La recherche d’un emploi préoccupe la jeunesse marocaine, peu encline à descendre pour autant dans la
rue.
Devant le comptoir de son magasin d’alimentation, Rachid jette un œil sur les journaux du
matin : «Vous avez vu la Tunisie ? Nous, ça ne risque pas d’arriver. Avec la monarchie, on a la stabilité. »
La stabilité, les autorités marocaines
y veillent toutefois depuis la révolution tunisienne. Le premier ministre vient d’annoncer la fixation d’un quota de 10 % pour le recrutement dans l’administration marocaine des diplômés
chômeurs, en 2011 et 2012. Le taux de chômage au Maroc avoisine les 10 %, mais atteint paradoxalement près de 18 % chez les diplômés du supérieur et 27 % chez les diplômés des
facultés.
« Moi, la seule chose qui m’intéresse,
c’est de trouver un boulot. Ce qui se passe en Tunisie, ce ne sont pas mes affaires », renchérit Yassin, 20 ans. Cet étudiant en deuxième année d’économie accumule les petits boulots, tour à tour
réparateur de paraboles, vendeur de téléphones, opérateur dans un centre d’appels. Son avenir, incertain, l’obsède.
« Des conditions
semblables »
« Il y a en Tunisie et au Maroc des
conditions semblables : la concentration du pouvoir, l’absence de partage des richesses, une grande pauvreté, un chômage important chez les jeunes. La différence, c’est qu’en Tunisie, la
population est plus instruite, l’enseignement est demeuré un vecteur de transmission des valeurs humaines et des solidarités. Ce sont des choses qui n’existent plus au Maroc. Ceux qui sortent de
l’université ne sont pas prêts à jouer un rôle dans le changement de la société comme cela se passait auparavant », analyse Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des droits humains
(AMDH).
La liberté de ton désormais revendiquée
par les Tunisiens, peu de Marocains la jalousent, tellement sont ancrées dans les esprits les fameuses lignes rouges : l’islam, la patrie et le roi (Allah, al Watan, al
Malik).
Une liberté « artificielle, de
façade »
« La liberté ici, les Marocains savent
très bien qu’elle est artificielle, de façade », poursuit Khadija Ryadi, pour qui, « ces derniers temps, le Maroc fait marche arrière » : « Il n’y a qu’à voir le traitement de la presse, des
associations de défense des droits humains, des blogueurs.»
Asma, la trentaine, issue de la bourgeoisie casablancaise, approuve : « Un pays comme le
nôtre, avec sa culture, a besoin d’être encadré. Il faut être prêt pour la liberté. Et nous ne le sommes pas.»
« Dans les bus, les taxis, à l’épicerie, les gens parlent, ils ne sont pas contents, les
prix ont beaucoup augmenté, la facture d’électricité aussi, reconnaît Malika, qui travaille depuis ses sept ans. Mais c’est difficile de descendre dans la rue. On n’a pas envie de se faire
arrêter. »
À Alger, la presse se félicite de la chute du dictateur tunisien et à
Casablanca, on se congratule discrètement, à l’abri des oreilles indiscrètes, tout en prenant soin de peser ses mots.
Les autorités algériennes sont sans voix, l’opinion se réjouit sans retenue
La chute du président Ben Ali en Tunisie a laissé le pouvoir algérien sans voix. Dimanche 16 janvier, les rédactions algéroises tentaient encore de savoir
ce que pensent leurs dirigeants de la « Révolution de Jasmin ». Le quotidien francophone El Watan suggérait une explication : « Bouteflika perd son ami Ben Ali ». Le président
algérien n’a jamais caché sa sympathie pour le « miracle » tunisien conduit de main de fer par son « frère », Zaïm, de la « république sœur ».
« L’onde de choc de cette déconfiture d’un système réputé tout contrôler a été
fortement ressenti à Alger, explique Saïd Lahmy, de la Ligue des droits de l’homme, le pouvoir ici étant encore ébranlé par la vague d’émeutes du début du mois – quatre morts, 800 blessés. En
haut, ils sont tétanisés. »
Pour un chroniqueur sarcastique de la presse arabophone, « le président Bouteflika
serait bien tenté de dire comme le colonel Kadhafi que Ben Ali est toujours le président légitime de la Tunisie ». Il était personnellement engagé dans la solidarité « policière » entre les deux
pays, interdisant la venue en Algérie de l’écrivain tunisien Taoufik Ben Brik.
À l’inverse, l’opinion algérienne se réjouit sans retenue du « grand air de
liberté qui vient de l’est ». Plus de 700 000 Algériens vont en vacances en Tunisie et connaissent bien son carcan policier. Les railleries sur « l’obéissance sans limite » des Tunisiens ont
disparu pour laisser place à une admiration sans bornes. « Je suis jaloux d’eux, affirme Merzak un jeune chômeur de la banlieue ouest d’Alger qui a participé aux émeutes de début janvier. Ils ont
été jusqu’au bout. C’est ce qu’on fera la prochaine fois, c’est juré. »
Mohamed Bouazizi, le « héros tunisien » qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid,
le 17 décembre dernier, fait des émules en Algérie. Trois jeunes, dont un à Tébessa non loin de la frontière tunisienne, ont voulu se transformer en torche humaine samedi. L’un d’eux est décédé
dimanche. Leurs vies ne sont pas menacées. « Avec la magnifique victoire tunisienne, c’est tout autre chose qui commence chez nous », promet Lakhdar Draou, universitaire.
Le RCD, parti d’opposition laïque du docteur Sadi, a décidé de passer outre une
interdiction de marcher, samedi prochain, dans les rues d’Alger par la wilaya (préfecture) d’Alger. Et le front des forces socialistes (FFS, opposition démocratique) « espère que l’expérience
tunisienne sera méditée ».
Pour autant, personne à Alger ne pense encore sérieusement que
le régime est capable aujourd’hui d’engager un virage préventif vers « l’auto-réforme démocratique ». Pour Saïd Lahmy, « le logiciel de l’ouverture, les décideurs l’ont jeté depuis que Bouteflika
est arrivé. Il faudra beaucoup plus pour qu’ils se mettent à le rechercher. Si un jour ils comprennent qu’il faut bien ouvrir ou partir.»
Des médias marocains très mesurés
Au Maroc, il aura fallu attendre quasiment la moitié du journal télévisé de 2M, chaîne publique marocaine, pour que la présentatrice revienne, samedi
soir, sur les événements en Tunisie, relégués loin derrière les activités royales, le potentiel touristique de Dakhla ou encore les manifestations de Marocains en Espagne pour l’intégrité
territoriale. Des événements évoqués sous l’angle des violences et du désordre.
Le traitement de la chute du président Ben Ali par les médias officiels, est resté
incroyablement mesuré. Rares ont été les nouvelles sur la Tunisie relayées par l’agence de presse marocaine officielle (MAP). Les émeutes ont été passées sous silence.
Les manifestations de rues en Algérie ont en revanche été davantage relayées.
Devant sa télévision, Aïcha, employée de maison, peine à comprendre le cours des événements. Alors qu’on vient d’annoncer la chute du président Ben Ali, inquiète, elle écoute les informations, ne
sachant trop si elle doit se réjouir ou se taire. « Je ne savais pas ce qui se passait en Tunisie », confie-t-elle.
Vendredi soir, Casablanca est restée calme. Pas d’explosions de joie visibles.
Personne n’est sorti dans la rue manifester sa solidarité avec les Tunisiens. On se congratule discrètement, à l’abri des oreilles indiscrètes, tout en prenant soin de peser ses mots. Dans un bar
enfumé de Casablanca, l’un des rares endroits « alternatifs », tendance rock, la jeunesse marocaine est venue « fêter la chute de Ben Ali ».
Pour l’occasion, Mouna a mis une robe rouge, « aux couleurs de la Tunisie »,
plaisante-t-elle. « On est content. Les Tunisiens ne pouvaient pas s’exprimer, ils n’étaient pas libres. Nous, au Maroc, on peut quand même dire certaines choses ». « C’est un grand jour pour la
Tunisie et nos frères tunisiens. Je suis sorti pour fêter cela », indique Réda, musicien.
Rares sont ceux qui se risquent à faire un parallèle avec le Maroc. Du reste, la
situation n’est guère comparable. « J’ai quarante ans. J’ai connu Hassan II. Les gens le détestaient. Avec M6, les choses ont changé, on sait ce qu’on lui doit. Il n’y a pas de rejet de la
monarchie au Maroc. Ce sont ces politicards véreux qui se sucrent qu’on ne supporte plus », explique Mohamed, figure de la société civile. « Au Maroc, on ne dit pas ce qu’on pense, les gens ont
peur de parler », estime de son côté, Hind, journaliste.
Sur Facebook, premier réseau social au Maroc, avec 2,6 millions d’utilisateurs
(dont 66 % ont moins de 26 ans), les internautes n’hésitent pas à appeler à la construction d’une véritable démocratie au Maghreb. Les plaisanteries fusent sur les régimes arabes et maghrébins.
Le système marocain n’est pas épargné. La sphère des bloggers est également en ébullition. « La Tunisie donne au Maroc la bonne leçon », titre ainsi l’article d’un blogger militant et
reconnu.
Amin Kadi, à Alger, et Christelle Marot, à
Casablanca
Officiellement, les mariages de mineures représentent 10,5 % des unions
dans le pays. Sans doute bien plus en réalité
Malgré l’entrée en vigueur du nouveau code de la famille en 2004 (la Moudawana),
le mariage des mineures au Maroc est en hausse, s’alarment aujourd’hui les autorités. En 2006, les juges ont reçu 30 312 requêtes pour déroger à la loi qui fixe à 18 ans l’âge légal du mariage.
En 2009, 42 000 demandes de mariage de filles mineures ont été déposées, émanant pour la plupart du milieu rural.
Dans le même temps, le nombre de mariages de mineures autorisés a augmenté de 8 %
en 2009 pour atteindre 33 253. « Des chiffres qui nous interpellent tous », déclarait il y a quelques semaines Nouzha Skalli, ministre marocaine de la famille et de la solidarité. Et qui
pourraient bien se révéler en deçà de la réalité.
« Les mariages de mineures ne sont pas tous comptabilisés, indique Fouzia Assouli,
présidente de la Ligue démocratique des droits de la femme (LDDF). Officiellement, on considère que ces unions représentent 10,5 % du total des mariages au Maroc. Mais c’est en fait bien plus
important. Nous l’avons constaté dans des villages où l’on pratique encore le mariage coutumier qui n’est pas transcrit. Il est encore très fréquent dans le Moyen Atlas et dans certaines
campagnes. On le voit à Imilchil, par exemple, réputé notamment pour son festival des fiançailles. »
Augmentation aussi des des mariages prononcés sur simple lecture du Coran
À cela, s’ajouterait la montée des mariages prononcés sur simple lecture du Coran, «par Al Fatiha» (du nom de la première sourate). Une
pratique défendue par les courants radicaux face « à des institutions considérées comme impies, souligne Fouzia Assouli.
Ce genre de mariages est pratiqué par des extrémistes religieux, jusque dans les
villes et jusque dans les facultés. Mais il n’y a aucune trace. C’est un mariage qui échappe au cadre juridique, dans lequel les droits des femmes et des enfants ne sont pas reconnus.
»
« Le gouvernement marocain et les courants féministes tirent vers l’avant pour
changer les choses, mais en même temps les courants religieux extrémistes tirent en arrière, profitant de l’ignorance et de la misère », déplore de son côté Aatifa Timjerdine, coordinatrice
nationale du réseau Anaruz, qui réunit les centres d’écoute des femmes victimes de violence, et membre du bureau de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM).
Depuis mars dernier, une vingtaine d’associations marocaines se sont regroupées au
sein de la Coalition pour le printemps de la dignité. Leur objectif : la réforme du code pénal, discriminatoire envers les femmes. Et tout particulièrement l’abrogation du paragraphe de l’article
475 qui annule la peine d’un violeur d’une mineure, s’il épouse sa victime. « Si la réforme ne passe pas sur les autres questions comme l’héritage, nous voulons qu’au moins cet article soit
supprimé. Il représente une grave atteinte aux droits fondamentaux », indique la présidente de la LDDF.
Isolement exclusion, pauvreté, analphabétisme, les maux sont multiples
Pour lutter contre la violence faite aux filles, il y a les lois, mais encore faut-il les connaître. Six ans après la nouvelle
Moudawana, certains villages retirés ignorent encore jusqu’à son existence. Isolement exclusion, pauvreté, analphabétisme, les maux sont multiples.
De véritables campagnes de sensibilisation menées avec les ministères concernés,
celui de la famille, de la justice, mais aussi de l’intérieur, doivent être menées, plaident les associations. Les agents d’autorité, moqadem ou cheikh, représentant l’État marocain dans ces
villages enclavés, savent ce qui se passe, mais laissent faire.
Les mentalités sont longues à changer. Sans compter que les juges détiennent un
pouvoir discrétionnaire important, même si, reconnaissent les féministes, la « conscience » des magistrats s’est nettement améliorée.
Les lois ne suffisent pas non plus. Il faut agir pour rendre la scolarité
obligatoire chez les jeunes filles, lutter contre la pauvreté et prendre des sanctions réelles à l’égard de ceux qui enfreignent la loi, estime le monde associatif.
Près d’un siècle après sa création, l’Omnium nord-africain, porte drapeau
du capitalisme marocain, s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire. Annoncée en mars dernier, sa fusion avec la Société nationale d’investissement n’est qu’une première
étape.
Emblème des intérêts français à l’époque du protectorat, devenu ensuite gardien de
ceux de la famille royale et caisse de résonance du capitalisme marocain, l’Omnium nord-africain (ONA) s’apprête à jouer une nouvelle partition. Préparée dans la plus grande discrétion, la
fusion, annoncée en mars dernier, avec sa société-mère, la Société nationale d’investissement (SNI) a surpris les observateurs. D’autant que la SNI est elle-même une filiale de la Siger, qui
regroupe les avoirs de la famille royale (son nom est un anagramme de regis, roi). La nouvelle entité « ONA-SNI », qui devrait prochainement changer de raison sociale, entend
se défaire de certaines sociétés jugées « matures » pour se consacrer à des activités en phase de développement dans le royaume : télécoms, distribution, immobilier ou encore
énergies renouvelables. Le holding royal serait-il en passe de devenir un actionnaire comme un autre ? Il est en réalité loin d’être un investisseur ordinaire, du seul fait de sa position
dominante et de ses liens avec la monarchie. L’extrême réserve de ses dirigeants, voire leur méfiance, lorsqu’on tente d’aborder le sujet rappelle, quant à elle, les fameuses « lignes
rouges » tracées en politique.
Acteur majeur dans le paysage économique et financier marocain, leader sur
plusieurs marchés oligopolistiques, le holding royal a la capacité de façonner les grandes tendances des marchés. « Le risque serait qu’il utilise cette surface financière pour installer des
barrières destinées à barrer l’accès à d’autres sur les marchés où il se trouve, voire à ceux qu’il prétendrait occuper demain. Ce qui serait préjudiciable à une meilleure concurrence et donc à
une efficacité à long terme », relève un économiste.
Bassim Jaï Hokimi, président directeur général de l’ONA entre 2002 et 2005 et
membre de son conseil d’administration, assure qu’il n’en est rien : « Il ne faut pas exagérer la place soi-disant hégémonique de cet ensemble dans l’économie, fantasmée et relayée
parfois dans la presse. L’ONA a davantage joué un rôle de pionnier, ou de locomotive tirant vers le haut d’autres pans de l’économie, qu’une entité prédatrice. Tout au long de ces dernières
années, le groupe a innové dans le monde des médias, de la grande distribution, mais aussi dans le secteur minier, les énergies renouvelables, montrant l’exemple dans son expansion en Afrique ou
au niveau de la gouvernance », souligne l’ancien patron du holding, désormais à la tête d’un fonds d’investissement. « L’ONA s’inscrit dans le long terme, poursuit-il. C’est un trait
caractéristique, qui a permis d’accompagner l’évolution du royaume dans un contexte de mondialisation ».
Héritier de la Compagnie générale de transport et de tourisme (CGTT) créée en
1919, l’ONA, vaisseau presque centenaire, a été jusqu’au début des années 1980, administré depuis Paris. L’ONA est alors une filiale de la Banque de Paris et des Pays Bas (ancêtre de BNP-Paribas)
et déploie ses activités dans les transports, les mines, l’automobile et le matériel d’équipement.
La « marocanisation » de l’économie affectera l’actionnariat du groupe à
l’aube des années 1980. Le holding est à l’époque géré par Pierre Moussa, ancien haut commis de l’Etat français et grand ami de l’Afrique. Le Palais rachète les parts françaises et place à la
tête du groupe le Prince Moulay Ali, cousin du roi Hassan II. Dans son sillage, les hommes d’affaires juifs marocains David Amar et Robert Assaraf, guident les premiers pas du groupe. Ancien
vice-président de l’hebdomadaire Marianne et aujourd’hui président de Radio Shalom, Robert Assaraf dirigera l’ONA de 1984 à 1991.
Cette époque annonce la diversification des activités dans les secteurs
agro-alimentaire (sucre, produits laitiers, huile), la banque, la chimie et le textile. Elle marque également le début de l’internationalisation du holding. Entre l’ONA et le groupe BNP Paribas,
les contacts n’ont jamais vraiment cessé. Le groupe marocain rejoint en 1988 la banque française dans le tour de table de la Société commerciale de l’Ouest africain (SCOA) en Côte d’Ivoire. Fouad
Filali, alors marié à la fille aînée du roi Hassan II, la Princesse Lalla Meryem (ils divorceront par la suite) est alors au faîte de son pouvoir. Il dirigera le groupe de 1987 à 1999, un record
de longévité. Durant son mandat, l’ONA acquiert le groupe français Optorg, présent dans la distribution d’équipements et de véhicules en Afrique de l’Ouest et Centrale. Le conglomérat se lance
aussi dans l’aventure de la télévision avec la chaîne 2M, qu’il gèrera jusqu’en 1996. C’est une véritable bouffée d’oxygène dans le paysage audiovisuel marocain, mais un échec sur le plan
financier. La chaîne finira par passer sous le contrôle de l’Etat. Sous sa présidence également, le premier hypermarché Marjane voit le jour, l’ONA se lance dans l’assurance avec l’acquisition du
cabinet Agma Lahlou Tazi. Le holding est introduit en bourse à Casablanca en 1995 et ouvre le capital de Centrale Laitière à Danone trois ans plus tard.
En 1999, une page se tourne, le roi Mohammed VI accède au trône etFouad Filali est
remplacé. Mourad Cherif, ancien ministre du Commerce extérieur et ex-ministre des Finances, prend la relève jusqu’en 2002. Puis c’est à Bassim Jaï Hokimi, financier de haut vol, de montrer ses
talents : il réorganise le groupe, confiant les rênes des filiales aux directeurs généraux, tricote la prise du contrôle de l’ONA et de la SNI par le holding royal Siger. L’ONA participe à
la fusion des actions Wafabank-BCM, créant le premier groupe bancaire marocain Attijariwafa bank et le huitième au niveau du continent africain. Puis c’est l’acquisition de Maroc Connect (devenu
Wana, puis Inwi), qui se pose en challenger de Maroc Telecom, privatisée quelques années plus tôt.
La fin des années 2000 voit les nuages s’accumuler. Saâd Bendidi, le président du
groupe, est démissionné en 2008 en raison des mauvais résultats de Wana Corporate, le troisième opérateur télécoms dans le pays. Il est remplacé par Mouatassim Belghazi, directeur général de la
Somed (Société maroco-émiratie de développement) et fondateur de la société de microcrédit Fondep. Avec certains partenaires étrangers, le temps n’est pas au beau fixe non plus. La rupture est
consommée avec l’assureur Axa en 2006. De son côté, le groupe français Auchan claque la porte en 2007, cédant ses parts dans les supermarchés Acima et hypermarchés Marjane. Le contentieux porte
sur la stratégie et le rythme de développement.
Au fil des ans, l’ONA s’est aguerri et professionnalisé. Les opérateurs étrangers
voient désormais en lui un opérateur de référence. Avec Lafarge ou Danone, les choses sont menées tambour battant. Le holding prend aussi des participations dans Veolia et s’associe à Alstom et
GDF-Suez dans l’éolien par l’intermédiaire du groupe Nareva.
Première entreprise privée du royaume, avec 24 000 employés, l’ONA pèse
aujourd’hui 37 milliards de dirhams de chiffres d’affaires (environ 3,3 milliards d’euros), dont 19 % sont réalisés hors du Maroc. Au total, le groupe compte une soixantaine de filiales et une
quinzaine de groupes distincts. Près de 44 % de son chiffre d’affaires provient de la distribution (les hypermarchés Marjane, Acima, mais aussi Sopriam et Optorg pour l’automobile et la
distribution d’équipements). Deuxième pôle plus important : l’agroalimentaire (Centrale laitière, Cosumar, Lesieur Cristal, Bimo, Sotherma) qui contribue au chiffre d’affaires à hauteur de
42 %. L’agroalimentaire est aussi l’activité la plus rentable du groupe, devant les activités financières tirées par le groupe Attijariwafa Bank. En ordre d’importance, viennent ensuite les
télécoms avec Wana (7,6 % du chiffre d’affaires) et les mines avec Managem (5,6 %).
En 2009, le résultat net part du groupe a été multiplié par 2,6 pour atteindre 2,9
milliards de dirhams (environ 260 millions d’euros). L’ONA c’est également un total bilan de 54 milliards de dirhams (4,8 milliards d’euros).
Quand l’ONA et la SNI annoncent leur fusion et leur retrait de la cote en mars
2010, c’est un coup de tonnerre dans le microcosme des affaires au Maroc. Hassan Bouhemou, administrateur discret du holding royal Siger (qui contrôle l’ONA via la SNI) depuis 2001 et président
de la SNI depuis 2005, prend la tête de la nouvelle entité. Sur son agenda : la cession sur le marché boursier du contrôle de plusieurs sociétés (Cosumar, Lesieur, et l’ensemble Centrale
Laitière/Bimo/Sotherma) afin de dégager des fonds pour financer les activités innovantes portées par Nareva et Wana dans le secteur des énergies renouvelables et des télécoms. Dans l’immobilier
et la distribution, les choses devraient rester en l’état, le management estimant que les filiales n’ont pas encore atteint leur vitesse de croisière.
Le nouveau schéma devrait voir l’émergence d’une nouvelle classe de dirigeants,
plus autonomes, plus créatifs, face à un actionnariat pluriel. Et permettre de revigorer la bourse de Casablanca.
« La diversité du groupe
conjuguée à l’atteinte d’une certaine taille critique et l’intensification de l’environnement concurrentiel ne laissaient guère le choix : il fallait une nouvelle gouvernance pour être plus
réactif et professionnel », analyse Bassim Jaï Hokimi. En ce sens, le démantèlement du tandem ONA-SNI suit la tendance qui affecte la dilution des conglomérats en Asie et dans les pays
développés, dès lors que les marchés deviennent plus efficients.
La France reste largement en tête,
suivie de l’Espagne et des Emirats arabes unis. Après une forte baisse liée à la crise, les opérateurs reviennent dans un pays qu’ils jugent plein de promesses.
Après deux ans et demi de baisse consécutive, liée au ralentissement économique
mondial, les investissements directs étrangers (IDE) au Maroc devraient repartir à la hausse, à la faveur de belles opérations récentes.
« Nous sommes dans le creux de la courbe, analyse Fathallah Sijilmassi,
directeur de l’Agence marocaine de développement des investissements (AMDI). Le repli observé ces derniers mois s’explique par le recul de nos trois partenaires et investisseurs principaux, que
sont la France, l’Espagne et les Emirats arabes unis (EAU). La crise a en particulier touché les investissements dans l’immobilier et le tourisme ». Ce trio de tête a représenté 60% des IDE
en 2009. Toujours selon Fathallah Sijilmassi, les investissements étrangers dans le secteur du tourisme où ils représentent un quart du total, reviennent et se diversifient : opérateurs égyptiens
dans les provinces du sud, investisseurs russe et américain à Tétouan, qatarien à Tanger, britannique à Marrakech.
Afin d’élargir le cercle de ses partenaires en Europe, l’AMDI devrait ouvrir des
bureaux au Royaume Uni, en Italie et en Allemagne d’ici à la fin de cette année ou au tout début de 2011. « Nous nous situons dans une logique de hub et nous visons également les pays du
golfe et les grands pays émergents, intéressés par les marchés européens et africains », explique Fathallah Sijilmassi.
Au cours de ces dix dernières années, le Maroc a suivi la tendance mondiale
récente en ouvrant son économie aux investisseurs étrangers. Leur part dans le PIB est passée de moins de 1% à environ 3-4%.
Les opportunités demeurent fortes dans le tourisme, l’industrie, les technologies,
l’agroalimentaire. En concurrence avec des pays comme la Tunisie, le Vietnam ou les pays d’Europe de l’Est, le Maroc fait preuve d’ingéniosité. Avec son projet de centre financier à Casablanca et
sa politique offensive de développement des énergies renouvelables, il entend développer de nouveaux métiers créateurs d’emplois.
Pour les opérateurs étrangers, le développement des infrastructures et des
services collectifs reste plein de promesses. Mi-novembre, Alstom a obtenu 11 millions d’euros de contrats pour le futur tramway de Casablanca. Le groupement Nareva-GDF Suez (après le rachat du
britannique International Power) a remporté en août dernier l’appel d’offres pour le projet de construction du parc éolien de Tarfaya, dans l’extrême sud
du pays.
Plus sur de lui, le Maroc exige désormais des compensations. Rabat s’apprête à
réviser le cadre légal des marchés publics de plus de 200 millions de dirhams pour y introduire l’obligation de la compensation industrielle à hauteur de 50% et exiger des prestataires
étrangers qu’ils achètent ou sous-traitent auprès d’entreprises locales.
La France, au premier
rang
« France Télécom actionnaire de 40% de Méditel pour 640 millions
d’euros » : En septembre dernier la nouvelle a fait grand bruit, traduisant la mainmise des Français, désormais premiers actionnaires des deux plus importants opérateurs du pays, sur le
secteur des télécoms. Cinq mois plus tôt, le Crédit Mutuel-CIC montait à hauteur de 25% dans le capital de BMCE Bank, deuxième banque privée du royaume.
Si depuis deux ans, en raison du ralentissement économique mondial, le flux des
investissements directs français au Maroc est en forte baisse (-26% en 2008, -29% en 2009 et -38% au premier semestre 2010), ces deux opérations devraient largement relancer la tendance. En 2009,
les investissements français se sont élevés à 7,5 milliards de dirhams (665 millions d’euros).
Malgré le ralentissent, la France demeure de loin le premier investisseur au
Maroc. Depuis dix ans, la moitié des investissements étrangers dans le royaume sont français. «Un phénomène tout à fait exorbitant et atypique, souligne Dominique Bocquet, chef du service
économique régional de l’ambassade de France à Rabat. Le Maroc est le premier récipiendaire des flux d’investissements français dans les pays émergents, devant la Chine et l’Inde. Environ
750 filiales d’entreprises françaises sont installées sur le territoire marocain (+40% en trois ans), essentiellement à Casablanca (68%). Parmi les premiers groupes français investisseurs en 2009
en termes de chiffres d’affaires : Vivendi (Maroc Telecom), Total, Lafarge, Suez Environnement (Lyonnaise des Eaux de Casablanca), Danone (Centrale laitière), Renault et Société Générale. 35
entreprises du CAC 40 sont installées au Maroc. Dans la distribution, les Galeries Lafayette et la Fnac ont été convaincus de venir s’installer dans l’enceinte du Morocco Mall, à
Casablanca ; un complexe qui promet de devenir l’un des premiers mall d’Afrique du Nord.
« Au Maroc, depuis quelques années, la lisibilité et la compréhension de
l’environnement, des objectifs et des dispositifs n’ont cessé de se renforcer. Cela a commencé avec le plan Azur, ensuite décliné avec le plan Emergence, le plan Vert, les plateformes
industrielles intégrées, etc. », analyse Dominique Brunin, directeur de la Chambre française de commerce et d’industrie au Maroc (CFCIM).
Les PME-PMI l’ont bien compris, qui sont très présentes dans l’aéronautique,
l’automobile, l’informatique, les technologies de l’information. Dans l’aéronautique, le nombre d’entreprises françaises est passé de 5 en 2003 à quasiment 150 aujourd’hui.
« Pour les PME-PMI françaises, la place du Maroc est très particulière. Des
facteurs continuent d’être déterminants, comme la proximité géographique, linguistique, un environnement des affaires sécurisant. La note du Maroc délivrée par la Coface est très favorable, ce
qui permet un accompagnement financier. Les délais de paiement se sont améliorés », souligne le directeur de la CFCIM. Le plus souvent, l’implantation de sociétés françaises au Maroc
s’accompagne de partenariats avec les investisseurs nationaux.
Emirats arabes unis : toujours
là
Quatrième en 2009, second en 2008 et au premier semestre 2010, les Emirats arabes
unis (EAU) confirment leur intérêt pour le Maroc. Fin 2009, les investissements émirati dans le royaume se sont montés à 1,2 milliard de dirhams (106 millions d’euros). Ils ont été multipliés par
deux au premier semestre 2010.
Au Maroc, les EAU sont représentés par la Somed, holding privée à capitaux
maroco-émirati, qui a investi en 2010 dans la future marina d’Agadir, ainsi que dans l’enseignement supérieur privé, avec la nouvelle Université internationale de Casablanca.
Dans la vallée du Bouregreg à Rabat, la société émiratie Al Maabar International
Investments d’Abu Dhabi poursuit l’aménagement de Bab Al Bahr, cité de 30 hectares comprenant des unités résidentielles, hôtelières, tertiaires ainsi que des complexes d’animation.
Ruée espagnole
Troisième investisseur étranger au Maroc en 2009 avec un flux de 1,68 milliard de
dirhams (148 millions d’euros), en baisse de 36%, l’Espagne compte quelques 525 entreprises, pour la plupart des PME-PMI, installées sur l’axe Casablanca-Rabat et Tanger-Larache. L’Espagne se
dispute le trio de tête avec le Koweït et les Emirats arabes unis.
« L’Espagne demeure le deuxième investisseur en stock de capital »,
affirme José Manuel Reyero, conseiller économique et commercial auprès de l’ambassade d’Espagne à Rabat. Les investisseurs espagnols se distinguent notamment dans la construction, l’immobilier et
le tourisme. Fortement affectées par la crise économique, les entreprises espagnoles du bâtiment sont venues plus nombreuses chercher des opportunités au Maroc. En partenariat avec MedZ, filiale
du groupe Caisse de dépôt et de gestion (CDG), le groupe espagnol Edonia a démarré cette année les travaux d’aménagement de la plateforme industrielle intégrée de Kenitra, dédiée au secteur
automobile. Dans l’automobile, l’intérêt des entreprises espagnoles se confirme.
Dans le secteur hôtelier, le groupe Riu a annoncé l’ouverture de trois nouveaux
hôtels en 2011, à Marrakech et Agadir. Le groupe catalan Gat Rooms compte ouvrir cinq établissements low cost au Maroc. AC Hotels prévoit l’ouverture de six hôtels dans les principales villes du
royaume.
« Le Maroc a un grand avenir dans le tourisme. Les opérateurs comme Barcelo,
Iberostar, Riu notamment s’y développent. Le modèle choisi est bienvenu. Jusqu’à présent le Maroc avait un tourisme culturel, mais les gens ne revenaient pas. En développant le balnéaire,
l’objectif est d’avoir un tourisme récurrent », indique M. Reyero.
Côté offshoring, le groupe Atento filiale de l’opérateur espagnol Telefonica et
troisième au niveau mondial pour les métiers des centres d’appel, a prévu de recruter 600 personnes en 2010, portant son effectif total dans le pays à plus de 3 000 salariés. A
contrario du Pérou et de la Colombie, les activités outsourcées au Maroc sont à plus forte valeur ajoutée.
Reste que la tendance des flux espagnols vers le Maroc est en forte baisse.
« Les opportunités se présentent parce que le marché offre une certaine dimension. Or cela ne change pas du jour au lendemain. La réalité économique fait que le Maroc avec ses 30 millions
d’habitants reste un pays avec des inégalités fortes. Les opportunités se créent au fur et à mesure du développement du pays », analyse le conseiller économique.
Koweït : l’effet
Zain
Sur une pente ascendante depuis 2004, les investissements koweitiens se sont
effondrés en 2008 sous l’effet de la crise mondiale. Sixième investisseur en 2007, avec 1,575 milliard de dirhams (138 millions d’euros), le Koweït est passé à la 17ème place en 2008
avec 115 millions de dirhams seulement.
En 2009, la machine a été relancée grâce à l’entrée du consortium Zain-Al Ajial
Investment Fund Holding au capital de Wana, devenu Inwi, à hauteur de 31%. L’augmentation de capital dans le troisième opérateur marocain de télécoms a porté sur un montant de 2,85 milliards
de dirhams (250 millions d’euros). Grâce à cette prise de participation, le Koweït est remonté en seconde position, avec un flux de 3 milliards de dirhams en 2009.
Plus généralement, les pays du Golfe sont courtisés. Une délégation emmenée par le
ministre de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, Ahmed Reda Chami, a effectué fin octobre une mission au Koweït, aux Emirats Arabes Unis, au Qatar, à Bahreïn et en Arabie
Saoudite, afin de promouvoir la destination Maroc auprès des fonds souverains et des principaux opérateurs économiques et financiers.
Ambitions
britanniques
Emblématique de la présence britannique au Maroc, Logica vient d’inaugurer ses
nouveaux locaux au parc Technopolis de Rabat. Acteur majeur des services informatiques et de l’offshoring au Maroc, le groupe emploie près de 700 personnes.
Sixième investisseur en 2009 avec plus d’un milliard de dirhams, le Royaume Uni
s’illustre également dans l’immobilier, la distribution avec Unilever, l’industrie pharmaceutique avec GSK. En revanche, la compagnie anglo-néerlandaise Shell s’est retirée du Maroc au premier
semestre, dans un mouvement de désengagement plus global du continent africain.
Au total, près de 80 entreprises britanniques sont installées dans le
royaume.
Discrétion suisse
Avec 1,1 milliard de dirhams, la Suisse est le cinquième
investisseur au Maroc. Une présence discrète et un intérêt confirmé depuis plusieurs années. Outre le cimentier Holcim et le groupe Nestlé, la Suisse est représentée au Maroc via SGS, leader
mondial du contrôle technique, via le groupe télécoms Amitelo, le groupe immobilier MC Suisse Connexion, les laboratoires Roche ou encore les franchises Swatch.
La Dar Taliba d'Ouled Tayeb (photo Christelle Marot)
La Croix
Le développement des pensionnats gratuits pour les jeunes Marocaines
permet de lutter contre l'abandon scolaire. Une démarche soutenue par un programme national de lutte contre la pauvreté.
« Je suis contente que ma fille ne reste pas ignorante comme moi »,
lâche dans un sourire timide Hadda Attou, repoussant une mèche de cheveux sous son fichu marron. A l’autre bout du canapé fleuri, seule touche de couleur dans la modeste maisonnette, Meryem, 14
ans, blouse blanche impeccable et visage grave, attend de repartir pour la Dar Taliba d’Ouled Tayeb, un pensionnat de jeunes filles, en périphérie de Fès. Pour Meryem, la Dar Taliba qui l’héberge
et la nourrit gratuitement durant la semaine est une planche de salut. Une chance unique de poursuivre sa scolarité au collège, à contrario de ses trois ainés. Sur les épaules de la jeune fille,
parmi les premières de sa classe, la pression est forte. « Quand je ne suis pas en cours, je révise », explique t-elle inquiète. A ses côtés, son frère Abdellah, 23 ans,
aujourd’hui au chômage, confesse avoir abandonné l’école peu après le primaire. « Trop loin, trop compliqué », dit t-il doucement. La famille se débrouille avec les maigres revenus du
père, ouvrier agricole. Dans le jardin, une étable brinquebalante abrite deux vaches. Le soleil lance ses rayons dorés entre les branches des oliviers. Sur le chemin terreux, les enfants du
village se chamaillent. Près de 80 familles vivent là dans une grande pauvreté. Ici, pas de transports publics, pas de taxis collectifs. Malgré Fès, l’impériale, à une vingtaine de kilomètres, et
l’autoroute de l’Est en construction, le douar reste isolé.
Sur le mur, face à la porte d’entrée de la Dar Taliba d’Ouled Tayeb, un immense
portrait du roi Mohamed VI est accroché. Dans la salle d’études, la surveillante générale veille au grain. Quelques livres de géographie sont ouverts. Des ordinateurs sont allumés. Une quinzaine
de filles attendent le bus scolaire qui doit les ramener en classe à 15 heures. Les emplois du temps et les déplacements de chaque pensionnaire sont soigneusement notés. La rigueur et la
discipline sont de mise. Les résultats scolaires sont suivis de près. Spartiate, le dortoir des filles à l’étage est propre, impeccablement rangé. Pas de photos ou d’affiches sur les murs et les
casiers cadenassés. Au loin, par la fenêtre, les contours vaporeux du Moyen Atlas se détachent dans le ciel.
Située à 15 km du centre de Fès et 3 km du collège, la Dar Taliba d’Ouled Tayeb
accueille 42 filles, de 12 à 18 ans, issues d’une vingtaine de douars très pauvres des environs. Soutenu par l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), un vaste programme de
lutte contre la pauvreté lancé par les autorités marocaines il y a cinq ans, le pensionnat a ouvert ses portes en 2007. Son coût : 1,4 million de dirhams (125 000 €).
A la demande des populations rurales, les Dar Taliba fleurissent dans le pays. En
proposant d’héberger et de nourrir gratuitement les filles, ces pensionnats situés à proximité des collèges et des lycées sont un moyen efficace de lutter contre l’abandon scolaire. Ils sont
aussi une solution pour les familles qui n’imaginent pas une seconde laisser une fille effectuer une partie du trajet à pied ou à vélo pour se rendre à l’école. Des questions de sécurité, de
réputation, de convenance, qui ne se posent pas pour les garçons. Dans la préfecture de Fès, quatre Dar Taliba et une maison de l’étudiante, ont été construits, financés par l’INDH, les
collectivités locales, régionales et les associations.
Fonctionnaire à un an de la retraite, Bouchta El Farci, costume marron et lunettes
cerclées, est le président de l’association de bienfaisance d’Ouled Tayeb, qui gère le pensionnat : « Il y a quand même un gros travail pour convaincre les familles. Dernièrement, un
père est venu, il voulait retirer sa fille de 13 ans. On ne sait pas trop pourquoi. Il a fallu lui expliquer longuement que c’était important pour elle de continuer à aller à
l’école ».
Pour Oumaima, adolescente de 15 ans et bonne élève, c’est le directeur de son
école primaire qui a achevé de convaincre ses parents. Une petite révolution dans la famille.
Des yeux rieurs encadrés par un voile blanc, Asmae, 14 ans, l’ainée de cinq
enfants, est en troisième année de collège. Sa famille vit à 5 km grâce au revenu du père, un vendeur de poulets ambulant. Sa mère attend un sixième enfant. « On a une toute petite maison.
Il n’y a pas beaucoup d’espace pour travailler. Ici, les conditions sont meilleures et puis on travaille en groupe, on s’aide entre filles », explique Asmae, qui rêve de devenir
médecin.
Dupliqué sur tout le territoire, le modèle des Dar Taliba reste pourtant fragile.
A Ouled Tayeb, l’hébergement pour chaque fille revient à 20 dirhams par jour. « On tire les coûts vers le bas, c’est presque deux fois moins cher qu’ailleurs, mais malgré tout j’ai du mal à
boucler. Il faut acheter la nourriture, payer les salaires, l’essence. Pour finir l’année, il me reste 20 000 dirhams seulement. Je ne sais pas comment faire. Je suis allé voir le pacha, le caïd,
les services de l’entraide nationale », confie Bouchta El Farci, le président de l’association. « L’INDH aide à la construction des bâtiments, mais ce sont les associations qui doivent
trouver les ressources pour gérer les Dar Taliba. Et pour beaucoup d’entre elles, trouver des ressources pérennes n’est pas évident », confirme Bachir Lafkih, un responsable du Département
des affaires sociales de la préfecture de Fès.
L’INDH, programme de lutte contre la
pauvreté
Fer de lance de la lutte contre la pauvreté au Maroc, l’Initiative nationale pour
le développement humain (INDH) a été saluée par les Nations unies et les bailleurs de fonds comme un moyen efficace d’atteindre les Objectifs du Millénaire. Ses programmes touchent l’éducation,
les activités génératrices de revenus, la santé, les centres d’accueil pour femmes et personnes âgées ou encore le relogement des bidonvillois.
Impliquant société civile, collectivités locales, l’Etat marocain et la
coopération internationale, l’INDH s’appuie sur une approche participative et décentralisée.
Selon les autorités marocaines, grâce à l’INDH, le taux de pauvreté au niveau
national est tombé de 14 à 9% entre 2006 et 2009. Dans les communes rurales cibles (taux de pauvreté initial supérieur à 30%), il est passé de 36 à 21%. Depuis 2005, 22 000 projets ont été
programmés pour 5 millions de bénéficiaires. Près de 13 milliards de dirhams ont été investis (1,15 milliard d’euros).
Une semaine après ledémantèlement du camp de protestataires de Gdeim Izik dressé près de Lâayoune au Sahara
occidental et les violentes émeutes qui ont suivi, l’émotion reste vive. Quelques journalistes étrangers commencent seulement à être autorisés à se rendre sur
place.
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi 13 novembre à
Madrid contre les violences enregistrées ces derniers jours au Sahara occidental et contre « l’occupation » de ce territoire par le Maroc.
Une semaine après ledémantèlement du camp de protestataires de Gdeim Izik dressé près de Lâayoune au Sahara occidental et les violentes émeutes qui ont suivi, l’émotion
reste vive.
Vendredi 12 novembre, l’Espagne a demandé au Maroc des « éclaircissements » sur
ces violences et fait part de sa profonde « préoccupation » mais s’est abstenue de toute condamnation.
José Luis Rodriguez Zapatero, chef du gouvernement
espagnol,qui se trouvait à Séoul pour le G20, a expliqué que « les intérêts de l’Espagne devaient passer en premier » et que
« la relation avec Rabat était une question prioritaire, une question d’Etat ».
Le bilan officiel marocain fait état de douze morts, dont dix parmi
les forces de l’ordre, et de l’arrestation de 163 personnes.
Mais le Front Polisario, mouvement soutenu par Alger, qui milite pour l’indépendance du
territoire, accuse Rabat d’avoir fait des « dizaines » de morts, plus de 4 500 blessés et procédé à plus de 2 000 arrestations au cours des violences à Lâayoune et aussi à Smara, autre
ville importante du territoire.
Le 8 novembre, les forces marocaines ont démantelé par la force un
camp de tentes où jusqu’à 15 000 Sahraouis s’étaient installées depuis la mi-octobre pour protester contre leurs conditions de vie.
Information
verrouillée
Une semaine après ces événements quelques journalistes étrangers commencent seulement à
être autorisés à se rendre sur place.
L’envoyée spéciale du Monde a été la première à avoir été autorisée à rejoindre Lâayoune
le 10 novembre en fin de journée.
Depuis le 8 novembre, les journalistes espagnols sont
systématiquement refoulés, accusés d’une couverture partiale des événements. Luis de Vega, correspondant duquotidien ABC et de la radio
espagnole RNE, s’est vu retirer son accréditation.
Au Maroc, les correspondants français accrédités de RFI-Libération, France 24, La Croix
ont également été empêchés d’embarquer.
Selon Reporters sans Frontières, une douzaine de journalistes étrangers n’ont pas pu
effectuer leur travail.
Pendant quatre jours, à l’exception semble t-il du correspondant permanent marocain de
l’Agence France Presse (AFP) à Lâayoune, et dans un climat de grandes tensions, les informations et les images transmises ont été celles des médias officiels et télévisions publiques
marocaines.
Des vidéos et photos amateurs, clandestines, filmées par des ONG ou des manifestants,
accusant le Maroc, ont également circulé, sans qu’il soit possible de vérifier leur authenticité.
La guerre de l’information ne fait que commencer.
Si le Maroc n’a rien à se reprocher, on peut légitimement se demander pourquoi il a
bloqué pendant plusieurs jours l’accès aux médias étrangers ?
Lancé il y a dix ans, le secteur a connu une croissance spectaculaire,
mais est entré en phase de consolidation pour cause de surendettement des ménages.
Esquissant un sourire, Hadda Laissaoui, 48 ans, djellaba et foulard vert
délicatement brodés, l’admet bien volontiers : « Le microcrédit a changé ma vie ». Cette mère de quatre enfants, mariée à un marchand ambulant de Meknès, est à la tête d’une petite
entreprise de couture, montée il y a quatre ans. Les commandes affluent de toute la ville. Et pour faire face, Hadda chapeaute une vingtaine de jeunes filles qui travaillent en
sous-traitance.
Trop pauvre, jugée non solvable par les banques « classiques », Hadda a
trouvé son salut dans la Fondation Banque populaire pour le microcrédit (FBPMC), l’une des quatre plus importantes institutions du genre au Maroc. Le coup de pouce est venu avec un premier prêt
solidaire de 5 000 dirhams (445 euros), utilisé pour acheter des fournitures, des tissus et du fil. De quoi se lancer véritablement. Un second crédit de 10 000 dirhams (890 euros), puis un
troisième de 20 000 dirhams (1780 euros) vont suivre. Dans cette aventure, Hadda n’est pas seule. Trois autres femmes de son quartier, également bénéficiaires, se sont portées caution en cas de
défaillance.
Pour la micro entrepreneuse marocaine, désormais propriétaire d’une sobre maison,
restaurée dans l’ancienne médina de Meknès, le quotidien a bien changé. Son revenu est passé de 100 à 250 euros par mois. Elle fait des économies, « afin d’accompagner la scolarité de ses
deux plus jeunes garçons et pour payer les médicaments », explique t-elle doucement. Elle rêve aujourd’hui d’acheter un local pour commercialiser ses produits et aider ses ainés à prendre la
relève.
Au Maroc, près d’un million de personnes (environ 15% des ménages) bénéficient du
microcrédit. 64% sont en milieu urbain, des femmes en grande majorité. Avec 4,84 milliards de dirhams d’encours à fin juin 2010 (431 millions d’euros), le secteur de la microfinance représente
40% des encours de la région Afrique du Nord et Moyen Orient (Mena).
Selon le magazine Forbes, en 2009, quatre des douze associations de microcrédit
actives au Maroc figuraient dans le top 30 des institutions les plus performantes au monde. Une réussite singulière, en dix ans, saluée et appuyée par les bailleurs de fonds. Depuis 2005,
l’Agence française de développement (AFD) appuie le secteur, à travers l’octroi de prêts très concessionnels et la participation à la création du fonds Jaïda, un fonds dédié au refinancement des
associations. Au total, près de 42 millions d’euros ont été engagés.
Si le Maroc reste un modèle, depuis deux ans, la machine semble pourtant s’être
enrayée. Le nombre de clients servis par le microcrédit a fortement chuté (-28% entre 2008 et 2009). Une baisse qui s’explique par l’élimination des mauvais payeurs. Mais le contexte reste marqué
par une forte montée des incidents de paiement, notamment au sein des petites institutions de microfinance. A l’origine : le surendettement des ménages, occasionné par les crédits croisés,
c’est à dire le recours à plusieurs associations par un même emprunteur. « Les raisons de cette crise sont quasi similaires à celles qui ont donné lieu aux première crises du microcrédit en
Amérique Latine. Elles sont liées à la croissance non maîtrisée du portefeuille des actifs, à l’absence d’instruments efficaces de gestion des risques et au dépassement des capacités
institutionnelles de certaines institutions de microfinance », analyse Mohamed Maârouf, directeur exécutif de Planet Finance Maghreb.
Aujourd’hui, une vaste campagne d’assainissement est en cours. En difficultés
financières, Zakoura, l’une des associations leaders du pays, a disparu du paysage en juin dernier, absorbée par la FBPMC, deux fois moins importante. De son côté, la Banque centrale a exigé la
mise en place d’une centrale des risques. Résultat : la part des clients ayant contracté des prêts multiples est passée de 39% à l’automne 2008, à 29% un an plus tard. Le débat sur la
transformation de ces institutions se poursuit par ailleurs. Elles sont plusieurs à plaider pour un nouveau statut afin d’offrir une gamme de produits plus étendue (assurance par exemple) et
répondre aux besoins des très petites entreprises (mésofinance).
« Le secteur connaît une crise de croissance structurelle, une période de
consolidation nécessaire, reconnait Manal Lamkas, chargée d’affaires secteur privé et microfinance pour le groupe AFD-Proparco. Mais les associations marocaines ont fait du chemin, sur la
question de la gouvernance en particulier. Elles sont plus vigilantes ». Pour les plus petites, la question de l’avenir se fait pressante. Pour faire face aux nouvelles règles prudentielles,
comme la hausse des fonds propres, devront elles se regrouper, fusionner ? Très proches des populations, ces petites associations sont un levier puissant pour combattre la pauvreté. Crise de
croissance mal digérée, certes. Reste que « le microcrédit a encore de beaux jours devant lui », estime Manal Lamkas. « La demande potentielle est estimée à 5 millions de
personnes », confirme Mohamed Maârouf.
Au Maroc, le taux de bancarisation atteint 45% seulement. Dans le même temps, les
institutions bancaires classiques tentent de séduire les couches les plus pauvres, en développant le "low income banking" (la banque pour les faibles revenus).
« Beaucoup de Marocaines qui partent travailler à l’étranger font le trottoir» affirme Rachid, le patron
d’un magasin d’alimentation de Casablanca. Il n’est pas le seul à le penser. Les jeunes femmes qui partent, pour les pétromonarchies du Golfe en particulier, ont une réputation sulfureuse. Cet
été, un dessin animé koweitien, diffusé pendant les soirées du ramadan, qui confortait cette image négative en mettant en scène des prostituées
marocaines, a mis le feu aux poudres. Tollé général dans l’opinion, éditos au vitriol, mise au point du ministère de la communication… Le ministère
de l’Emploi refuse aujourd’hui de valider les contrats de travail de migrantes marocaines assortis de la mention « arts et musique ». Une enquête sur l’emploi et le salariat des
Marocaines immigrées dans les pays du Golfe a même été commanditée par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) et sera rendue publique lors d’une prochaine rencontre des femmes
marocaines, en janvier à Beyrouth. « En ce focalisant sur le problème de la prostitution, les médias donnent une idée fausse de la réalité.
La grande majorité des migrantes marocaines dans les pays du Golfe y occupent des emplois de très haut niveau », déplore Driss El Yazami, le
président du CCME.
Les clichés ont la vie dure, tant l’émigration féminine renvoie à des chambardements profonds de la société
marocaine. Elle suggère une plus grande émancipation des Marocaines, mal vécue par une société encore globalement conservatrice. Selon Mohamed
Khachani, professeur à l’université Mohammed V de Rabat et président de l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations (AMERM), l’émigration marocaine s’est peu à peu
féminisée depuis la seconde moitié des années 1980. Les femmes représentent aujourd’hui 47% des migrants, à destination de l’Europe très
majoritairement. « La migration est devenue un phénomène sociétal. Elle concerne tous les milieux et tous les âges », indique l’universitaire. Le Maroc est par ailleurs l’un des pays de
la rive sud de la Méditerranée qui a vu le nombre de ses ressortissants partir à l’étranger augmenter le plus ces 20 dernières années. Au milieu des
années 1990, il y avait 1, 3 milion de Marocains à l’étranger, ils étaient 3,4 millions fin 2009, sans compter les moins de 16 ans et les irréguliers.
Si le regroupement familial touche encore des pays comme l’Espagne et l’Italie, l’émigration féminine est de
plus en plus souvent le fait de femmes seules. « Les femmes se considèrent déjà dans la société marocaine comme des acteurs économiques autonomes. Leur entrée sur le marché du travail
n’est qu’une manifestation de ce processus d’individuation », analyse Driss El Yazami. Le taux de féminisation de la population active marocaine
est ainsi passé de 19% en 1982 à 26% en 2009. Mais les discriminations à l’embauche sont encore nombreuses. Découragées par les difficultés rencontrées pour rentrer sur le marché du travail, de
plus en plus de femmes décident d’aller tenter leur chance hors des frontières. D’autant que de l’autre côté, sur l’autre rive de la Méditerranée, en
raison du vieillissement de la population, les besoins sont pressants dans les services aux personnes, l’emploi domestique et le nettoyage.
«La migration féminine accélère les changements de mentalités. Elle bouleverse imperceptiblement la séparation classique des fonctions des deux sexes. La femme envoie de l’argent au pays, elle devient chef de famille » souligne Driss El Yazami.
Plusieurs études internationales le montrent : les femmes migrantes épargnent et envoient plus d’argent
au pays que les hommes. Une enquête portant sur 3 700 saisonnières marocaines envoyées pour la cueillette des fraises en Espagne et menée pour le compte de l’Agence nationale de promotion de
l’emploi et des compétences (Anapec), indique que près de 55% d’entre elles utilisent leurs revenus pour contribuer aux dépenses courantes de la famille, 16% dans l’équipement de leur maison,
13,2% dans les frais de scolarité des enfants. Tandis que 6% ont investi dans de petits projets générateurs de revenus.
En 2009, 10 000 ouvrières agricoles ont rejoint l’Espagne, elles n’étaient plus que 6 000 en 2010 en raison
de la crise. Un tiers d’entre elles étaient célibataires, un tiers mariées, l’autre tiers veuves. « Cette migration a permis de bancariser des femmes, sorties parfois pour la première fois
de leur environnement quotidien (…) Elles viennent de milieux ruraux, très pauvres et se retrouvent à leur retour à la tête d’un pécule qui correspond à l’équivalent d’un revenu annuel. Par
rapport à la famille et au village, cette position leur donne davantage d’autonomie, de responsabilité, elles sont plus respectées aussi », indique Hafid Kamal, directeur général de
l’Anapec. Même si Mohamed Bensaïd, enseignant chercheur auprès de l’AMERM, déplore pour sa part que « l’impact sur les enfants de ces femmes mariées, absentes du foyer pendant plusieurs
mois, ne soit pas pris suffisamment en compte ».
Le mariage est aussi un moyen de migrer pour des femmes marocaines célibataires, généralement issues de
milieux populaires. Les rencontres se font souvent sur internet. « On observe de plus en plus de mariages mixtes. La situation marocaine est un peu particulière. Il y a des acquis en termes
d’égalité, de liberté qu’on ne retrouve pas dans d’autres pays méditerranéens », précise Mohamed Khachani. Mais parfois, pour ces femmes, le rêve d’une vie meilleure est de courte durée.
Décidée coûte que coûte à quitter le Maroc, Aïcha a fini par épouser un Français, beaucoup plus âgé qu’elle. Installée en province, elle peine à trouver un emploi et déprime. Revenue pour le
ramadan, pimpante et chargée de cadeaux pour la famille, elle ne s’étendra guère sur le sujet. Pas question de rentrer. « L’option du retour est exclu, confirme Mohamed Khachani. On a
peur de l’échec, on a peur du contrôle social ».
« Il n’y a aucune possibilité ou espoir de voir un retour massif des émigrants au Maroc. Cette
émigration est appelée, et elle le montre déjà, à s’enraciner dans les pays de résidence. Selon Eurostat, les Marocains sont la population qui se naturalisent le plus tout en gardant des liens
très forts avec le pays d’origine », indique le président du CCME. Et cela tombe bien : les transferts des Marocains de l’étranger sont deux fois et demie moins volatiles que les
investissements directs étrangers…
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