Christelle Marot
Journaliste freelance
New African
Au Maroc, le statut de réfugié attribué par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’est pas reconnu. Privés de titres de séjours, les réfugiés sub-sahariens vivent dans une extrême précarité. Impossible pour eux d’accéder au marché du travail formel. Le statut protège des reconduites à la frontière, mais guère plus.
Réfugiée du Congo Brazzaville, installée à Rabat depuis quatre ans, Nadège Akouala, 34 ans, vit difficilement. Dans la chambre exiguë : un lit, une chaise, quelques ustensiles de cuisine, des sacs, une télévision et des photos de famille épinglées au mur.
Blessée par balle au niveau de la nuque, Nadège Akouaka n’a pas retrouvé l’usage de ses jambes. Une chaise roulante est rangée dans l’entrée. Impossible pour Nadège de se mouvoir seule et encore moins de travailler. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) lui verse une pension de 1 000 dirhams par mois (environ 87 euros). Mais une fois réglée les 800 dirhams pour sa chambre, Nadège se retrouve démunie. « Une fois la chambre payée, il me reste 200 dirhams. Si les gens autour de moi ne m’aident pas, je ne parviens jamais à m’en sortir. C’est vraiment difficile », confie t-elle. Cette mère de trois enfants, restés au Congo, rêve d’aller en Europe. Si elle pouvait bénéficier d’une bonne rééducation, elle pourrait remarcher, lui ont assuré les médecins. Mais pour le HCR, Nadège ne peut pas être réinstallée. « Ils m’ont dit que leur budget est limité (…) Je suis la mère de trois enfants, ils ont besoin de moi, mais je n’ai qu’une seule main valide ; comment pourrais je m’occuper d’eux ? », interroge t-elle. « Là bas, ils sont chez mes parents au village. Ils ne vont pas à l’école, ils ne font rien ». Sans ressources, la jeune femme congolaise a peu d’espoir de voir sa situation s’améliorer ; les médicaments et la rééducation coutent chers.
Au Maroc, pays de transit et de plus en plus de destination pour les migrants et les demandeurs d’asile en provenance d’Afrique sub-saharienne, le statut de réfugié du HCR n’est pas reconnu par les autorités. Quoique signataire de la Convention de 1951 sur les réfugiés et du Protocole de 1967, le Maroc n'a pas encore adopté de législation nationale sur les réfugiés, ni institué de procédures d'asile conformes aux normes internationales. Dans ce contexte, la difficulté pour le HCR consiste à assurer la protection des réfugiés au sein de mouvements migratoires dans le pays. Pour 2011, le budget du HCR pour l’Afrique du Nord s’élève à 54,472 millions d’euros, dont 2,6 millions pour le Maroc, hors mesures de rétablissement de la confiance au Sahara occidental (12,3 millions). Près de la moitié du budget du HCR en Afrique du Nord va à l’Algérie.
Privés de titres de séjours, les réfugiés vivent dans une grande précarité. Ils sont moins de 800 reconnus aujourd’hui par le HCR à Rabat, issus principalement de la Côte d’Ivoire (34%) et de la République démocratique du Congo (26%). Parmi ces réfugiés, 17% sont des femmes et 28% ont moins de 17 ans. Pour les réfugiés, le statut du HCR protège des reconduites abusives à la frontière, mais guère plus. L’année dernière, seules 14 personnes ont été refoulées, contre une centaine les années précédentes.
« L’absence de titres de séjours pousse les réfugiés à accéder au marché informel de l’emploi, en ce sens qu’ils ne peuvent pas avoir de contrats de travail, ils ne peuvent pas avoir de documents officiels, de document de voyage de la Convention et donc ils ne peuvent pas avoir accès aux services de base les plus élémentaires », explique Marouane Tassi, chargé des affaires juridiques auprès du HCR à Rabat. Néanmoins, selon le responsable, il y a aujourd’hui des efforts de part et d’autre pour mettre en place dans les meilleurs délais un cadre juridique, législatif et institutionnel relatif à l’asile.
Quartier industriel de Hay Nahda à Rabat. Assis sur le rebord de son lit, Kalilou Cissé, chemise à rayures et lunettes de soleil sur le front, regarde avec attention les nouvelles d’Abidjan diffusées sur son poste de télévision. Kalilou est réfugié au Maroc depuis cinq ans. Quand la guerre a éclaté en 2002, après avoir vu la maison de son voisin incendiée, il a quitté la Côte d’Ivoire, inquiet pour sa vie. Il a traversé le Mali et l’Algérie, avant de se retrouver au Maroc.
Aujourd’hui, cet Ivoirien de 37 ans survit grâce à de petits boulots, au black. Aide maçon, peintre, travail au champs, il est payé 50 dirhams la journée, un peu plus de 4 euros, mais la moitié environ de ce que touchent les travailleurs marocains. Difficile pour Kalilou, pourtant formé en marketing et communication, de se faire une place. A Abidjan, Kalilou avait monté sa propre société dans le secteur textile. « Il y a toujours un blocage. Le blocage c’est la carte de séjour. Pour travailler dans un centre d’appels, j’ai passé les tests. On m’a dit, c’est bon, on va vous appeler dans deux semaines pour venir faire la formation. Amenez des photos, la photocopie de votre carte de séjour. Et là c’est le blocage, comme à chaque fois, car je n’ai pas de carte de séjour », explique Kalilou, amer.
La chambre qu’il partage avec un autre réfugié comme lui, coute 1 500 dirhams par mois (environ 132 euros). Entre les factures d’électricité, le téléphone, le transport, la nourriture, il doit trouver entre 1 000 et 2 000 dirhams par mois pour survivre.
« Depuis que le HCR nous a donné des cartes plastifiées, les policiers marocains ne peuvent plus déchirer nos documents. On est épargné par les rafles. Mais pour le reste, on vit comme les autres migrants africains sans papiers », raconte t-il, servant le thé. Qu’ils soient réfugiés ou clandestins, les migrants sont vulnérables. Trop souvent victimes de racisme, ils ont du mal à se défendre. « Il y a un problème de sécurité car un migrant qui se fait agressé n’a pas droit à une protection. Au commissariat, on nous dit « présentez vous ». Il faut la carte de séjour. C’est un problème. On vient pour porter plainte, mais cela reste sans suite », regrette Kalilou. Pour le travail, même chose. Obligés de travailler au noir, les réfugiés victimes de patrons peu scrupuleux, qui négligeraient de les payer, n’ont aucun recours. « Si vous ne croyez pas en Dieu. Quand vous arrivez ici, vous vous mettez à croire. C’est tellement difficile », lâche Kalilou.
« Les initiatives du HCR sont très limitées », déplore Saïd Tabal, membre du Comité central migration et asile de l'Association marocaine des droits humains (AMDH). L’organisation onusienne est qualifiée de partiale. « Le HCR défend les orientations politiques européennes dans le domaine d’asile, dénonce le responsable de l’AMDH. En Europe, on constate un durcissement des procédures, la complexification des procédures de demande de visas, une approche plus sécuritaire ».
Régularisation des sans papiers
Tandis que les Marocains manifestent pour des réformes politiques, davantage de démocratie, de liberté et de justice sociale, les associations de défense des migrants surfent à leur tour sur la vague. Elles demandent le respect des droits élémentaires des réfugiés et demandeurs d'asile installés au Maroc, notamment le droit aux soins, à la scolarisation des enfants, à une alimentation saine et à un emploi stable.
Elles demandent l’obtention de la carte de séjour pour tous les réfugiés reconnus par le HCR. Le Conseil des migrants subsahariens, organe représentatif mais non reconnu par les autorités marocaines, va même plus loin, demandant la régularisation de tous les sans papiers ayant passé plus de cinq ans sur le territoire marocain. On estime à 15 000 le nombre de migrants sans papiers au Maroc. « Certaines ambassades, comme le Cameroun, le Sénégal, délivrent des cartes consulaires à leurs ressortissants. On peut donc savoir qui est au Maroc et depuis combien de temps », affirme Fabien Didier Yene, président de l’Association des migrants Camerounais au Maroc (Adescam). Le Conseil des migrants demande également à l’Union européenne de cesser d’externaliser sa politique d’asile. Alors que des changements politiques majeurs, annonçant la fin de régimes autoritaires, sont amorcés au sud de la Méditerranée, les gouvernements et les instances de l’Union européenne se montrent avant tout préoccupés de se protéger contre « les flux migratoires incontrôlables », regrette l’AMDH.
La Croix
Les mouvement islamistes s'activent dans ce bidonville de Casablanca abandonné par l'Etat. Le chômage, le trafic de drogues et l'insécurité sont le lot quotidien des habitants.
Adossé contre un mur, jean et veste de sport blanche, Mourad fixe l’horizon de ses grands yeux verts. Son regard se perd sur les baraquements tordus, fait de briques et de tôles, surmontés de paraboles. Autour, ce sont des amas de pierres, vestiges des cahutes rasées de ceux qui ont pu être relogés. Des tapis bigarrés sont accrochés dans le vent. Autour de la fontaine, les enfants courent pieds nus. Quelques moutons s’aventurent parmi les immondices qui bordent l’entrée de Douar Thomas à Sidi Moumen, le plus gros bidonville de Casablanca.
« Je reste là toute la journée, sans rien faire. J’ai 31 ans et je n’ai pratiquement jamais travaillé. Des bricoles à droite, à gauche, pendant un mois ou deux, c’est tout », se désole le jeune homme. Mourad retourne les poches de son pantalon : « Voilà, je n’ai rien, absolument rien. Pas d’argent, lance t-il amer. C’est pas une vie ».
A Casablanca, on estime à 250 000 le nombre d’habitants des bidonvilles. Plus de six ans après son lancement, le programme national d’éradication des bidonvilles accuse du retard. L’échéance de 2012 approche, et à Casablanca, poumon économique de plus de 3 millions d’habitants, seules 45 000 baraques ont été détruites, soit un taux d’avancement de 50%. Outre des conditions de vie précaire et le chômage qui touche plus de la moitié de cette population, les problèmes de drogue et l’insécurité sont le lot quotidien des bidonvillois. « Il y a beaucoup de problèmes d’alcool, les jeunes prennent du hash, des pilules, ça les rend fous », poursuit Mourad.
« Depuis 2003 (ndlr, les attentats de Casablanca), rien n’a vraiment changé. Cela n’avance pas vite. Il y a beaucoup de souffrance chez les gens », indique Siham, petite brune de 19 ans, qui vit seule avec sa mère.
Dans le bidonville de Sidi Moumen, la police ne patrouille guère. « Ils ne s’occupent pas de notre sécurité. Quand ils viennent, c’est pour chercher quelqu’un », s’amuse Yacine, 28 ans, lunettes de soleil sur le front. « Ceux qui viennent, ce sont les membres d’Al Adl Wal Ihsane (ndlr, parti islamiste interdit mais toléré par les autorités). Ils organisent des ateliers pour les femmes, pour les hommes, font des lectures du Coran et des hadiths », explique le jeune homme.
Depuis le 28 avril, l’attentat de Marrakech, qui a fait 17 morts dont 8 Français, nourrit les conversations. « Les gens qui ont commis cet attentat ne sont pas musulmans. L’islam, ce n’est pas cela », proteste Siham. « Le gars, c’est un Marocain ? Il a fait cela tout seul ?», peine à croire Mourad. Si la grande majorité des habitants de Sidi Moumen condamnent vivement l’attentat, « pas mal de gens ici ont des opinions djihadistes, mais c’est caché. Ben Laden était plutôt bien vu », affirme toutefois Yacine.
Une semaine après l’explosion qui a soufflé le café Argana, trois ressortissants marocains ont été arrêtés. Selon les autorités locales, Adil El-Atmani, le principal suspect, âgé de 25 ans, se serait initié à la fabrication d’explosifs sur Internet. Imprégné de l’idéologie djihadiste, mais sans lien direct avec Al-Qaïda, l’homme, originaire de Safi, ville côtière à 150 km de Marrakech, aurait tenté de rejoindre, à plusieurs reprises, la Tchétchénie et l’Irak, avant de décider d’agir sur le sol marocain.
Initialement mise en cause, Al- Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), a nié être à l’origine de l’attentat. Selon Mohamed Darif, politologue maro- cain, « l’idéologie salafiste djihadiste est présente au Maroc, au niveau po- litique, mais pas de façon structurée, organisationnelle. Des cellules sont régulièrement démantelées. Adil El- Atmani est dans un djihad personnel, individuel, sans appartenance véri- table à une organisation. Ce n’est pas nouveau. En 2008, à Meknès, un ingénieur a voulu se faire exploser. »
La Croix
Sur la place Jamaâ el Fna, Nourredine, la trentaine, originaire de Marseille, traine avec ses copains. Venu pour la première fois en vacances au Maroc, il était dans un café proche de l’Argana, quand l’explosion a retenti. « C’est choquant. Ce genre de choses, on voit cela à la télévision, cela se passe en Irak, en Afghanistan, ça semble loin, explique t-il abasourdi. Quand il y a trop de monde, je ne me sens pas tranquille (…) Franchement, j’ai hâte de rentrer en France ».
Trois jours après le terrible attentat à Marrakech qui a fait 16 morts, dont 7 Français, ainsi que 25 blessés, la ville est en émoi, malgré le retour au calme apparent. Les touristes sont attablés aux terrasses des cafés et des restaurants. Dans la médina, c’est presque la même effervescence. Les habitants de Marrakech, professionnels du tourisme, hôteliers, commerçants ou simples employés, se veulent rassurants. « Pour Marrakech, c’est nouveau. Nous avons toujours été tolérants et hospitaliers avec les étrangers qui viennent comme touristes ou qui sont installés ici. Cela dépasse l’entendement », se désole Abdellatif, derrière son étal d’oranges.
Pour Ahmed Bennani, propriétaire de l’hôtel Hivernage, dans le quartier chic du Guéliz, « en ciblant Marrakech, on a voulu s’attaquer à l’économie du pays, qui connaît une croissance stable et des réformes depuis plusieurs années ». Près de la moitié de la population de Marrakech vit grâce au tourisme. Le Maroc a accueilli 9,4 millions de visiteurs en 2010 ; un secteur qui représente près de 10% du PIB et environ un tiers des entrées de devises.
« L’économie, ce n’est pas grave. On s’en remettra », lâche le patron de l’Hivernage. « Mais quand je pense aux familles des victimes, quand je pense aux blessés qui vont repartir handicapés de notre pays, alors qu’ils étaient simplement là pour les vacances, j’ai une boule dans l’estomac. Je ne dors plus ».
Alors que l’attentat n’a toujours pas été revendiqué, la piste d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) est évoquée. Les investigations préliminaires ont révélé que l’engin explosif, fabriqué à partir de nitrate d’aluminium et de deux explosifs TATP, avec des clous de fer, avait été déclenché à distance. « Tout le monde connaît la partie qui recourt à ce mode opératoire », a souligné Taieb Cherqaoui, ministre marocain de l’Intérieur. L’enquête se poursuit. L’interrogatoire de deux touristes néerlandais a permis d’établir le portrait-robot d’un homme qu'ils ont vu dans le café Argana, quelques minutes avant l’attentat et qui leur a paru suspect.
Samedi, le roi Mohammed VI s’est rendu aux chevets des victimes, ainsi que sur le lieu de l’attentat, place Jamaâ el Fna. Dans la foule venue se presser pour l’accueillir, des banderoles et des slogans : « Touche pas à mon pays ».
Tandis que le Maroc connaît depuis plusieurs semaines des manifestations pacifiques pour plus de liberté, de démocratie et de justice sociale, l'attentat de Marrakech fait craindre un tour de vis sécuritaire.
Quelques heures après l’explosion qui a soufflé le café Argana, Rachid Nini, directeur du quotidien arabophone Al-Massae, un journal populiste, mais aussi l’un des plus gros tirages du Maroc, a été mis en garde à vue. Après avoir mis en cause les services de sécurité marocains, il est poursuivi pour « atteinte à des corps constitués » et « atteintes à des personnalités publiques ».
« On a des inquiétudes. Dans notre société, il y a des forces conservatrices, au sein de l’appareil de l’Etat et dans la sphère économique. Ces forces ne veulent pas que les choses changent, explique Noureddine Belakbyer, secrétaire général du Comité de défense des droits humains à Marrakech et membre du Parti socialiste unifié (PSU). Après ce tragique attentat, on craint que certains groupes sécuritaires dans l’Etat fassent pression pour justifier un retour en arrière ». Dimanche 1er mai, fête du travail, seul le syndicat UMT (Union marocaine du travail) est sorti, avec à ses côtés une cinquantaine de jeunes Marrakchi du Mouvement du 20 février. « Le 16 mai 2003, ce n’est pas le 28 avril 2011. Le contexte n’est pas le même. Aujourd’hui, les Marocains sont de plus en plus conscients, ils sortent dans la rue, ils s’expriment. Ils refuseront un retour en arrière concernant les droits et les libertés publiques », estime de son côté, Hanaa Baidane, étudiante et membre du 20 février. « On demande une enquête transparente, qu’il n’y ait pas d’arrestations arbitraires et massives », ajoute la jeune femme. Bouleversés, les jeunes du 20 février le sont. Pour autant, ils entendent continuer à mettre la pression et prévoient de nouveaux rassemblements le 8 mai prochain.
New African
Le mur du silence est tombé. Les Marocains n’hésitent plus à descendre dans la rue, pour demander plus de démocratie et de liberté, dénoncer la corruption et les privilèges. Le roi a promis le changement. Une nouvelle Constitution doit être soumise à référendum dans les prochains mois.
« Nous devons nous constituer en force de propositions, sinon le mouvement s’essoufflera », estime Karima, 25 ans, membre du Mouvement du 20 février, organisateur ces dernières semaines des manifestations pour plus de démocratie et de liberté au Maroc.
Avec le printemps, les beaux jours sont revenus et ils étaient plus de 15 000 à battre le pavé ce 20 mars à Casablanca, un mois tout juste après les premiers rassemblements dans le royaume. Plusieurs milliers de Marocains ont également défilé à Rabat, Marrakech, Fès, Tanger, Al Hoceima, Tétouan ou encore Agadir.
Le mur du silence est tombé. Inimaginable, il y a encore quelques mois, des manifestants scandent aujourd’hui des slogans ouvertement hostiles au pouvoir, dénonçant la corruption, les privilèges, le despotisme. Dans la foule, des pancartes s’agitent : « Abbas dégage » (ndlr : Abbas El Fassi, premier ministre), « le pouvoir au peuple », « Lydec dégage » (ndlr : filiale de Suez, concessionnaire pour l’eau et l’électricité à Casablanca), « Le peuple demande la liberté », « Assez de la corruption ».
Dans la capitale économique, où la marche a été autorisée à la dernière minute, la police s’est fait discrète, au plus grand soulagement des organisateurs. Le 13 mars, les forces de l’ordre avaient chargé violemment contre les participants d’un rassemblement à Casablanca, faisant de nombreux blessés et provoquant la consternation, quatre jours après le discours du roi Mohammed VI ; un discours qui promet une réforme constitutionnelle globale, qualifié d’historique par nombre d’observateurs.
Supporters dès les premières heures de la contestation, les formations politiques de gauche, les islamistes et les associations de défense des droits de l’homme, laissent les jeunes à la manœuvre, s’alignant sur leurs revendications. En soutien : le Parti socialiste unifié (PSU), la Voix démocratique, le Parti avant-gardiste, la Ligue des droits de l’homme, l’Association marocaine des droits humains (AMDH), les défenseurs du mouvement berbère, le mouvement Al Adl Wal Ihssane (Justice et Bienfaisance, parti islamiste interdit mais toléré).
« Nous continuons à manifester car le discours royal n’a pas été clair en ce qui concerne la monarchie parlementaire. Il n’a pas évoqué non plus l’article 19, considéré comme une Constitution à l’intérieur de la Constitution. Le Mouvement du 20 février veut une nouvelle Constitution élaborée par un comité représentant le peuple. On veut dire aussi qu’il y en a marre de la corruption, des lobbys économiques qui détiennent l’argent et les richesses du pays », explique Hosni Almoukhlis, membre du Mouvement du 20 février, à Casablanca.
Outre davantage de pluralisme, le renforcement des droits de l’homme et des libertés individuelles, le roi Mohammed VI a promis que le statut du Premier ministre, « en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif », et celui des partis politiques seront renforcés. Les premières recommandations pour une nouvelle Constitution devraient être présentées en juin. Pour autant, le Mouvement du 20 février, sceptique, n’entend pas baisser la garde. Et tandis que les prochaines élections législatives sont attendues en 2012, ses membres réfléchissent à transformer le mouvement en parti ou en association, afin d’assoir les revendications. Comment, avec quelles composantes ? C’est toute la question, tant le Mouvement du 20 février est hétérogène. De nombreux jeunes craignent la récupération, quand d’autres se montrent plus pragmatiques. Les soutiens du parti islamiste du Cheikh Yassine, Al Adl Wal Ihssane, mais aussi d’Annahj Dimokrati (La Voie démocratique, formation politique marxiste) sont agités comme des épouvantails. Au point que l’ambassadeur de France à Rabat, Bruno Joubert, a cru bon devoir convoquer plusieurs responsables de mouvements de jeunesse de partis politiques marocains (USFP, PPS, PJD) pour les mettre en garde. « On a peur de la récupération politique. De nombreux partis se sont rapprochés du mouvement et ils cherchent à passer leurs idéologies », estime Karim, un jeune du mouvement du 20 février.
« Al Adl Wal Ihssane n’est pas en dehors des revendications de la plateforme du mouvement du 20 février. Il est d’ailleurs un constituant essentiel du mouvement, indique de son côté Hosni Almoukhlis. L’islamisme, c’est un chiffon que tous les gouvernements arabes agitent. L’Egypte, la Tunisie, la Lybie parlent de la peur des islamistes. C’est un jeu politique dont nous sommes très conscients. On veut dire aux gens que nous sommes contre la corruption, nous sommes contre ceux qui ne veulent pas le bien du Maroc. Si Al Adl Wal Ihssane et les gauchistes veulent le bien du Maroc, ils sont les bienvenus dans le mouvement bien sûr ».
De leurs côtés, les partis politiques de la coalition gouvernementale sont au travail. A la commission pour la réforme constitutionnelle, mise en place au lendemain du discours royal du 9 mars, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a fait des propositions pour une monarchie parlementaire dans laquelle le roi conserverait des prérogatives relatives à son rôle de commandeur des croyants, de chef de l’Etat, de garant de l’unité et de l’indépendance nationale. Pour l’USFP, le Premier ministre devrait conduire la politique générale de l’Etat et contrôler la gouvernance sécuritaire et le domaine de la communication. La commission pour la réforme constitutionnelle doit auditionner les partis politiques et les syndicats, et remettre ses recommandations au roi le 16 juin prochain.
La grogne monte chez les journalistes des médias officiels
Effet collatéral des manifestations : la grogne monte chez les journalistes des médias officiels. Les employés des chaines publiques 2M et RTM dénoncent le contrôle de l’Etat sur la ligne éditoriale. « Nous demandons des réformes profondes pour un pôle audiovisuel public démocratique, populaire et diversifié, explique Abderrahim Tafnaout, journaliste à 2M et syndicaliste. Nous souhaitons aussi que les responsables rendent des comptes ».
Fin mars, des centaines de journalistes ont protesté devant les sièges des deux télévisions publiques 2M à Casablanca et RTM à Rabat. A Casablanca, les manifestants n’ont pas hésité à brandir des pancartes « Samira dégage », exigeant le départ de Samira Sitaïl, directrice adjointe de 2M et responsable des informations, considérée comme proche du Palais.
« Le Mouvement du 20 février et les manifestations ont été traités de façon très sécuritaire par 2M. La chaine sous-estime sciemment ce qu’il se passe, ajoute Abderrahim Tafnaout. D’où une grande colère d’une partie de la population qui était présente sur place ».
Durant les manifestations du 20 février et celles qui ont suivi, certains journalistes de 2M ont été pris à partie par les manifestants. Aux premières heures des rassemblements à Rabat, la chaine publique annonçait quelques centaines de manifestants seulement, alors qu’ils étaient plusieurs milliers à battre le pavé. Dans la foule, on pouvait lire des pancartes « Al Jazeera », signifiant la défiance à l’encontre des médias officiels marocains. « Les responsables n’ont pas été capables de prendre la mesure de ce qu’il se passe, de ce que le Mouvement du 20 février exprime comme ras le bol, à l’encontre du despotisme, de la corruption, de la mauvaise gouvernance », souligne Abderrahim Tafnaout.
A la MAP (Maghreb Arabe Presse), l’agence de presse officielle, le malaise est également perceptible. Des journalistes réclament leur indépendance, avec ce mot d'ordre : « Nous voulons une agence d'information, pas une agence de propagande ». Fondée en 1959, la MAP est souvent critiquée pour sa proximité vis-vis du pouvoir officiel, aussi bien par la presse marocaine que par des ONG.
Manifestants à Rabat (photo Christelle Marot)
Econostrum
Au moins 6 000 personnes à Rabat et plus de 7 000 à Casablanca, la capitale économique, ont défilé pacifiquement ce dimanche 20 février 2011 pour demander le changement. A Rabat et Casablanca, la présence policière est restée discrète.
« Le peuple demande la liberté », « Assez, assez de la corruption », « Où est la justice ? » « Pour la démocratie au
Maroc », « Les Marocains doivent choisir leur premier ministre », ont notamment scandé les manifestants. Ces derniers appellent à une révision de la Constitution et
l’instauration d’une monarchie parlementaire.
Aux côtés des organisateurs et adhérents du Mouvement du 20 février, se sont joints les militants de plusieurs associations de défense des droits de l’hommes, des militants de partis de gauche,
des défenseurs de la cause berbère, ainsi que des éléments de la jeunesse du parti islamiste Justice et Bienfaisance, parti interdit mais toléré par le pouvoir. Outre les revendications
politiques, les manifestants ont également demandé une éducation de meilleure qualité, l’amélioration du système de santé, des emplois. Aucune attaque contre le roi n’a été relevée. En
revanche, des slogans plus hostiles ont été entendus contre la famille Fassi-Fihri, qui figure l’élite politique du royaume.
Les organisateurs du Mouvement du 20 février pour le changement avaient réuni sur Facebook autour de 20 000 adhésions. La veille des manifestations, le mouvement « Démocratie et Liberté
maintenant », autre initiative lancée sur Facebook, avait fait savoir qu’il se retirait en raison de désaccords avec les islamistes et la gauche.
Outre Rabat et Casablanca, des rassemblements ont eu lieu à Marrakech, Fès, Agadir. Du côté des médias officiels, dans son journal de la mi-journée, la télévision publique 2M a évoqué
quelques centaines de personnes, seulement, sorties manifester.
Samedi 19 février au soir à Casablanca, jour de match, des tracts appelant à ne pas sortir le lendemain ont été distribués aux supporters.
La Croix
Une vingtaine d’associations rallient la manifestation de dimanche à laquelle ont appelé des jeunes sur Facebook
Une vingtaine d’associations marocaines, parmi lesquelles l’Association marocaine des droits humains (AMDH), la Ligue marocaine pour la défense des droits de l’homme, le Forum des alternatives Maroc (FMAS), Joussour ou encore Amnesty International Maroc ont apporté leur soutien à la manifestation de dimanche prochain au Maroc. Des rassemblements de solidarité sont par ailleurs prévus à Paris et à Bruxelles.
« Une grande partie des démocrates, surtout les jeunes, aspire maintenant à des changements au Maroc. Hormis quelques différences, la situation au Maroc ne diffère pas au fond de la situation en Tunisie et en Égypte: despotisme politique, Constitution non démocratique, élections qui ne respectent pas la volonté populaire, Parlement dénué de toute légitimité, gouvernement sans vrai pouvoir exécutif face au palais du roi », explique Khadija Ryadi, présidente de l’AMDH. Et d’ajouter: « On continue d’enregistrer de graves violations des droits humains et des atteintes aux libertés: enlèvements, détention politique, torture, jugements iniques. » Elle appelle ses militants à descendre dans la rue dimanche aux côtés des jeunes instigateurs du mouvement.
Lancé sur Facebook, le mouvement « Liberté et Démocratie maintenant », qui compte désormais 8 800 membres, appelle à manifester pacifiquement dans plusieurs villes du royaume. Il réclame notamment la révision de la Constitution, la séparation des pouvoirs, la dissolution du gouvernement.
Issu d’une famille traditionnelle de Meknès de la classe moyenne, Rachid Antid, 34 ans, alias Spirit-Zata (son nom sur Facebook), est licencié en droit privé et actuellement sans emploi. Avec Hicham Ahella, 20 ans, élève ingénieur à Settat et fils de militant, il est à l’initiative de l’appel du 20 février. Les deux hommes partagent le même ras-le-bol et la même volonté de « changer le système », sans remettre en cause toutefois le principe de la monarchie.
« Nous demandons aussi la libération des prisonniers politiques comme Chakib El Khayari, condamné à trois ans de prison pour avoir dénoncé la corruption et le trafic de drogue dans le nord du pays», rappelle Rachid.
Pour Driss Ksikes, directeur du centre de recherches Cesem à Rabat, « ces jeunes sont en demande d’une plus grande liberté et de leurs droits socio-économiques. Le contexte permet
peut-être aujourd’hui d’aller au-delà des revendications de diplômés chômeurs devant le Parlement ou de personnes prises dans des émeutes de la faim à Sefrou ou Sidi Ifni.» «Ilya un besoin profond de réformes. Avoir un premier ministre qui dit : “Mon projet est celui du roi” est d’une indigence politique inacceptable. Le roi est au-dessus de tout. Il faudrait que ceux qui gouvernent deviennent redevables de leurs actes devant la population», estime l’intellectuel.
La manifestation prévue dimanche a aussi reçu le soutien des formations de gauche et d’extrême gauche, notamment du Parti socialiste unifié (PSU), de La Voie démocratique, du Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS), ainsi que du Parti démocratique amazigh marocain (PDAM). De son côté, le mouvement islamiste Al Adl Wal Ihssane (Justice et Bienfaisance), interdit mais toléré par les autorités, n’a pas exclu de participer aux rassemblements. Le parti de cheikh Yassine revendique 200 000 adhérents.
Driss Ksikes (photo Christelle Marot)
Driss Ksikes est directeur du Centre d’études sociales, économiques et managériales (Cesem) à Rabat
Comment peut-on interpréter les appels à manifestation au Maroc ces derniers jours?
Driss Ksikes : On peut avoir trois explications. Nous sommes passés des partis de masse à la plateforme de tous. Cela est lié à la révolution 2.0 et n’est pas spécifique au Maroc. C’est un phénomène générationnel, affranchi des modèles de mobilisation partisane, classique. Ce sont des jeunes en demande de liberté et de droits socio-économiques.
Deuxièmement, il y a l’accumulation de plusieurs formes de protestation, qui existent au Maroc depuis des années déjà, qui sont parcellaires et qui jusqu’à présent n’ont jamais eu d’embrayage politique. Aujourd’hui, en raison des événements en Tunisie et en Egypte, il y a peut être la volonté d’aller au delà des revendications de diplômés chômeurs devant le Parlement ou de personnes prises dans des émeutes de la faim à Sefrou ou Sidi Ifni.
Les partis qui ont réagi à cet appel sont le Parti socialiste unifié (PSU) et les islamistes d’Al Adl Wal Ihssane (Justice et Bienfaisance). Aujourd’hui, il y a le sentiment que si ces partis d’opposition, officielle ou non reconnue, ne cherchent pas à être au diapason d’une demande spontanée de réformes issue de la rue, ils vont tout simplement être dépassés et risquent de perdre leur crédibilité.
Le PSU a toujours demandé une réforme constitutionnelle, a toujours demandé une monarchie parlementaire. Aujourd’hui, la demande vient des jeunes, de manière spontanée, il y a une visibilité, un écho possible.
Quelles sont les réactions des responsables politiques ?
Driss Ksikes : Certains responsables font aujourd’hui leur mea culpa, reconnaissent avoir été plus préoccupés par l’agenda du Palais qu’à l’écoute de la société et des besoins réels. Ils ont cessé d’être en cohérence avec leurs projets de société. Comme il y a aussi des partisans du statu quo, parce qu’ils sont courtisans, parce qu’ils ont des privilèges ou sont frileux. Eux continuent à jouer sur la corde de l’exception marocaine.
J’ignore jusqu’où cette exception peut tenir. Le Maroc avait la possibilité de construire un modèle de réformes, il a peut être un peu raté le coche. Le modèle est en train de se faire ailleurs. Il y a lieu de rattraper les choses. C’est à dire être beaucoup plus sérieux au niveau des réformes.
Avoir un Premier ministre qui dit mon projet est celui du Roi est d’une indigence politique inacceptable. Le Roi est au dessus de tout. Il faudrait faire en sorte que les gens qui gouvernent et ceux qui sont élus deviennent redevables de leurs actes réellement. Parce que pour le moment, faute de redevabilité, on ne sait pas contre qui on peut protester.
La Croix
Au nord-est du Maroc, à la frontière algérienne, les clandestins africains sont abandonnés. Côté algérien, le même jeu cruel se déroule
Alors que les rafles de migrants clandestins venus d’Afrique subsaharienne semblaient s’être un peu calmées depuis deux ans, elles ont repris l’été dernier au Maroc. Une première vague en août et septembre 2010, puis une seconde en décembre et janvier ont frappé plusieurs centaines de personnes à Rabat, Tanger, Fès, Oujda et Casablanca, indiquent les associations de défense des migrants.
Sur l’avant de son bras gauche, une boursouflure d’environ huit centimètres, la marque d’un coup de couteau reçu à la frontière maroco-algérienne. Attablé à la terrasse ensoleillée d’un café, dans le quartier populaire de Takaddoum à Rabat, Aboubacar, migrant d’origine sénégalaise, polo rayé et fausse casquette Nike sur la tête, raconte : « La police m’a arrêté dans la rue, la quatrième fois en trois ans. Ils m’ont emmené au commissariat et m’ont mis le lendemain dans un bus avec cinquante autres Africains, dont cinq femmes. On a roulé une douzaine d’heures jusqu’à Oujda, ville frontière avec l’Algérie. Dans la nuit, vers 21 heures, ils nous ont fait descendre au milieu de nulle part et nous ont dit, voilà, l’Algérie c’est droit devant. »
Au nord-est du pays, entre les postes frontières marocains et algériens, s’étire un no man’s land, maquis de plusieurs kilomètres carrés et théâtre des expulsions brutales de migrants clandestins d’origine subsaharienne. Des hommes, femmes, enfants, que se renvoient les autorités des deux bords.
Un périple à haut risque
Cette fois encore, Aboubacar s’en est sorti. Il a mis six jours pour sortir du maquis et rentrer à Rabat. Fin 2009, expulsé à la frontière dans les mêmes conditions, il avait perdu son groupe, à cause de la fatigue et de l’affolement. Il s’était retrouvé seul, sans eau ni nourriture, à errer pendant trois jours. « J’ai eu très peur », confie-t-il.
Dans le quartier de Mesnana à Tanger, James et Christopher vivotent grâce à la mendicité et l’aide d’institutions chrétiennes : 35 dirhams chacun (3€), c’est la somme qu’il leur faut réunir tous les jours pour survivre.
Cela fait presque dix-sept ans que ces deux frères de 33 et 31 ans ont fui le Liberia. Après avoir travaillé sept ans dans la pêche en Mauritanie et économisé près de 8 000 €, ils sont passés au Maroc il y a dix mois pour tenter la traversée vers l’Espagne depuis le nord du pays.
Un périple à haut risque. La petite pirogue dans laquelle ils ont embarqué de nuit a rapidement été interceptée par les autorités marocaines. « De là, on nous a conduits à Oujda. La mafia qui fait la loi à la frontière a fini de nous prendre ce qui nous restait », indique Christopher. Aujourd’hui, les deux hommes ne savent plus quoi faire.
«Ces expulsions ne servent à rien»
Pays de transit vers l’Europe, le Maroc est devenu ces dernières années un pays de résidence pour les clandestins subsahariens. À défaut de pouvoir rejoindre le Vieux Continent, ces derniers se retrouvent coincés ou décident de rester au Maroc, pays dans lequel les conditions leur paraissent meilleures. Une vie difficile, à la merci de patrons peu scrupuleux pour ceux qui travaillent, où la peur de se faire arrêter côtoie les brimades et le racisme. On estime à 15 000 le nombre de migrants clandestins au Maroc. Rabat abritant la plus importante communauté, environ 7 500 personnes.
« Ces expulsions ne servent à rien, sinon à rajouter à l’humiliation. Les migrants reviennent », martèle Fabien Didier Yene, représentant de la communauté camerounaise des migrants au Maroc, qui relate son expérience dans un livre, Migrant au pied du mur, paru en 2010.
« Et puis c’est dangereux, ils se font attaquer, il y a des viols (…). En ce moment, il fait très froid. Quand ils ne peuvent pas revenir dans les villes, les gens restent là-bas, à vivre sous des plastiques. C’est indigne. Je n’ai pas de mots pour exprimer ça. »
Si le Maroc signe, l’UE promet plus de visas
Arrivé en 2003 par la frontière algérienne, Fabien Didier Yene a connu les événements de Ceuta et Melilla en 2005. Un drame. Les images de centaines de migrants subsahariens à l’assaut des grilles séparant les enclaves espagnoles du territoire marocain ont fait le tour du monde. Débordés, les militaires espagnols et la police marocaine avaient ouvert le feu, faisant au moins onze morts.
Depuis, l’Espagne a rehaussé ses clôtures métalliques. Et le Maroc continue de donner régulièrement des preuves de sa bonne volonté, en procédant à l’arrestation de ressortissants africains. En particulier lors de la visite d’officiels européens.
L’Union européenne essaie depuis plusieurs années de conclure avec le Maroc un accord qui comprendrait la réadmission des ressortissants marocains en situation irrégulière en Europe, ainsi que celle de tout étranger ayant transité par le Maroc avant de parvenir sur le sol européen. Mais Rabat fait de la résistance, déplorant le manque de moyens pour gérer la question des Subsahariens. Dont beaucoup arrivent par l’Algérie. Si le Maroc signe, l’UE promet plus de visas…
Centre ville de Rabat (photo Christelle Marot)
Econostrum
A la faveur des événements en Tunisie et en Egypte, une certaine jeunesse marocaine prend la parole.
Depuis le lancement de l’appel à manifester le 20 février 2011 à travers le royaume, les internautes marocains se déchainent.
Pour Rachid Antid, alias Rachid Spirit-Zata, l’un des fondateurs du mouvement « Liberté et Démocratie maintenant » sur Facebook, qui regroupe quelques 8 200 membres, c’est le moment d’aller porter sur le terrain leurs revendications politiques : liberté de critiquer et de manifester, révision de la Constitution pour entériner la séparation des pouvoirs, dissolution du gouvernement.
Journaliste presse et reporter d'images indépendante, spécialiste de l'Afrique, je réside au Maroc depuis 2007.
Publications et reportages pour France Ô, L'Express, La Croix, Econostrum, New African, African Business, etc.
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