Vendredi 7 septembre 2007 5 07 /09 /Sep /2007 02:26

Plus de 15 millions d’électeurs sont appelés aux urnes au Maroc pour les secondes élections législatives, depuis l’accession au trône du roi Mohammed VI. Très attendu, le score du Parti de la Justice et du Développement (PJD), parti islamiste « modéré », ne devrait pas provoquer de bouleversements majeurs dans la conduite des affaires du Royaume (lire ci-dessous).

En écho à ces vols charters, qui déversent cohortes de touristes et retraités en mal de soleil, l’économie semble décoller. A Tanger, Marrakech ou Rabat, les investissements étrangers affluent dans les secteurs de l’immobilier et du tourisme, avec une accélération des entrées de capitaux en provenance des Etats du Golfe. Renault-Nissan vient d’annoncer un milliard d’euros pour la construction d’une usine d’assemblage. A quelques encablures des cotes européennes, le port de Tanger-Med, entré en service en juillet, aura pesé dans la décision. L’offshoring à Casablanca fait des adeptes chez BNP Paribas, Bull, Cap Gemini, Unilog et Axa. Les centres d’appels pullulent. Les grands noms de l’aéronautique sont là.

Selon l’Office des changes marocain, les investissements directs étrangers ont avoisiné 2,3 milliards d’euros en 2006 et 2005 ; la France demeurant en tête avec 41% des flux, suivie de l’Espagne. Ouverture, privatisations, développement des infrastructures, facilités pour les entreprises, le Maroc déploie une stratégie d’attraction des investissements. L’assouplissement du contrôle des changes, début août, signe un tournant en faveur de la convertibilité du dirham, attendue en 2009.

En 2006, la croissance du PIB a atteint 8,1%, contre 1,7% en 2005. Elle devrait avoisiner les 3% cette année, selon le FMI. Lequel souligne la moindre volatilité du secteur non agricole et la bonne tenue des fondamentaux : le déficit budgétaire s’élève à 2,1% du PIB, l’endettement public externe diminue, l’inflation demeure relativement modérée à 3,3%, la balance des transactions courantes devrait être excédentaire pour la 7ème année consécutive. Un bémol toutefois, le déficit de la balance commerciale se creuse. La corruption est un fléau.

Le Maroc, économie émergente ? Pour François Tirot, directeur adjoint de l’Agence Française de Développement à Rabat, «le taux d’analphabétisme de 47% constitue un obstacle ». La très grande pauvreté persiste. Sur une population totale de 31 millions d’habitants, près de 5 millions de personnes vivent encore avec moins de deux dollars par jour. «Il n’y a pas assez de créations d’emplois, (...) l’économie marocaine n’est pas assez compétitive », indique Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales (IMRI). Le Maroc doit absorber chaque année plus de 400 000 nouveaux arrivants sur le marché du travail. Le secteur agricole qui compte 40% des actifs est « complètement négligé », regrette Mohamed Maarouf, directeur local de PlanetFinance. Le microcrédit vient en aide à près d’un million de personnes. « Pour les autres, il n’y a aucun filet social », ajoute t-il. La santé est pointée du doigt. A Casablanca, 12% de la population vit dans des bidonvilles. Les résultats de l’Initiative nationale pour le développement humain, lancée en 2005 seulement, se font attendre.
Article publié dans La Tribune

Focus. Les islamistes modérés bénéficient du soutien de la classe moyenne

L’arrivée éventuelle d’un parti musulman en tête des élections n’inquiète guère les Marocains. Selon Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d’analyse économique Asterès, « la recrudescence du risque terroriste au Maghreb semble constituer une menace bien plus importante que l’arrivée éventuelle d’un parti musulman en tête des élections ». D’autant que la stratégie de développement du Maroc s’appuie en très grande partie sur l’attraction des grandes entreprises étrangères.

Devant les inquiétudes soulevées par le score des islamistes « modérés » du Parti de la Justice et du Développement (PJD) aux législatives, Noureddine Ayouch, président de l’association citoyenne 2007Daba, se montre catégorique : «Si le PJD arrive en tête, cela  n’aura aucune conséquence majeure, car avec un scrutin à la proportionnelle au plus fort reste et une trentaine de partis, il y aura forcément une coalition gouvernementale». Quelque soient les résultats, le PJD devra modérer ses ardeurs, surtout que la monarchie est exécutive et pèse de tout son poids sur la politique du pays. Ainsi, le Premier ministre est désigné par le Roi, les grandes orientations fixées par le Palais. Par ailleurs, le PJD, seul parti islamiste légal au Maroc, dirigé par Sâad-dine El Otmani, manque de compétences techniques, estiment de nombreux observateurs.

«Le PJD est un parti de classe moyenne. Il n’a pas avec lui l’élite intellectuelle ou le top management (...) A la différence des Frères Musulmans en Egypte ou en Jordanie, qui occupent fortement le champ social, notamment la santé, le PJD n’est pas non plus sur le terrain », souligne le politologue Mohamed Tozi. Le parti, au pouvoir dans les mairies de province, Meknès, Khénifra et Temara, a une assise urbaine.

Son audience répond à une « quête de rationalisation de la conduite par la religion », poursuit M. Tozi. Il y a une demande de consommation et en même temps une recherche de cohérence avec les valeurs islamiques d’une classe moyenne moralisatrice, qui ne se reconnaît pas dans les référentiels occidentaux des couches supérieures. Cette classe moyenne conservatrice et traditionnelle veut profiter des loisirs, pouvoir aller à la plage sans trop de mixité, se rendre dans des restaurants « hallal », faire ses courses dans des supermarchés où l’on ne vend pas d’alcool. Surfant sur la vague, la poupée Fulla, sorte de Barbie version musulmane, avec foulard et tapis de prière, fait fureur, tandis que les produits bancaires islamiques conformes à la Chariâa ont été autorisés début juillet.

Les couches sociales les plus défavorisées sont davantage infiltrées par les partisans islamistes de Justice et Bienfaisance, du cheikh Yassine ; groupe non reconnu par les autorités marocaines.

 

 

 

Par Christelle Marot
Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /Sep /2007 02:12

D’après la dernière enquête sur les marchés dérivés de la Fédération mondiale des Bourses, le marché sud-africain des Single Stock Futures (SSF) ou contrats à  terme sur actions est désormais le plus actif de la planète, avec un volume de 44 millions de titres négociés au premier trimestre 2007. Johannesburg se place ainsi devant le National Stock Exchange of India (30 millions), Euronext.liffe (12 millions) et Eurex (11 millions).

L’activité du Johannesburg Stock Exchange (JSE) concernant les SSF a quasiment triplé, à la fois en 2005 et en 2006; résultat d’une politique marketing agressive à destination des institutionnels et investisseurs privés, et d’un assouplissement de la réglementation. L’Afrique du Sud est en outre l’un des pionniers dans l’introduction de ces produits dérivés d’un nouveau genre (1999) et compte aujourd’hui 250 contrats disponibles, adossés aux grandes compagnies sud-africaines (Anglo American, Absa, Old Mutual, SABMiller, etc). A titre de comparaison, aux Etats-Unis, ce n’est qu'à la fin 2000 que le Congrès américain a approuvé la législation levant l'interdiction de ces produits.

Les Single Stock Futures sont des contrats à terme standardisés portant sur les actions d'une société. Généralement, un contrat à terme sur action équivaut à 100 parts d’un titre spécifique. Tout comme les autres types de contrats à terme, ils permettent aux investisseurs de profiter des fluctuations de cours pour une fraction du prix qu'ils auraient dû payer en totalité s'ils avaient acheté cette position sur le marché au comptant. « L’intérêt des SSF tient à son fort effet de levier », souligne Alain Weisrock, fondateur de la plate-forme boursière Pro-At et spécialiste de l’analyse technique. La mise de fonds initiale requise est très inférieure à celle qui serait demandée pour négocier les actions elles-mêmes. Un dépôt de garantie est toutefois exigé pour couvrir la fluctuation maximale probable du cours du jour au lendemain.

«Autre avantage des SSF comparé à des produits dérivés types warrants ou call, c’est de ne pas faire entrer en ligne de compte la valeur temps. C’est à dire que si l’on achète un titre dont le cours ne varie pas sur la semaine par exemple, avec un contrat à terme, le résultat est neutre. En revanche, via une option d’achat, on a perdu », ajoute M. Weisrock.

Si l’Afrique du Sud est aujourd’hui le marché le plus dynamique en volume pour les contrats à terme sur actions, il convient de relever que la taille et la valeur des contrats proposés restent bien inférieures à ce qui se fait sur les autres marchés dérivés de la planète. En valeur, le marché des SSF sud-africain arrive en 6ème position. «Considérant que cela fait seulement six ans que le JSE intervient réellement sur ce marché, nous pouvons être fiers du résultat obtenu », a indiqué Allan Thomson, responsable des produits dérivés à la Bourse de Johannesburg. Fin juin, la capitalisation totale du JSE s’élevait à près de 796 milliards de dollars, le classant au 19ème rang mondial.
Article publié dans Les Afriques

Par Christelle Marot
Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /Sep /2007 02:08

Dans un contexte très favorable des cours de l’uranium, malgré un repli certain, ces dernières semaines, le Niger entend redistribuer les cartes. Le monopole d’Areva est ébranlé, au profit de compagnies junior étrangères. Parallèlement, la rébellion touarègue dans le Nord, zone d’exploration, s’intensifie.

 

Ils sont Canadiens, Britanniques, Australiens, Américains, mais également Chinois, Indiens, Sud-Africains et Russes. Leur point commun : la recherche d’uranium, le « yellow cake », dont ils disputent le monopole au groupe nucléaire français Areva, présent au Niger depuis près de 40 ans. Depuis le début de l’année, la délivrance de nouveaux permis d’exploration (plus de 65) s’est nettement accélérée, tandis que le cours de l’uranium poursuivait sa folle ascension.

« Au total, 90 titres d’exploration sont attribués pour l’uranium, dont 8 au groupe Areva », souligne Oumarou Massladi, directeur des Mines au Niger. «Mais il faut noter que depuis 2004, la surface couverte par les permis accordés, 500 km2, est quatre fois inférieure aux surfaces données précédemment en exploration au groupe français », ajoute t-il. Ainsi, Areva, qui tire 40% de son approvisionnement en uranium du sous-sol nigérien, détiendrait encore près du « quart de la surface mise en exploration », confirme Mazou Youssouf, directeur de la recherche géologique et minière. Les espoirs sont particulièrement nourris à l’égard du gisement d’Imouraren, dans la région d’Agadez, actuellement en proie au durcissement de la rébellion touarègue. Le groupe français prévoit ainsi d’injecter près d’un milliard d’euros pour l’exploitation du site.

En toile de fond, Areva ambitionne de doubler, d’ici 2012, sa production totale d’uranium à 12 000 tonnes par an, via le développement de l’exploration et la croissance externe. Le rachat, fin juillet, de la société minière junior UraMin, basée en Afrique du Sud et listée sur le Toronto Stock Exchange, participe de cette stratégie. UraMin détient des intérêts en Afrique du Sud, en Namibie et en République centrafricaine. Toutefois, les « huit permis d’exploration détenus par UraMin au Niger ne font pas partie du rachat », précise Areva. Pour l’heure, Areva exploite les mines de Somaïr (région d’Arlit) et de Cominak (site d’Akouta).

 

Les revenus de l’uranium : seulement 1,6% du PIB

 

Avec les autorités de ce pays de 13,5 millions d’habitants, la tendance est à l’apaisement. Début août, le groupe français renouvelait ses contrats miniers, quelques jours seulement après l’expulsion, le 25 juillet, de Dominique Pin, directeur local d’Areva, accusé de soutenir financièrement la rébellion touarègue dans le Nord. Des accusations formellement démenties par le groupe français, qui aurait joué de malchance après que des soldats chargés de la sécurité du site de prospection d’Imouraren se soient enfuis avec la caisse pour rejoindre le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), en conflit ouvert avec Niamey. Avant Dominique Pin, ancien de la « cellule Afrique » de François Mitterrand, il y a eu Gérard Denamur, expert en sécurité travaillant pour Areva sur le site d’Imouraren, expulsé en juin pour « ses liens présumés » avec la rébellion. Et ce deux mois après une attaque du camp par le MNJ. Aujourd’hui, le site, qui compte habituellement une centaine de personnes, est «en sommeil ». Quant à un éventuel retour de Dominique Pin au Niger, « le cas se traite au niveau politique, sans plus d’informations à ce sujet », indique Areva.

Reste que les tensions dans le Nord du pays pourraient entraver sérieusement les activités de prospection des compagnies. Confronté depuis plusieurs mois à une recrudescence de la rébellion, qui a fait plusieurs morts, le président nigérien Mamadou Tandja a proclamé, le 24 août dernier, l’état d’urgence pour trois mois. Par ailleurs, début juillet, un responsable chinois de la China Nuclear Engineering & Construction Corp (CNEC) était enlevé par les rebelles touaregs avant d’être relâché. Le MNJ, qui avait reproché à la Chine de vendre des armes au gouvernement, revendique notamment le désenclavement de la région d’Agadez et une meilleure insertion dans le tissu économique local ; en clair un partage des richesses à son meilleur avantage. C’est peu dire que le minerai d’uranium tant convoité ne profite guère aux Nigériens. Quatrième producteur mondial avec environ 3 500 tonnes, derrière le Canada, l’Australie et le Kazakhstan, le Niger est aussi le pays le plus pauvre de la planète, en terme d’indice de développement humain. Dans sa quatrième revue du programme Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), conclue en juillet dernier, le FMI souligne qu’en 2006 les revenus de l’uranium pour l’Etat nigérien se sont élevés à 46,3 millions d’euros, soit 1,6% du PIB seulement. Pour ordre de grandeur, Areva a enregistré un résultat net de 649 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 10,86 milliards, soit 3,7 fois le PIB du Niger.

 

Le Niger se sait courtisé

 

Dans ce contexte, la reconduction, avant son terme fin 2007, des accords d’exploitation des mines de Somaïr et de Cominak, opérées par Areva, prévoit la hausse du prix de l’uranium payé au gouvernement nigérien, de 27 300 Francs CFA le kilo (41,6 euros) à 40 000 FCFA (60,97 euros). Pour autant, ce prix demeure encore bien inférieur aux cours du marché. Dans le cadre de ces nouveaux accords qui courent jusque fin décembre, le Niger a également fait savoir qu’Areva verserait un acompte sur dividende de 22,9 millions d’euros et livrerait 300 tonnes d’uranium qu’il lui reviendra de vendre directement sur le marché international. Pour 2008, d’autres négociations devraient être engagées à la lumière des nouvelles conditions du marché, a néanmoins souligné la ministre nigérienne des Affaires étrangères, Aïchatou Mindaoudou.

Avec la montée en flèche des cours de l’uranium ces quatre dernières années, suscitée par un regain d’intérêt pour le nucléaire civil, le Niger se sait courtisé et entend bien reprendre la main pour casser le monopole d’Areva. Ainsi, malgré un repli certain des cours de l’uranium ces dernières semaines, la livre d’U3O8 s’échangeait fin juin à 135 dollars sur le marché spot, un record, contre 46 dollars fin juin 2006 et 10,90 dollars fin juin 2003, selon TradeTech, consultant américain. Sur le marché de long terme, le prix de l’oxyde d’uranium s’établissait à 95 dollars (seul 10% environ de l’uranium est échangé au comptant ; la plupart des transactions s’effectuant à terme). Plus récemment, la livre d’U3O8 a perdu plus de 30% à 90 dollars la livre, résultat en partie d’un abandon des positions spéculatives. Mais la demande pour le yellow cake devrait se maintenir, soutenue par la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Inde. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, 60 nouvelles installations doivent être construites au cours des 15 prochaines années, venant s’ajouter aux 437 centrales nucléaires civiles déjà actives dans le monde.

Article publié dans Les Afriques

 

Sociétés d’exploration au Niger

Société

Nationalité

Permis d’exploration

Areva

français

8

Global Uranium Corporation

canadien

4 et plus

Semafo

canadien

5

North Atlantic Resources

canadien

2

Island Arc Exploration

canadien

2

Sanu Resources

canadien

2

Niger Resources

canadien

2

Ivanhoe Mines

canadien

5

Northwestern Minerals

canadien

2

UraMin

canadien

8

Bayswater Uranium Corp.

canadien

 

Cooper Minerals Inc.

canadien

 

Trendfield

chinois

2

China National Uranium Corp.

chinois

2

Rio-Tinto

anglo-australien

2

Taurian Resources

indien

5

Liptako et Maradi Mining

anglais

3

Niger Mining Services

anglo-sud africain

 

Caracal Gold Burkina

anglo-américain

 

American Technologies.Inc Petroleum

américain

 

Afri Resources

maltais-australien

 

Atepa Group Russia

Russe

 

River Universal Trading

russe

 

Source: ministère nigérien des Mines, sites web des sociétés, Africa Mining Intelligence.

Par Christelle Marot
Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /Sep /2007 01:53

Au Maroc, les réformes structurelles ont été engagées et l’économie fait montre aujourd’hui d’un dynamisme certain. Les investissements étrangers sont au rendez-vous. La croissance semble moins volatile. Mais la pauvreté touche encore 15% de la population et le taux d’analphabétisme reste particulièrement élevé.

 

Les observateurs de la scène économique et politique marocaine sont unanimes. Quelque soit la mouvance du prochain gouvernement, constitué au sortir des élections législatives du 7 septembre, les grandes orientations économiques devraient être maintenues.

Continuité donc, dans la politique de libéralisation et d’ouverture du pays, en passe de devenir la coqueluche des investisseurs européens et arabes dans les secteurs du tourisme et de l’immobilier. Dernière annonce en date, celle du constructeur automobile Renault, qui prévoit l’installation d’une nouvelle usine de montage de 200 000 véhicules par an près de Tanger. Selon l’Office des changes marocain, en 2006, ce sont pas moins de 25,4 milliards de dirhams (près de 2,3 milliards d’euros) qui ont été investis; la France figurant en tête devant l’Espagne, avec 41% des flux, grâce aux opérations de privatisation notamment. « Le Maroc ne peut pas se développer sans les investissements étrangers, car il n’a ni les capacités financières, techniques et de management», indique Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales (IMRI). Parallèlement, l’assouplissement du contrôle des changes, annoncé début août, augure d’un mouvement en faveur de la convertibilité du dirham, souhaité par le marché, et attendu en 2009.

Continuité également dans les infrastructures et l’aménagement de sites à destination des entreprises, qui vont du port de TangerMed, à l’autoroute Casablanca-Marrakech, en passant par la plateforme de Casashore ou le pôle aéronautique de Nouacer. A l’origine, les plans Azur pour le tourisme et Emergence pour l’offshoring et la sous-traitance procèdent d’une stratégie de mise en valeur des avantages comparatifs potentiels du Maroc, parmi lesquels la proximité avec l’Europe, le bénéfice des accords de libre échange, un coût de main d’oeuvre relativement bas.

 

La croissance plus durable

 

Pour Nicolas Bouzou, économiste et directeur de la société de prévisions économiques Asterès, « la vague de réformes a commencé à porter ses fruits, l’économie sortant progressivement de son ancien modèle rentier ». Jean Christophe Batlle, directeur de l’assureur crédit Euler Hermes au Maroc, confirme la dynamique des secteurs du BTP, du tourisme et du textile. Ce dernier, en particulier, a su adapter son mode de production aux délais de plus en plus courts exigés par les donneurs d’ordre espagnols, permettant de soutenir la concurrence chinoise. Sur l’échelle 2007-2008 des risques de défaillances commerciales dans le monde, le Maroc est noté BB, au même niveau que l’Afrique du Sud, le Botswana et la Tunisie.

En 2006, la croissance du PIB a atteint 8,1%. Et si les conditions climatiques ne lui permettront pas de dépasser 3% en 2007, reste que la croissance du secteur non agricole est moins volatile que par le passé. Les fondamentaux sont plutôt bons. Dans sa dernière revue début août, le FMI rappelle que le déficit budgétaire a atteint 2,1% du PIB en 2006. Grâce aux recettes du tourisme et aux transferts de fonds des résidents à l’étranger, la balance des transactions courantes devrait être excédentaire pour la septième année consécutive. Petit bémol, le déficit de la balance commerciale en pourcentage du PIB se creuse. Par ailleurs, l’endettement public externe diminue. Selon le FMI, la dette de l’Etat atteindrait 58,2% du PIB en 2006. Enfin, l’inflation demeure relativement modérée à 3,3%.

 

Il y a urgence à réformer l’éducation et la justice

 

Le Maroc séduit. Mais cela n’enlève rien à ses insuffisances. « C’est un pays à plusieurs vitesses (...) Le secteur agricole est totalement négligé, il pâtit d’une absence de stratégie», indique Mohamed Maarouf, directeur de PlanetFinance à Casablanca. Et pourtant, l’agriculture draine encore près de 40% de la population active, parmi les plus démunis. Au Maroc, le taux de pauvreté est de 15%. « Il y a la microfinance pour ceux qui peuvent prendre des initiatives mais pour les autres, rien, aucun filet social », souligne Mohamed Maarouf. Si le chômage est à la baisse, environ 9,7%, c’est sans compter le chômage déguisé et le faible taux d’activité des femmes. Le pari du décollage économique et social au Maroc nécessite de la main d’oeuvre qualifiée. Or le taux d’analphabétisme est de 45%. «Il y a besoin de changer radicalement le système éducatif », s’emporte Noureddine Ayouch, président de la fondation de microcrédit Zakoura et de l’association 2007Daba. On estime à 10 000 le nombre d’ingénieurs à former par an d’ici 2010, contre 4000 aujourd’hui. Le Maroc devra en outre être capable d’absorber plus de 400 000 nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi chaque année. La santé est également décriée. L’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), lancée en 2005 et d’un coût de mise en oeuvre estimée à 2 milliards de dirhams en 2006, est encore trop récente. Autre facteur de mécontentement : la justice. « Nous devons lutter contre l’impunité, la corruption, protéger les acteurs. La justice est le corollaire nécessaire pour attirer les capitaux », souligne M. Maarouf. L’immobilier et notamment l’acquisition de patrimoine foncier est visé. Des affaires récentes ont justement jeté le discrédit sur des proches du pouvoir. 

Le temps presse. Sur le plan économique, le Maroc dispose encore de quelques années devant lui pour se mettre à niveau et devenir compétitif avant la mise en oeuvre totale de l’accord de libre échange avec l’Union européenne en 2012. Sur le plan social, il s’agit d’empêcher la reproduction d’un mode de pensée radicale, alimentée par la pauvreté, la perte de repères identitaires et le sentiment d’injustice, d’autant que la stratégie de développement du Maroc s’appuie sur l’attraction de grandes entreprises étrangères.

Article publié dans Les Afriques

Par Christelle Marot
Jeudi 26 juillet 2007 4 26 /07 /Juil /2007 01:49

Pour la première fois, les 40 premières compagnies cotées sur le Johannesburg Stock Exchange sont interrogées par le Carbon Disclosure Project (CDP), sur leurs efforts en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Parmi elles : le groupe pétrochimique Sasol, les entreprises de télécommunications MTN et Telkom ou le groupe Sappi, dans le secteur papier.

Le rapport du CDP est attendu en octobre prochain. Initié par Merrill Lynch, le CDP regroupe près de 280 investisseurs institutionnels dans le monde, gérant des actifs de plus de 41 000 milliards de dollars. Face au changement climatique, la stratégie environnementale des entreprises devient un critère de notation, un risque à considérer au même titre que le risque de change ou de taux ; particulièrement vrai dans les secteurs de l’assurance ou du tourisme. Avec le Brésil et l’Asie, l’Afrique du Sud figure la troisième zone « émergente » à l’étude. Depuis 5 ans, l’enquête du CDP couvre les 500 premières entreprises au monde (FT500), notamment en Amérique du Nord, en Europe et en Australie.

L’environnement est devenu « un business », susceptible d’influencer les orientations des grandes banques et sociétés. Dans son rapport « State and Trends of the Carbon Market 2007 », la Banque mondiale indique que le marché du carbone, actuellement porté par les plateformes d’échange européennes principalement, a quasiment triplé pour atteindre 30 milliards de dollars en 2006. Les certificats de réduction des émissions seront échangeables sur le marché international à partir de 2008. Selon UBS, le groupe financier suisse, la tonne de CO2, devrait alors atteindre 30 euros.

En raison d’un système bancaire et d’un tissu industriel peu développé, le continent africain représente pour l’heure seulement 3% des certificats émis (20 projets), loin derrière la Chine (61%) et l’Inde (12%). Mais l’Afrique du Sud pourrait sortir du lot en raison de la plus grande sophistication de son économie. Dans le cadre du Mécanisme de développement propre (MDP), six projets écologiques, générant des crédits carbone, sont en vigueur en Afrique du Sud, Ils sont portés par les autorités publiques à Durban et Cape Town ou par des sociétés privées, à l’instar de South African Breweries et Sappi Kraft.

Parallèlement, la question de l’après Kyoto pour les pays émergents en 2012 reste en suspens. Pour l’instant, ces derniers n’ont pas l’engagement de réduire leurs GES. A l’exemple de la Chine, en passe de devenir le plus gros pollueur de la planète, l’Afrique du Sud tire plus de 75% de son électricité du charbon. Son électricité, produite par Eskom, est parmi les moins chères au monde, mais elle lui confère aussi le rang de 19ème émetteur de CO2. Si les objectifs de Kyoto devenaient contraignants, les pays émergents ne pourraient guère s’affranchir longtemps d’une politique nationale de réduction des gaz à effet de serre.

Article publié dans Les Afriques

Par Christelle Marot
Mercredi 25 juillet 2007 3 25 /07 /Juil /2007 01:47

Depuis quelques mois, le secteur de l’assurance-vie en Afrique du Sud se détend à l’endroit des malades du sida. Dans un mouvement qualifié de victoire par les associations de soutien aux malades, les compagnies d’assurance ont accepté de lever, en avril dernier, les restrictions portant sur les contrats vie de leurs clients devenus séropositifs. Désormais, souligne The Life Offices’Association of South Africa (LOA), qui regroupe 95% des intervenants du secteur, il ne sera plus possible de s’opposer au versement du capital décès, au prétexte que l’assuré a contracté le VIH après la signature de son contrat.

Dans la même veine, la compagnie AllLife, dirigée par Ross Beerman, propose depuis un an et demi des produits d’assurance-vie, avec ou sans durée limite, à destination spécifique des malades du sida sous anti-rétroviraux. « Nous comptons environ un millier d’assurés, mais recevons, en ce moment, près de 350 demandes chaque semaine », indique M. Beerman. L’acceptation d’un dossier se fait en fonction du statut sérologique.

A partir de 20 dollars par mois, le capital couvert peut atteindre 10 à 20 000 dollars. La couverture maximale pouvant aller jusque 420 000 dollars. Entre AllLife et les compagnies sud-africaines déjà positionnées sur le segment, à l’instar de Sanlam, Old Mutual  ou Metropolitan, la différence majeure est le prix, ainsi que la durée de couverture. En dehors, d’AllLife, Altrisk, branche du groupe Hollard, est la seule autre compagnie d’assurance en Afrique du Sud offrant des produits vie à des tarifs abordables pour les séropositifs. Dans le pays, le sida touche près de 5,5 millions de personnes sur une population totale de 47 millions d’habitants

Le secret d’AllLife c’est le suivi rigoureux de l’évolution de la maladie de ses assurés, qui lui confère la maîtrise d’un risque jugé trop élevé par ses pairs. « Nous téléphonons, envoyons des SMS ou des emails à nos clients pour s’assurer qu’ils font bien leur prise de sang ou prennent leurs médicaments correctement ». « En quelque sorte, nous apprenons à nos clients à gérer leur maladie», explique Ross Beerman. Ainsi, grâce aux traitements, le taux de mortalité d’un individu atteint du sida serait quasiment comparable à celui d’un diabétique. Le marché, M. Beerman, l’évalue à près de deux millions de malades, gagnant plus de 400 dollars par mois. Si le dirigeant d’AllLife concède que sa compagnie ne peut pas répondre aux demandes parvenues du Japon, d’Amérique ou d’Europe, en revanche la Namibie voisine est un marché potentiel. AllLife a déjà déposé une demande auprès des autorités financières locales, afin de distribuer ses produits.

Article publié dans Les Afriques

Par Christelle Marot
Mardi 24 juillet 2007 2 24 /07 /Juil /2007 01:43

Encore loin derrière le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la France, les pays émergents investissent à leur tour. L’offensive de la Chine est spectaculaire. C’est sans compter avec l’Inde, l’Afrique du Sud ou les Etats du Golfe.

 

L’Afrique serait-elle en passe de devenir la 23ème province chinoise ? Forte du succès de ses zones économiques spéciales (ZES), à l’exemple de Shenzhen près de Hong-Kong, la Chine s’active auprès des gouvernements africains depuis quelques mois, en vue de transposer son modèle sur le continent noir. Quatre zones ont été identifiées et « au cours des trois prochaines années, ce sont neuf autres zones qui devraient être créées, avec l’appui de la China Exim Bank », indique Martyn J. Davies, directeur exécutif du Centre for Chinese Studies (CCS), à l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud.

Offrant des facilités d’investissement et d’exportation aux entreprises chinoises, la première ZES se situe à Chambishi en Zambie, « la ceinture de cuivre du pays ». La Chine a prévu d’y consacrer 900 millions de dollars. La continuité des activités des compagnies minières chinoises opérant en Zambie devrait être assurée par la création d’une autre ZES en Tanzanie, avec pour vocation le transport maritime. Maurice, de son côté, se prépare à accueillir une quarantaine de sociétés manufacturières chinoises tournées vers l’exportation. La quatrième zone devrait se situer au Nigeria. Dans le pays, China National Offshore Oil Corp (CNOOC) a déjà effectué l’un de ses plus gros investissements à l’étranger avec l’acquisition, en 2006, de 45% d’un champ pétrolier offshore, pour 2,2 milliards de dollars.

Si la Chine se veut rassurante quant aux suites économiques et politiques éventuelles de sa présence en Afrique, c’est que son appétence pour les ressources naturelles du continent est considérable. Selon la Cnuced, la Chine a cumulé 1,6 milliard de dollars d’investissements directs, fin 2005, à destination première du Soudan, de l’Algérie et de la Zambie. En termes de flux, les IDE chinois sont passés de 30 millions de dollars en 2002 à près de 400 millions en 2005, avec un mode d’entrée qui privilégie la constitution de joint-venture. Des chiffres qui sous-évaluent très vraisemblablement la réalité, si l’on considère l’accélération des opérations chinoises sur le continent ces derniers mois. L’offensive est spectaculaire. Il y a le pétrole bien sûr (CNOOC, CNPC, Sinopec), le secteur minier (China Minmetals Corporation, Sinosteel), mais aussi l’industrie manufacturière, les télécommunications ou la construction (China State Construction & Engineering Corporation, China Harbour Engineering Company). Aujourd’hui, les sociétés chinoises remportent près de la moitié des contrats publics dans le secteur de la construction en Afrique, indique l’OCDE, aidées en cela par des prix 20 à 30% inférieurs à ceux proposés par leurs concurrents occidentaux.

L’Inde vise aussi les matières premières

 

La Chine n’est pas la seule à faire montre d’une telle fringale. La Malaisie détient des participations conséquentes, via la compagnie pétrolière Petronas. Mais si la Chine semble plus « agressive » dans sa politique commerciale et d’investissement à l’égard de l’Afrique, voire occuper davantage le terrain médiatique, son efficacité ne doit pas occulter la place prépondérante occupée par les entreprises à capitaux indiens. Depuis de nombreuses années, l’Inde entretient des relations privilégiées avec plusieurs pays africains, tels Maurice, le Kenya et l’Afrique du Sud. Les entreprises indiennes sont actives dans l’industrie manufacturière et les services. Le groupe diversifié Tata, par exemple, est présent dans une dizaine de pays africains et envisage d’investir directement près de 50 millions de dollars sur le continent au cours des trois prochaines années. En 2006 et 2007, de nouveaux projets ont notamment été initiés en Afrique du Sud (ferrochrome, télécommunications, automobile), en Ouganda (usine de café soluble) et en Zambie (centrale électrique). « Mais ce qui est nouveau, depuis deux ou trois ans, c’est que l’Inde s’intéresse, à son tour, aux richesses du sous-sol africain », souligne Stephen Gelb, directeur du Edge Institute à Johannesburg, centre de recherches indépendant sur les politiques économiques en Afrique. Ainsi, Arcelor Mittal, le géant mondial de l’acier, qui souhaite faire de l’Afrique de l’Ouest « un pôle majeur » pour ses approvisionnements en fer, a signé un accord en février dernier pour l’exploitation de minerais dans la région de Faleme, dans le sud-est du Sénégal. Le groupe, contrôlé par le magnat indien Lakshmir Mittal, est déjà très actif dans la production d’acier sur le continent, via ses filiales en Afrique du Sud et en Algérie.

L’autre pôle majeur d’investissements est l’Afrique du Sud. « A la différence de la Chine qui est plutôt dans une logique commerciale, de réexportation, l’Inde et l’Afrique du Sud visent davantage les marchés locaux, encouragées par les politiques de déréglementations», précise Stephen Gelb. Des mesures libératoires qui concernent l’Afrique du Sud elle-même, puisque cette dernière a vu la levée complète du contrôle des changes portant sur les flux d’IDE à la fin 2004 seulement. C’est la grande diversité géographique et sectorielle qui caractérise les investissements sud-africains sur le continent : secteur minier, bâtiment, infrastructures, énergie, banques, télécommunications, distribution, etc.

 

L’afflux des capitaux arabes en Afrique du Nord

 

Autre tendance très récente : l’afflux massif de capitaux provenant d’Etats du Golfe, à destination de l’Afrique du Nord. L’envolée du prix du baril a gonflé les réserves financières des Emirats arabes unis (EAU), du Koweït, de Bahreïn et du Qatar, qui cherchent aujourd’hui à recycler l’argent du pétrole. « Aux Etats-Unis et en Europe, il y a une légère hostilité à l’égard des investisseurs du Golfe. L’hospitalité est plus grande dans les pays arabes comme le Maroc ou l’Egypte », indique Waleed Al-Fehaid, président du Consortium Maroco-Koweitien de Développement (CMKD). Le Consortium, détenu à 84% par l’Etat du Koweït, vient de lancer les travaux de construction de plusieurs résidences touristiques à la station Ghandouri, dans la baie de Tanger. Coût du projet : entre 20 et 22 millions d’euros.

Dans les secteurs touristiques et immobiliers, au Maroc et en Tunisie, les montants annoncés sont colossaux. Ce sont les capitaux émiratis qui alimenteraient l’accroissement des flux à destination de ces pays en 2006, souligne le Réseau euro-méditerranéen des agences de promotion des investissements (Anima). Selon l’observatoire Anima-Mipo, les Emirats représenteraient 30% des 5,4 milliards d’euros annoncés en 2006 vers le Maroc, tandis qu’ils fourniraient 80% des 3,8 milliards d’euros à destination de la Tunisie.

Ainsi, au Maroc, Al Qudra ambitionne d’investir 2,7 milliards de dollars sur 10 ans, Dubaï Holding effectue actuellement la mise en valeur de la vallée du Bouregreg pour 2 milliards de dollars, tandis qu’Emaar, autre société émiratie, devrait consacrer 1,55 milliard de dollars dans l’aménagement de la corniche de Rabat.

Effets d’annonce ? D’après les données préliminaires de l’Office des changes marocain, les IDE des pays du Golfe réalisés au Maroc en 2006 se montent à environ 195 millions d’euros, dont près de 68 millions pour les EAU, c'est-à-dire vingt fois moins importants que ceux affichés. L’avenir dira si le mouvement se confirme, auquel cas, les pays du Golfe pourraient concurrencer très fortement les investisseurs français et espagnols dans le Royaume.

Article publié dans Les Afriques

Par Christelle Marot

Journaliste presse et reporter d'images indépendante, spécialiste de l'Afrique, je réside au Maroc depuis 2007.

Publications et reportages pour France Ô, L'Express, La Croix, Econostrum, New African, African Business, etc.  

 

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