrivé en tête des élections législatives et aura désormais la possibilité de dissoudre la Chambre des représentants. Il pourra par ailleurs présider le conseil des
ministres, sans la présence requise du roi et nommer les hauts fonctionnaires civils de l’État. Par ailleurs, le texte prévoit de garantir l’indépendance de la justice, grâce à la création d’un
Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, présidé par le roi. Autres avancées importantes, la constitutionnalisation des droits humains et l’égalité hommes-femmes.
Ce projet a été salué par les partis islamistes du royaume. « Nous approuvons le projet de révision constitutionnelle et appelons à voter
oui lors du référendum, indique Mustapha Ramid, secrétaire général du Parti Justice et Développement (PJD), parti islamiste représenté au Parlement. C’est un texte progressif, qui devrait
contribuer à démocratiser le pays. »
« Même si le texte n’est pas à la hauteur des attentes de tous les Marocains, cela va dans le bon sens », estime de son côté Mustapha
Moatassim, gracié le 14 avril dernier. Leader de l’ancien parti Al Badil Al Hadari (Alternative civilisationnelle) et tenant d’un islamisme élitiste, proche de la gauche, il espère revenir dans
le jeu politique.
Les mouvements féministes ont également plébiscité le texte, même s’ils auraient souhaité plus d’audace. « Pour nous, en tant que femmes
et féministes, il était très important que soit posée l’égalité des droits. Les bases sont là, maintenant il faut travailler (...) Ce sont des avancées très positives, se réjouit Fouzia Assouli,
présidente de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (LDDF). Ce texte pose les principes de la démocratie, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Ce n’est pas
encore une monarchie parlementaire, mais c’est une question de temps », estime la militante.
Le temps, justement. Les jeunes du 20-Février ne veulent pas en entendre parler. Pour eux, la démocratie, c’est maintenant et tout de
suite. Très remontés, s’estimant floués par une « révision langagière », ils appellent à descendre dans la rue. « Tous les termes d’égalité, de liberté et d’indépendance de la justice sont là
pour rassurer sur le contenu soi-disant démocratique. Oui, mais dans le cadre des constantes de la nation, c’est-à-dire la loi islamique ! Parler de liberté de culte ou d’égalité hommes-femmes
dans ce cadre, est une insulte à l’intelligence du peuple marocain ! », s’emporte Zineb El Rhazoui, blogueuse, militante du 20-Février et cofondatrice du mouvement Mali pour les libertés
individuelles.
Sur la question de l’héritage, problématique importante aux yeux des féministes, le secrétaire général du PJD exclut en effet un partage
égalitaire entre hommes et femmes. « Il y a quand même des limites ! Elles sont constituées par les fondements de l’État, à savoir l’islam », estime Mustapha Ramid.
« Nous sommes tellement déçus », explique Omar Radi, journaliste à Rabat et militant du 20-Février. « Le produit final est en très en
dessous des attentes de la rue. À quelques jours du discours du roi, il y a eu des fuites. Un projet plus libéral circulait qui a fortement contrarié les islamistes du PJD. »
Pour Omar Balafrej, militant de gauche et président de la Fondation Abderrahim Bouabid, la rupture avec le Mouvement du 20 février est
consommée. « Les gens se demandent à quoi servent l’État et les institutions dans un pays comme le Maroc. La société, le système économique sont profondément injustes. La classe moyenne, dès
qu’elle en a les moyens, ne met plus ses enfants à l’école publique. Pour la santé, c’est la même chose. Il y a un manque de confiance total. Et la démocratie reste le seul moyen possible de
restaurer cette confiance ». Le roi du Maroc doit maintenant convaincre son peuple de voter lors du référendum, dont le taux de participation demeure la grande inconnue et le principal enjeu
politique.
De plus en plus d’Européens viennent se faire soigner au Maroc. Pour certaines spécialités,
l’économie réalisée peut aller jusqu’à 50%.
Samir feuillette tranquillement un magazine dans la salle d’attente d’un dentiste casablancais. Dans quelques jours, ce professeur de 56
ans, à l’allure impeccable, s’envolera vers la France pour retrouver ses étudiants dans l’école de commerce où il enseigne. Son sourire retrouvé. Pour ses cinq implants dentaires, il n’aura
déboursé que 7 000 euros. « A Paris, il aurait fallu compter 14 000 euros ! Le double ! Et les implants ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale ! Je n’aurais jamais pu
sortir une telle somme », confie t-il. C’est une collègue qui lui a soufflé la solution marocaine. « J’avais commencé à regarder ce qui se faisait en Hongrie. Mais là bas, on ne parle pas
français. Ma collègue, opérée au Maroc, avait été très satisfaite ».
Tout a été très simple : il a contacté, via Internet, la clinique dentaire Bennani. Vingt-quatre heures plus tard, après avoir
transmis radio panoramique et bilan de santé, il avait un rendez-vous. Samir a ensuite effectué deux séjours d’une semaine à la clinique. Au total, l’opération a pris trois mois.
« A Paris, souligne l’enseignant, il fallait attendre dix mois entre la pose de l’implant et celle de la prothèse ». Dans cet
établissement du quartier du Maârif, à Casablanca, 30% de la clientèle est étrangère. May se charge de réceptionner les patients à l’aéroport et de répondre à leurs questions. « Les gens ont
besoin d’être rassurés », explique t-elle. Une grande partie de ces touristes atypiques est constituée de Marocains résidant à l’étranger. Mais il y a aussi des Français, souvent des
familiers du royaume. Le faible coût des liaisons aériennes depuis l’arrivée des compagnies low cost, la langue et le climat sont autant d’arguments
qui plaident pour une intervention de l’autre côté de la Méditerranée.
« Ceux qui viennent de l’étranger appartiennent généralement à la classe moyenne, précise le docteur Abdellah Bennani. Mais certains
sont issus de milieux très modestes. Ils économisent des années ou empruntent ». « Les dents, ajoute le chirurgien, c’est à la fois de l’esthétique, de la psychologie et une affaire de
santé. En général, ces patients viennent pour de grosses réhabilitations, qui leur coûtent en moyenne entre 8 000 et 10 000 euros ». Si les prix sont beaucoup plus bas qu’en Europe, c’est que
tout est moins cher au Maroc : les salaires, les loyers, les prélèvements sociaux et les prothèses fabriquées localement.
Formé en France, à l’instar de la plupart de ces confrères, Abdellah Bennani est particulièrement attentif aux matériaux employés,
bannissant les prothèses fabriquées en Chine ou en Corée. « Nous sommes conscients que certains de nos clients étrangers peuvent avoir de l’appréhension. Nous ne prenons aucun risque car
nous tenons à notre réputation ».
Pour les mêmes raisons, le chirurgien refuse de pratiquer des actes plus lourds, comme les greffes d’os et plus généralement les actes qui
nécessitent un suivi médical.
Relativement récent, le « tourisme dentaire » est en plein développement au Maroc. Il n’est pas le seul : pratiquement
toutes les spécialités peu ou pas remboursées en Europe sont concernées. Dans quelques mois, un immense complexe de 4 000 mètres carrés ouvrira ses portes à Dar Bouazza, à une vingtaine de
kilomètres au sud de Casablanca : la Malo Clinic. Une quarantaine de spécialistes y travailleront : dentistes, ophtalmologues, spécialistes de la chirurgie plastique ou du traitement de
l’obésité. A l’origine du projet, le groupe portugais Malo Clinica est déjà présent en Europe, aux Etats-Unis, au Brésil, à Hongkong, Macao et Israël. Il souhaite faire de la Malo Clinic de
Casablanca une plate-forme pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.
Outre les dents, la chirurgie esthétique a le vent en poupe. Le Maroc compte une cinquantaine de plasticiens et une dizaine de cliniques
de chirurgie esthétique. Après avoir été un précurseur –c’est au Maroc qu’a été créée la première clinique esthétique au monde dans les années 50-, le royaume est longtemps apparu en retrait par
rapport à d’autres pays comme la Tunisie ou le Liban, sauf pour les opérations pratiquées sur les transsexuels, dont Casablanca s’était fait une spécialité dans les années 1960 et 1970.
Aujourd’hui, la clientèle est massivement féminine et le secteur en plein boom.
Originaire de la région Rhône Alpes, Corinne, 48 ans, vient régulièrement au Maroc pour ses vacances. C’est à la suite d’un reportage
télévisé sur la chirurgie esthétique, diffusé en France, qu’elle décide de se faire opérer à Rabat, dans la clinique du professeur Slaoui. « J’ai rencontré le docteur Slaoui en avril,
explique t-elle. J’avais besoin d’une liposuccion du ventre, des hanches et des membres inférieurs. Il y a eu un très bon feeling, je n’ai pas hésité
». « J’ai fait cela au Maroc, car je ne voulais pas que mes enfants me voient », confie cette mère de quatre garçons, employée à La Poste, qui souffre d’un sérieux problème de poids.
Elle a payé 30 000 dirhams (environ 2 600 euros). Elle restera au Maroc une dizaine de jours.
Dans le très chic quartier Souissi à Rabat, la clinique ultradesign du professeur Salaheddine Slaoui, spécialiste en chirurgie plastique
réparatrice et esthétique, accueille des patients de l’Europe entière -France, Belgique, Suisse, Espagne ou Italie- et parfois du Canada. Les étrangers représentent 15 à 20% de sa clientèle.
Des touristes motivés par des prix jusque trois fois inférieurs à ceux pratiqués en France. Ils viennent le plus souvent pour la liposuccion, le lifting, la rhinoplastie et l’augmentation
mammaire, plus rarement les greffes de cheveux et la plastie abdominale. L’établissement, qui compte une douzaine de chambres, est doté de trois blocs opératoires avec des équipements de
dernière génération. Un anesthésiste réanimateur est présent en permanence.
« Beaucoup de ceux et de celles qui viennent ici ne se feraient sans doute pas opérer en France, souligne le professeur Slaoui. La
clientèle n’est pas la même. » Ce chirurgien, président de la Société marocaine de chirurgie plastique et esthétique, ne comprend pas que certains de ses collègues français puissent refuser
d’assurer le suivi médical d’un patient opéré à l’étranger. « C’est contraire à la déontologie, contraire à l’éthique et contre l’intérêt du patient, s’insurge le professeur. Il y a deux
poids, deux mesures. Cela ne leur pose aucun problème que des étrangers viennent en France se faire soigner. Mais l’inverse, ils ne l’acceptent pas ! »
Contrairement à la Tunisie, perçue comme une destination touristique médicale low-cost, le Maroc a réussi à préserver une bonne réputation
en jouant la carte de la technicité. Ici, ni packages ni agences de voyages spécialisées : la chirurgie esthétique reste une affaire
médicale.
Après le printemps arabe, l’attentat
de Marrakech est venu porter un coup sévère au tourisme au Maroc. La demande étrangère s’est éteinte. Le complexe touristique de Mazagan est très touché.
A Marrakech, on n’a jamais vu cela. La place Jamaa El Fna est quasi déserte. Dans
le souk, les touristes se font rares. « Tout s’est arrêté », explique Ahmed, propriétaire d’une échoppe d’articles en cuir.
Eric, gérant d’une maison d’hôtes, s’inquiète :
« Du jour au lendemain,plus un appel, plus une réservation. C’est une
catastrophe ».
Géraldine, installée à Sidi Ghanem, la zone artisanale de Marrakech, confirme : « notre activité de vente de bougies décoratives a baissé de 40% environ (...) Les touristes viennent moins, c’est évident. Même si les autorités disent le
contraire ».
Pourtant, l’année 2011 n’avait pas trop mal commencé. A l’exception de la station
balnéaire Mazagan.
Bénéficiant d’un report de la demande pour la Tunisie et l’Egypte,
en raison des événements politiques, le Maroc avait enregistré une hausse de 10% des arrivées de touristes aux postes frontières entre janvier et avril, selon les chiffres de l’observatoire du
tourisme. « Jusqu’à fin avril, on était plutôt sur de bonnes
tendances, affirme Marc Thépot, vice président du directoire du groupe Risma Accor. Le Maroc était perçu comme une destination alternative, calme et
sans problème ». Le groupe gère les 33 hôtels du français Accor au Maroc, qui vont de l’économique au haut de gamme.
Mais depuis l’attentat du 28 avril, la donne a
changé. « On est à moins 30% de RevPAR (revenu par chambre
disponible) sur certains de nos hôtels à Marrakech », souligne Marc Thépot, du groupe Risma Accor. Jet4you, compagnie aérienne low cost, constate, elle, une baisse de 11% sur le marché français.
12 000 nuitées annulées à
Mazagan
A Mazagan, station balnéaire à 90 km au sud de Casablanca, les
« révolutions » ont eu un impact négatif très net. La demande étrangère s’est éteinte.
« Pour nous, la plus
grande problématique c’est le printemps arabe ! Parce que justement, cela s’appelle le printemps arabe ! Il y a un énorme amalgame fait par nos clients sur l’ensemble des pays de la
sous région. Ils considèrent que ces pays seront touchés par la révolution, tôt ou tard », déplore Marie Béatrice Lallemand, PDG de Mazagan Beach Resort. Depuis la mi-janvier, Mazagan compte 12 000 nuitées annulées.
Pour faire face à cette baisse d’activité généralisée, les autorités
ont lancé une campagne « I love Marrakech » destinée à rassurer et mis l’accent sur les villes balnéaires (Agadir, Essaouira Mogador, Saïdia, Mazagan et
Tanger). Une campagne promotionnelle vise notamment les vacanciers « last minute » du
Benelux. Les hôteliers, restaurateurs, agents de voyages, tentent également de se rabattre sur le tourisme
interne et peaufinent leurs offres, à l’approche du Ramadan, en août prochain.
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