Samedi 25 septembre 2010 6 25 /09 /Sep /2010 12:32

Reportage: C. Marot
Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 10:37

African Business

 

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Aux commandes de Maroc Telecom, Abdeslam Ahizoune entend mettre la technologie à portée de tous. Dans son viseur : l’Afrique, la montée de la concurrence au Maroc et un secteur télécoms en constante évolution.

 

Président de Maroc Telecom, le premier opérateur télécoms du royaume et filiale très rentable de Vivendi (53%), Abdeslam Ahizoune, 55 ans, est un homme de défis, prompt aux changements.  « Même s’il a atteint un taux de pénétration important, le marché mobile au Maroc continue de croitre. Un deuxième opérateur concurrent vient d’arriver et cherche à faire sa place, ce qui est normal. Notre défi à nous est de conserver notre rang de leader et de faire évoluer la concurrence vers plus de valeur », indique t-il.

Avec 27 millions d’utilisateurs sur une population de 34 millions d’habitants, la téléphonie mobile au Maroc connait un franc succès. Selon l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), Maroc Telecom détenait 57,6% de ce marché fin mars 2010. La filiale du groupe français domine également le marché Internet avec 53,80% du marché. Dans la téléphonie fixe, Maroc Telecom détient 35,78% des parts, devancé par l’opérateur Wana.


Si Maroc Telecom fait toujours figure de leader, sa position au niveau national est bousculée ces derniers temps par ses deux compétiteurs, Meditel et Wana Corporate. Tous deux ayant connu de profonds changements récemment. Après le retrait de ses actionnaires historiques Portugal Telecom et Telefonica, Meditel est passé dans le giron de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et du holding Finance.com. De son côté, Wana Corporate a vu l’entrée de l’actionnaire koweitien Zaïn à son capital et surtout le lancement de son offre mobile GSM avec la marque Inwi. La concurrence s’annonce rude. Sur le front de l’Internet, Maroc Telecom entend mettre la technologie à portée de tous, en faisant des efforts conséquents sur les coûts d’accès et la consommation des débits.

Autre défi : l’Afrique. Maroc Telecom y est présent au Gabon, en Mauritanie, au Mali et au Burkina Faso.  « Nous sommes ambitieux. Il s’agit de réussir nos implantations dans ces quatre marchés. Et nous sommes sur la bonne voie. Nous avons sorti du rouge ces entreprises. Aujourd’hui, elles gagnent leur vie et leur performance s’améliore (…) Mais nous sommes également à la recherche de nouvelles opportunités », souligne Abdeslam Ahizoune.

 

Faire le bon choix technologique

 

Le troisième défi est technologique. « Il ne faut pas pénaliser nos clients qui sont en compétition avec le reste du monde pour des questions de technologies, assure le dirigeant marocain. Maroc Telecom a la réputation d’être très innovant sur les technologies. Nous sommes à l’affut de tout ce qu’il y a de meilleur sur le plan technologique. Ce n’est pas toujours facile, on ne peut pas intégrer n’importe quelle technologie dans le réseau, au risque de connaître un arrêt cardiaque et aussi un flop commercial. Le défi est de choisir la bonne technologie, au bon moment, le plus rapidement possible, pour ne pas prendre de retard sur la concurrence (…) Les générations technologiques avancent très vite. Nous avons fait le bon choix du GSM en 1994, avant même la plupart des pays européens ».


Diplômé de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications de Paris, Abdeslam Ahizoune est un passionné de télécoms, un secteur dans lequel les évolutions et les remises en cause sont perpétuelles. Ministre à deux reprises, dans un gouvernement de technocrates, il a été l’artisan dans les années 90, de la refonte et de la libéralisation des télécoms dans le royaume. Entre 2001 et 2005, il a mené avec succès la privatisation de Maroc Telecom. Un chantier difficile et un travail sur les mentalités pour passer d’un établissement public à une société anonyme, d’un secteur d’ingénieurs en un secteur de vendeurs et de financiers. « Aujourd’hui, la culture d’entreprise privée, de la performance, de l’appartenance prime. Maroc Telecom est une société très performante et rentable. La productivité a fortement augmenté », indique Abdeslam Ahizoune.


Maroc Telecom, qui compte près de 11 000 salariés, a enregistré un chiffre d’affaires de 30,3 milliards de dirhams en 2009, en hausse de 2,8%. Le résultat net part du groupe s’est établi à 9,42 milliards de dirhams. Pour 2010, les perspectives sont encourageantes. Le groupe télécoms a présenté un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 4,3% à fin mars et une croissance de sa base clients de 14%, grâce au développement du mobile, au Maroc et dans les filiales africaines.


« J’ai la chance de travailler dans un secteur qui rend une technologie pacifique, qui rend service à la société. Lorsque l’on lutte contre la fracture numérique, on est dans le développement durable. C’est très satisfaisant sur le plan personnel »,  confie le président de Maroc Telecom. Très occupé la semaine, souvent en déplacement à Paris et sur le continent africain, Abdeslam Ahizoune prend soin toutefois de se réserver quelques moments privilégiés. Il aime à se ressourcer les weekends dans sa province natale de Khémisset, où il pratique la chasse. Un temps mis à profit pour échanger avec les populations locales et plonger dans les différentes couches de la société marocaine. Abdeslam Ahizoune est par ailleurs membre du conseil de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) et président de la Fédération royale marocaine d’athlétisme.

 

Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 00:16

African Business

 

Mohamed-Horani

 

A la tête de la CGEM, le patronat marocain, depuis un an, Mohamed Horani veut faire de l’innovation sa marque de fabrique. Jusque dans ses rapports avec les partenaires sociaux. Mohamed Horani est également président de la société de monétique HPS.

 

C’est peu de le dire. La présidence de Mohamed Horani à la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), depuis un an, tranche avec son prédécesseur. Consensuel, discret, modeste, Mohamed Horani, 57 ans, président fondateur de la société de monétique HPS (Hightech Payment Systems), n’a pas le charisme et l’aisance médiatique de Moulay Hafid Elalamy, patron des patrons de 2006 à 2009. 



Néanmoins, le président de la CGEM avance ses pions sûrement et renouvelle à sa façon le dialogue entre les entreprises et les partenaires sociaux. Depuis son arrivée, le contact avec les syndicats est plus fréquent et direct. « Jusqu’à mon arrivée le dialogue social était tripartite. Il est vrai que certains sujets doivent être traités à la fois par le patronat, les syndicats et le gouvernement. Mais n’oublions pas que l’Etat a un double rôle. Il est employeur et régulateur, à la fois juge et partie. Aussi, sur certains sujets, nous avons innové et décidé de travailler de manière bilatérale, avec les syndicats seulement. Par ailleurs, le dialogue social au Maroc ne peut pas être concentré sur deux réunions par an seulement. C’est un travail quotidien », explique Mohamed Horani. Une approche qui semble donner satisfaction à la CGEM. Le patronat est ainsi parvenu à mettre sur la table la question de la réglementation du droit de grève au Maroc, longtemps un sujet tabou pour les organisations syndicales. « La majorité des syndicats a accepté de discuter ce projet. Ce qui est un grand pas, assure Mohamed Horani. La grève est un droit constitutionnel, accepté de tous, mais son exercice doit être encadré par une loi pour qu’il n’y ait pas d’effets négatifs sur l’économie. Nous ne voulons pas que ce droit de grève soit utilisé de manière sauvage », explique t-il.



Avec le gouvernement, la CGEM se positionne sur la prochaine loi de finances 2011 et entend peser plus globalement sur les futures orientations économiques du royaume. Au-delà des revendications classiques portant sur la fiscalité. Une légitimité qui découle de l’appui historique de la CGEM aux stratégies sectorielles initiées par l’Etat marocain. Que ce soit pour le plan Azur, stratégie nationale pour le tourisme, le plan Emergence pour l’industrie, les plans pour le développement de l’agriculture, de la pêche ou  de la logistique : le patronat travaille avec le gouvernement. Des conventions ont été signées, donnant des objectifs chiffrés, l’expression des besoins termes d’investissement et de ressources humaines. Le patron de la CGEM revendique par ailleurs « un droit d’ingérence dans l’éducation », afin de préparer au mieux les compétences dont auront besoin demain les entreprises marocaines.

 

Oser et innover


Pour ce matheux, féru de technologies, ingénieur diplômé de l’Institut national de statistiques et d’économie appliquée (INSEA) à Rabat, les entreprises marocaines, de leur côté, doivent « oser et innover ». Un leitmotiv dont il a fait le titre de son blog. Son pari est d’insérer le Maroc dans la société d’informations, dans l’économie mondiale du savoir. Un pari sans doute à la hauteur du chemin parcouru par l’homme fort de la CGEM.

Né dans une famille pauvre du quartier populaire de Derb Fokkara à Casablanca, Mohamed Horani est un pur produit de l’école publique marocaine. Il a démarré au ministère du Plan statisticien, mais passe rapidement au secteur privé. Il passe deux ans chez Bull, touche à tout, fait de la programmation, de la conception de systèmes, de la gestion. Alors que la monétique en est à ses débuts, il devient le directeur de S2M, à l’époque dans le giron de Sligos (qui deviendra la SSII Atos), poste qu’il occupe pendant onze ans. En 1995, il cofonde sa propre société, Hightech Payment Systems, aujourd’hui numéro un du secteur. HPS, qui compte 250 personnes, réalise 90% de son chiffre d’affaires à l’international. Elle offre ses solutions dans 60 pays. La société vient d’ailleurs de racheter ACP Qualife, entreprise française basée à Aix, afin de disposer d’un vivier de compétences à travers la France.

« Le pari que nous avons pris, c’est d’abord une vision, nous voulions être parmi les dix premiers mondiaux. Le grand point fort de HPS c’est la recherche et développement. L’année dernière, nous avons dépensé 12% de notre chiffre d’affaires en recherche. Et aujourd’hui si nous sommes parmi les premiers, c’est grâce à cela », souligne Mohamed Horani.

Lui, qui maitrise la majorité des dossiers y compris technique, garde l’âme d’un consultant, à l’affut des évolutions. « Je délègue beaucoup, je responsabilise. Ce qui est tout à fait nécessaire lorsque l’on connait une forte croissance », indique le dirigeant. Pas non plus le genre à s’énerver. « Je ne suis pas un patron autoritaire. Mon modèle est basé sur la confiance, jusqu’à preuve du contraire. Je ne sais pas travailler autrement. J’essaie de me mettre à la place de mes interlocuteurs, collaborateurs, clients, actionnaires, partenaires », explique Mohamed Horani. D’autant plus aujourd’hui, alors que la CGEM « lui prend près de 120% de son temps ». Un agenda chargé qui éloigne des stades l’amateur de football et fervent supporter des FAR et du Raja.

 

Agenda

 

Car les prochains mois ne s’annoncent pas de tout repos. Sur la table, la question des retraites, la révision du code du travail, la réglementation du droit de grève, l’indemnité de perte d’emploi. « Notre préoccupation est de mettre en place un système pérenne qui ne touche pas trop à la compétitivité des entreprises », souligne Mohamed Horani. Un exercice qui ressemble parfois à un numéro d’équilibriste. Car si la CGEM représente les principales entreprises structurées du royaume, une grande partie de l’économie marocaine navigue encore dans les eaux troubles de l’informel.

Le dernier baromètre trimestriel, élaboré par l’Ifop, montre ainsi qu’environ 59% des chefs d’entreprises au Maroc sont inquiets. Il y a la crise bien sûr, mais bien avant cela, c’est la concurrence déloyale, l’informel, qui pose problème. « Nous travaillons avec le gouvernement pour trouver des solutions. La CGEM recommande de mettre en place un système accessible à ces entreprises. Il faut continuer à abaisser la fiscalité, mais il faudrait surtout mettre en place des forfaits incitatifs pour certaines catégories d’entreprises. Cela peut passer par un accompagnement sur le plan de la formation, de l’accès aux financements et à l’export », plaide Mohamed Horani.

Sur l’Europe, avec l’obtention par le Maroc du Statut avancé, le patron des patrons souhaite faire entendre sa voix. Lors du premier sommet Maroc-Union européenne à Grenade en mars dernier, la CGEM a demandé son adhésion à la Business Europe, la fédération des patronats européens. Le Statut avancé ? Une chance pour les entreprises marocaines et aussi des exigences, dont est bien conscient le dirigeant. « Il y a aujourd’hui une certaine fragilité du côté des PME, qui constituent près de 95% du tissu économique. Ces entreprises souffrent d’un certain nombre d’insuffisances structurelles, de sous-capitalisation, d’insuffisance de compétences de management, Il y a un vrai problème de taille critique. Elles souffrent d’une absence ou d’une insuffisance d’innovation de recherche et développement, d’une grande insuffisance au niveau de l’internationalisation », diagnostique Mohamed Horani. « Nous devons tirer ces PME ».

Mercredi 4 août 2010 3 04 /08 /Août /2010 23:59

African Business

Riad Sahyoun

En soixante ans, le groupe Sahyoun s’est imposé au Maroc et en Afrique, dans les métiers du génie civil portuaire, mais également dans la fabrication d’équipements d’assainissement et la commercialisation de camions. A sa tête, Rizkallah Riad Sahyoun, d’origine palestinienne. Le groupe pèse aujourd’hui quelque 1,1 milliard de dirhams de chiffre d’affaires.


A 85 ans, Rizkallah Riad Sahyoun, président du conseil de surveillance du groupe familial marocain Somagec (Société maghrébine de génie civil), n’a rien perdu de sa vivacité. Humble et discret, il reçoit ses visiteurs dans un bureau modeste, au siège de la société à Ain Sebaa, dans la banlieue industrielle de Casablanca. « Vous voyez cette chaise de cuisine ? Je pourrais être assis dans un fauteuil bien confortable comme tous ces grands dirigeants d’entreprises. Et bien, c’est pour me rappeler une jeunesse pauvre que je n’ai pas le droit d’oublier. Pour que les autres aussi se souviennent qu’on ne nait pas avec des lauriers », lance t-il, pétillant et frondeur.

Fin avril, le fondateur de Somagec s’est vu remettre le trophée de la coopération Sud-Sud par le groupe bancaire marocain Attijariwafa bank. Cette récompense octroyée dans le cadre de la première édition du forum Afrique Développement valorise le dynamisme régional d’entreprises africaines. Au Maroc, Somagec est leader des infrastructures portuaires et maritimes. La société fait partie notamment du groupement en charge de la construction du port de Tanger Med II aux côtés de Bouygues et Besix. Elle a décroché également le projet d’aménagement de la lagune de Marchica à Nador. Marina de Casablanca, port militaire de Ksar Sghir, réaménagement de la vallée du Bouregreg, mosquée Hassan II, station balnéaire de Mazagan, parc éolien de Tanger, etc. : Somagec est impliquée dans les plus grands chantiers du pays.


Dans le royaume, le groupe Sahyoun, ce sont également les sociétés Mecomar (leader dans la fabrication des équipements d’assainissement solide et liquide), Riad Motor Holding (exploite en exclusivité sur toute l’Afrique la marque chinoise de camions et véhicules utilitaires Cinotruk) et TPM (spécialisée dans la sous-traitance du transport). Sur le continent, Somagec Guinée, dirigée par l’un des trois enfants Sahyoun, Roger, est très active depuis 2005 dans la construction des ports de Malabo, Kogo et Annobon. Le groupe Sahyoun intervient plus largement en Afrique de l’Ouest, au Sénégal notamment.

D’une grande humilité, Rizkallah Riad Sahyoun rend hommage à sa famille, son épouse d’origine sicilienne, ses trois enfants et dix petits enfants et arrière petit enfant : « Ce sont eux qui ont fait le plus (…) Beaucoup disent que les sociétés familiales sont faites pour ne pas tenir. Nous, on a montré le contraire ».

Créé il y a 60 ans, le groupe pèse aujourd’hui quelques 1,1 milliards de dirhams de chiffre d’affaires (983 millions d’euros). « J’ai démarré à 25 ans, avec 25 000 dirhams. Aujourd’hui, le groupe a parmi les plus gros capitaux du Maroc, il compte 300 millions de dirhams d’actifs, raconte le petit homme. Nous sommes une entreprise totalement familiale et il n’est pas question d’aller en bourse. Nous n’avons pas besoin de lever des fonds (…) Vous voyez la porte de ce bureau ? Elle est toujours ouverte. Les décisions se prennent très rapidement, inutile de réunir un conseil d’administration ».


Avec les sous-traitants, Somagec au Maroc fait travailler 4 500 personnes. Mecomar, RMH, TPM emploient au total près de 850 personnes. En Guinée, l’entité sœur de Somagec compte quelques 2 500 employés et un chiffre d’affaires quatre fois supérieur à Somagec Maroc. Une belle réussite, même si Riad Sahyoun s’en défend. Et une revanche à prendre sur une jeunesse faite de privations et d’humiliations.

Arabe chrétien d’origine palestinienne, profondément croyant, Rizkallah Riad Sahyoun a six mois à peine, lorsque son père vient s’installer au Maroc, à quelques kilomètres de Casablanca. Nous sommes en 1925. Le père travaille comme forestier. Il décèdera dans un accident cinq ans plus tard, laissant la famille complètement démunie. Devenu jeune homme, Rizkallah Riad, sans diplôme, travaillera trois ans comme employé, avant de se lancer à son propre compte. « On ne me laissait pas ma chance. A l’époque, si vous n’étiez pas Français, Européen, c’était difficile de percer, de se faire valoir », raconte t-il.

Auprès de ses beaux frères italiens, chaudronniers, il apprend la ferronnerie, travaille bien et se retrouve rapidement à la tête de quatre ateliers dans la région de Casablanca. Il apprend plus tard le génie civil et créé Somagec. Quinze heures de travail par jour, sept jours sur sept, l’attention portée aux clients et un tempérament bien trempé feront le reste. « En 60 ans, je n’ai pris qu’une semaine de congés. Ce fut pour aller visiter la ville natale de mon épouse, en Sicile », s’amuse t-il.


L’entreprise, déjà prospère, connaitra un coup d’accélérateur, avec l’entrée en 1972 du fils Roger, diplômé de l’école d’ingénieurs ESTP (Ecole spéciale des travaux publics). Puis vient la création de Mecomar au milieu des années 90. Riad Motors verra le jour en 2007. « Il fallait à ces sociétés des camions pour vendre les équipements. On ne trouvait pas notre compte avec les vendeurs de l’époque. Alors on est allé en Chine pour y faire monter nos propres camions, indique Riad Sahyoun. « Nous avons créé ensuite TPM, société de transport, puis une société d’assurances. Bref, aujourd’hui, nous sommes tout à fait autonome », se réjouit le fondateur.

Féru de poésie, Rizkallah Riad Sahyoun a reçu il y a quelques années plus tard un grand prix de la ville de Bordeaux pour ses écrits. « Je dois à la France toute ma culture, je lui dois aussi toutes mes larmes, pour avoir été traité de sale bicot, de sale arabe toute ma jeunesse », confesse t-il. Citant des vers du poète romantique Alfred de Musset, l’octogénaire, aujourd’hui courtisé par les financiers de la place, reste peu sensible aux honneurs et à la flatterie : « Il n’y a pas de réussite, pas de grandeur, s’il n’y a pas de sentiments humains », aime t-il à rappeler.


Samedi 29 mai 2010 6 29 /05 /Mai /2010 13:20

L'Express (édition internationale)

 

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Il y a cinq ans, le roi Mohammed VI donnait le coup d’envoi de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). Où en est aujourd’hui ce grand chantier social ?

 

C’était le 18 mai 2005. Un an presque jour pour jour après les attentats de Casablanca, Mohammed VI traçait les grandes lignes de ce qui allait devenir l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), un grand chantier de lutte contre la pauvreté. Pour la coordinatrice nationale de l’INDH, Nadira El Guermaï, cela ne fait aucun doute : cinq ans après le bilan « est largement positif ». Les chiffres sont en effet plutôt encourageants. Entre 2006 et la fin 2009, 19 848 projets de lutte contre la pauvreté ont été élaborés, dont 4,8 millions de Marocains ont bénéficié. Près de 1 milliard d’euros a été investi, grâce notamment à l’aide de l’Union européenne (60 millions), de l’Arabie Saoudite (50 millions), de la France (8 millions), de l’Italie (8 millions) et des Etats-Unis (9,3 millions).

Résultat : le taux de pauvreté est en baisse, de 14% à 9% pour l’ensemble du royaume et de 36 à 21% dans les communes rurales ciblées par l’INDH.

Au total, 403 communes rurales et 264 quartiers urbains ont bénéficié de ce programme à travers des projets très divers : éducation, activités génératrices de revenus, santé, centres d’accueil pour femmes ou personnes âgées.

 

Principal obstacle : le manque de moyens humains 

 

L’originalité de l’INDH est d’avoir affiché dès le début une ambition participative. « Notre objectif est d’amener les gens à travailler ensemble. Nous voulons mutualiser les compétences et les connaissances », souligne la coordinatrice nationale. La première démarche des équipes de l’INDH consiste à aller à la rencontre des populations pour comprendre leurs besoins.

A l’échelon des communes, des Comités de développement humain, regroupant les associations, les élus, les autorités administratives, élaborent les projets. Ceux-ci sont ensuite soumis pour approbation aux autorités provinciales et régionales.

Par ailleurs, une fois un projet validé, de réels efforts sont menés pour éviter les lenteurs. Les procédures ont été assouplies, notamment en ce qui concerne les décaissements, souvent très lents au Maroc.

Le monde associatif, aussi, a dû s’adapter. Souvent mal structuré, parfois hésitant, il a dû apprendre à gérer avec plus de transparence, à respecter les règles et les procédures. Le manque de moyens humains est sans aucun doute l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre de l’INDH. Les bailleurs de fonds en sont conscients et ce n’est pas un hasard si l’aide américaine porte exclusivement sur l’appui et la formation des porteurs de projets concernant des activités génératrices de revenus. Sur les 40 000 associations que compte le Maroc, 13% seulement se sont impliquées dans l’INDH.

 

Des microprojets générateurs de revenus

 

Pour Bouchaib El Moutaouakil, gouverneur de la province d’Al Haouz, l’une des plus pauvres du royaume, «l’INDH a permis l’émergence de nouvelles cultures et favorisé une évolution des mentalités. Les gens se prennent en charge. Dans les zones reculées, l’accès à l’eau, l’électricité, le développement des services de santé et d’éducation sont gérées par des associations (…) Mais cela a créé aussi beaucoup d’attentes ».

La province d’Al Haouz, dont 90% des villages sont situés en montagne, demeure très vulnérable, malgré une amélioration de plusieurs indicateurs, comme la scolarisation des filles dans le primaire (35% en 2004, 75% en 2008) ou le raccordement à l’eau potable (57% en 2004, 73% en 2008). « L’hiver, en raison de la neige, de nombreux douars sont enclavés. L’économie locale est totalement asphyxiée pendant un à deux mois », explique le gouverneur. Il faut, insiste t-il, miser sur les microprojets générateurs de revenus : gites d’étapes, artisanat, production d’huile d’olive, valorisation des plantes aromatiques et médicinales. L’objectif est d’assurer un revenu pérenne aux populations. Une orientation déjà inscrite par les autorités dans le prochain plan quinquennal.


 

Une maison d'accueil pour futures mamans

Perchée dans la montagne, dans le paisible petit village de l’Ourika, à une cinquantaine de kilomètres de Marrakech, Dar Al Oumouma, une maison d’attente pour femmes enceintes, jouxte le centre de santé. Dans une chambre, le dos tourné à la porte, une jeune femme allaite son enfant, pudique. Dans la pièce d’à côté, des éclats de rire retentissent. Trois mamans et leurs nouveaux nés, enveloppés dans des couvertures, sont alités. Elles ont accouché dans la nuit. Gardées en observation pendant deux jours, elles recevront des conseils sanitaires pour s’occuper de leur enfant, sous le regard d’une accompagnatrice, le plus souvent un membre féminin de la famille. Des vidéos sont projetées pour informer les jeunes femmes sur l’allaitement, les soins à apporter au nourrisson, également sur la contraception. « On en profite pour sensibiliser les autres femmes, leur expliquer qu’elles ont tout intérêt à venir, qu’elles seront suivies et prises en charge s’il y a un problème à l’accouchement», indique Saida Khabata, la directrice de Dar Al Oumouma. Pour les futures mamans et leurs accompagnatrices, le séjour est gratuit.

A quelques mètres, derrière une autre porte, le médecin et son équipe de sages femmes veillent au grain, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le centre de santé public assure les accouchements normaux. Dans l’armoire à pharmacie, des kits stériles sont entreposés. Près de la table d’accouchement, trône un échographe. En cas de complications, les mères sont évacuées en ambulance vers l’hôpital le plus proche à Marrakech.

La maison Dar Al Oumouma a été créée, en coopération avec l’Unicef, afin de lutter contre la mortalité maternelle et infantile. Un fléau qui touche le Maroc et particulièrement les habitantes des villages de montagne trop isolés. Obligées d’accoucher à domicile avec pour seul soutien une accoucheuse traditionnelle, les futures mamans se retrouvent vite en dange.

En 2005, quelque 1 500 Marocaines sont mortes pendant la grossesse, l’accouchement ou peu après. Le royaume recense 227 décès pour 100 000 naissances vivantes, soit l’un des chiffres les plus élevés du Maghreb.

 

43% des accouchements se font désormais en milieu surveillé

 

Depuis la construction, en 2006, de Dar Al Oumouma à l’Ourika, sur un terrain cédé par le ministère de la santé, le taux d’accouchement en milieu surveillé des sept douars impliqués dans le projet est passé de 17% en 2005 à 43% en 2009. Au total, 815 femmes ont accouché au centre de santé de l’Ourika, huit  fois plus qu’avant 2006. 107 autres ont été évacuées.

« Il faudra encore attendre deux ans pour avoir des indicateurs sur la diminution de la mortalité maternelle. Mais d’ores et déjà, ces chiffres sont un signe de changement », indique Abdessamad Hejjaj, chef de division de l’action sociale de la province d’Al Haouz.

Financés par le conseil provincial et l’Unicef, l’INDH et les communes de la province d’Al Haouz regroupées en association, les investissements se sont montés à 1,6 million de dirhams (environ 142 000 euros). Le séjour d’une mère coûte 155 dirhams.

« Nous en sommes à la quatrième Dar Al Oumouma, souligne Abdessamad Hejjaj. C’est la première fois au Maroc qu’une province déploie une telle stratégie de lutte contre la mortalité maternelle et infantileD’ailleurs, après avoir équipé les accoucheuses traditionnelles en téléphones portables,nous expérimentons le Samu obstétrical, pour celles qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se déplacer en raison du coût du transport ». 

 

 

Un foyer de collégiennes pour lutter contre la déperdition scolaire

« Contrairement à une idée répandue, ce ne sont pas tant les conditions économiques qui poussent les familles du monde rural à retirer leurs filles de l’école à la fin du primaire, mais l’éloignement géographique (…) Pour les communes éloignées, il n’y a pas de transport scolaire. Et il n’est pas concevable de laisser une fille parcourir 5 ou 10 km à pied ou à vélo, seule en pleine campagne, pour aller à l’école voire même l’envoyer chez des cousins en ville pour poursuivre ses études», explique Zenjali Abdelghani, le directeur de la maison de l’étudiante, Dar Taliba, à Tassoultante. Du haut de la terrasse ensoleillée, il désigne les montagnes de l’Atlas au loin et les vertes étendues convoitées par les promoteurs immobiliers. « Ici, les filles ont un environnement exceptionnel (…) Nous avons beaucoup de problème pour accepter toutes les candidatures. Alors on donne priorité aux orphelines et aux nécessiteuses ».  Retraité du ministère de l’Education, Zenjali Abdelghani a travaillé plus de trente ans à l’établissement de la carte scolaire. Il a parcouru le Maroc, visité quantités de douars enclavés, dépourvus d’écoles.

Depuis son ouverture, il y a un an et demi, Dar Taliba Tassoultante rencontre un succès fou. Près d’une centaine de filles de 11 à 19 ans, sont admises durant la semaine, nourries, logées gratuitement, afin de leur permettre de poursuivre une scolarité normale. Séparés du foyer par une barrière, l’école primaire et le collège sont à quelques mètres.

La surveillante générale, ancienne professeur de français, est très vigilante sur les devoirs et les allées et venues de ses pensionnaires. Les sorties ne sont pas autorisées. Les dortoirs sont impeccablement rangés. Attenante au réfectoire, une salle de prières a été prévue. Dar Taliba dispose également d’une salle multimédia. A l’infirmerie, un bienfaiteur a même fait don d’un échographe.

« Ici il y a un minimum de services. Cela coûte environ 30 dirhams par jour et par fille, contre 12 dirhams dans un internat public classique, précise Zenjali Abdelghani. « On ne se substitue pas à l’Etat, souligne le directeur. Mais ici il n’y a pas d’internat et la demande est très grande».

Pour assurer la construction de l’établissement, l’association Tassoultante pour le développement, à l’origine du projet, a déboursé 2 millions de dirhams, dont 600 000 provenant de la commune. L’INDH a apporté le complément, soit 1,4 million.

 

Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 16:46

New African

 

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Au Maroc, l’activité des centres d’appels offshore est en forte croissance. L’enjeu ? La rétention des ressources.

 

Avec la moitié du marché global de l’offshore francophone, un chiffre d’affaires de 3,4 milliards de dirhams en 2009 (300 M€) et quelques 27 000 employés, l’activité des centres d’appels au Maroc connait une croissance soutenue depuis 5-6 ans ; une dynamique qui devrait encore se renforcer avec l’externalisation plus poussée de la gestion clients par des entreprises françaises, animées par le contexte de crise. En France, on estime à 260 000 le nombre de positions de travail dans les centres d’appels : 60 000 sont externalisées, avec une croissance de 3 à 5%.

Leader devant la Tunisie, Maurice, le Sénégal et les pays de l’Est, le Maroc estime à 5 000 le nombre de personnes à intégrer chaque année. L’enjeu ? Savoir retenir les ressources dans un secteur réputé pour son turnover.

Le salaire est y un élément moteur. Avec 4 000 à 5 000 dirhams net à l’entrée (354 à 442,4 euros), le salaire est déjà trois fois supérieur au niveau du SMIC local ; une aubaine pour de jeunes Marocains à la recherche d’un premier emploi. Sachant que les courbes d’évolution sont rapides, les revalorisations annuelles.

« En moins de deux ans, on peut être superviseur, puis responsable d’activités (…) Nous avons une politique RH attractive, qui repose sur un  système de primes mensuelles, des challenges qui récompensent les plus méritants, explique Youssef Chraibi, président d’Outsourcia, un centre d’appels de 450 personnes à Casablanca. Cette politique comprend le minimum légal de protection sociale ainsi qu’une mutuelle, nous assurons le transport, fournissons des tickets restaurants, disposons de budgets trimestriels pour des incentives et de l’animation sociale, jouons véritablement la transparence dans la grille et les conditions de progression ». Il existe également des délégués du personnel, à défaut de syndicats.

Outsourcia qui a connu une croissance moyenne supérieure à 30% ces cinq dernières années est très présent dans le e-commerce, la vente à distance, la banque et l’édition. En 2010, l’entreprise compte recruter une centaine de personnes.

Le profil ? Des jeunes diplômés, de 22 à 27 ans, bac +2 à bac +4, issus des filières communication, commerce, marketing, finance, techniques, et démontrant surtout une bonne maitrise de la langue française.

« Les contraintes de travail sont plus aigues qu’en France. On importe un rythme difficile où la contrainte réelle est encore plus forte, car globalement les transports sont plus difficiles, les jours de congés ne sont pas les mêmes. Il faut aussi l’acceptation des parents car l’environnement de travail est mixte, à parité pour l’encadrement », souligne de son côté Olivier Tabusse, directeur général adjoint d’Accolade, call center de 600 personnes à Casablanca. Le turnover est important pour les activités commerciales : environ 40% de l’activité. Beaucoup moins pour les activités techniques, avec 15%.

En période de ramadan, tandis que le reste du pays vit au ralenti, les équipes continuent de tourner, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Les jours fériés au Maroc ne sont pas chômés pour s’adapter à une clientèle essentiellement française.

Pour fidéliser ses employés, Accolade a également ses petits plus : rupture du jeune offert par la société lors du ramadan, progression de salaire rapide, mutuelle, prévoyance, taux bancaires négociés, conditions de travail ergonomiques, cafétéria...

Dans les centres d’appels, la principale contrainte sont les horaires : il s’agit d’offrir du temps aménagé, et de gérer à la fois la contrainte d’activité et le profil sociodémographique. Le volume hebdomadaire, une quarantaine d’heures, est savamment réparti sur la semaine et les weekend end. Les opérateurs suivent également 3 à 4 heures par semaine en moyenne de formation continue et de coaching manager.

Pionnier dans la relation clients au Maroc, Phone Group, détenu par le groupe Saham, a démarré en 2000. La société compte aujourd’hui 3 480 personnes entre Casablanca et Marrakech. En avril, un troisième site sera ouvert à Mohammedia. Histoire de diversifier le bassin d’emploi vers des villes moins sollicitées et permettre aux employés une nouvelle mobilité. Appels entrants, sortants, renseignements téléphoniques, services clients, recouvrement, hotline, télévente : Phone Group sert des sociétés essentiellement francophones basées en Europe : des opérateurs télécoms, des compagnies aériennes, des constructeurs automobiles…

« Sur les appels entrants, le turnover sera plus important pour les appels très standardisés, avec des communications très courtes, très cadencées et de fortes amplitudes. Il peut tourner autour de 20-25%. Pour des appels plus longs, 10-15 minutes, souvent des réclamations, il tombe à 5-8% », indique Aline Chambaret, directeur des ressources humaines. Outre les avantages récurrents, que sont le salaire et la couverture sociale, « l’important est de donner de la visibilité au collaborateur, qu’il puisse avoir un plan de progression sur 18 mois dès son entrée », estime Aline Chambaret. Ainsi, des évaluations sont prévues tous les six mois, susceptibles de déboucher sur une revalorisation salariale et une évolution métier. « La mobilité est une part importante de la fidélisation, qu’elle soit en interne ou géographique sur nos autres centres (…) 80% de l’encadrement est issu de promotions internes », souligne la directrice RH.

Le groupe, détenteur depuis peu du label français de responsabilité sociale, a même fondé une école, Phone Académie, afin de former en 4-6 mois son « middle management ». L’encadrement, un outil essentiel : le ratio est d’un manager pour 12 chargés de clientèle.

 

Webhelp offre des conditions de travail meilleures qu’en France

 

Filiale du groupe français, Webhelp au Maroc poursuit un développement soutenu, de l’ordre de 20%. Après Rabat et Fès, deux autres sites sont en train de s’ouvrir à Kenitra et Technopolis, pôle TIC dans la banlieue de Rabat. Au Maroc, Webhelp emploie quelques 5 000 employés. « Nous avons besoin de diversifier les bassins d’emploi pour sécuriser la partie recrutement avec des collaborateurs compétents et motivés», affirme Dirk Van Leeuwen, directeur de la filiale marocaine. En 2010, plus d’un millier de nouveaux conseillers devront être recrutés. 40% des clients de Webhelp sont dans le secteur télécoms, 25% dans les services financiers, 20% dans le e-commerce et la vente par correspondance.

Pour attirer et retenir ses conseillers, alors que le turnover avoisine les 25%, Webhelp ne lésine pas sur les moyens : positions de travail étudiées pour leur confort, cafétérias, cybercafés, salles de repos, billards, baby foot sur les dix sites du groupe. Rabat comprend même une salle de sport et une crèche d’entreprise. « Des investissements que l’on peut se permettre au Maroc car cela revient beaucoup moins cher qu’en France, en termes de coûts immobiliers et de charges de personnel, indique Dirk Van Leeuwen. Nous avons des sites de très bonne qualité. Nos donneurs d’ordre le disent, nous sommes mieux outillés que la plupart des centres d’appels en France ». Et puis il y a les à côtés. « Nous organisons énormément de soirées ou de sorties pour agrémenter le quotidien ». Cela passe aussi par une politique sociale forte : mutuelle d’entreprise, système de retraite et bien sûr la rémunération. « En tant que leader sur le marché, nous fixons un peu les prix. Nous payons un peu mieux que la moyenne du marché et nous croyons aussi beaucoup à la partie variable, aux divers challenges pour stimuler nos collaborateurs », explique  Dirk Van Leeuwen. « Lors de la période de ramadan, les rémunérations peuvent être doublées, voire triplées. Nous aménageons les horaires, demandons à nos clients de prendre davantage de flux en France pour que nos collaborateurs aient au moins une demi journée à passer en famille. Pour ceux qui doivent rester, nous offrons, chaque jour, le ftour (rupture du jeune) préparé par un traiteur haut de gamme ».

A l’entrée, les salaires mensuels nets sont compris entre 3 500 à 4300 dirhams, auxquels s’ajoute une partie variable de 25% minimum et pouvant atteindre 100% du salaire, à objectifs atteints.

Globalement, la perception du métier de conseiller est plus valorisante au Maroc qu’en France. Le recours au temps partiel est limité. Mais si les conditions de rémunérations restent relativement intéressantes, pour autant, on ne fait guère carrière dans les centres d’appels au Maroc. Pour les opérateurs, l’horizon reste relativement court, de 24 à 36 mois.

Les call center sont perçus par les jeunes Marocains comme un tremplin pour accéder au monde du travail. Chez Phone Assistance, deux tiers des effectifs trouvent là leur premier emploi. « Nous avons conscience d’être dans un métier où les personnes recrutées ne vont pas vouloir y rester toute leur vie (…) Chez Outsourcia, elles restent deux ans en moyenne. L’objectif est d’aller jusqu’à trois ans », indique Youssef Chraibi.

Ensuite ? Beaucoup se dirigent dans les métiers de service, notamment dans le tourisme, le secteur bancaire,  où ils pourront faire valoir leur maitrise de la langue française et la rigueur acquise dans un environnement de travail très normé.

Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 01:12

Jeune Afrique

 

Le plan marocain est désormais l’un des plus ambitieux au monde en matière de production d’électricité d’origine photovoltaïque. Quel en sera le coût ? 

photovoltaique.jpgVoulu par le roi Mohammed VI et dévoilé, presque par surprise, le 2 novembre dernier, l’ambitieux programme solaire chérifien, qui coûtera 9 milliards de dollars, est confié à l’Agence marocaine de l’énergie solaire (Masen). L’objectif est de produire 2 000 mégawatts (MW) à l’horizon 2020 en construisant, sur une emprise totale de près de 10 000 hectares, cinq centrales solaires : à Ouarzazate (500 MW), Foum el-Oued (500 MW), Boujdour (100 MW) et Sebkha Tah (500 MW) dans le sud du pays, mais aussi à Aïn Beni Mathar (400 MW) dans la région de l’Oriental, qui abrite déjà une centrale thermosolaire.

Le programme permettra donc d’atteindre une capacité de production annuelle représentant 18 % de la production énergétique nationale actuelle, mais aussi d’économiser en combustibles 1 million de tonnes-équivalent pétrole (TEP), soit près de 500 millions de dollars, et d’éviter l’émission de 3,7 millions de tonnes de CO2 par an. La préqualification des candidats pour la première centrale, celle de Ouarzazate, qui doit être mise en service en 2015, aura lieu dès juin 2010, l’appel d’offres devant être lancé en septembre.

 

Une délicate transition

 

La question des financements reste en suspens. D’autant que la technologie, encore avant-gardiste, rend les coûts de production peu compétitifs, trois à cinq fois plus importants que l’électricité « classique ». « La production d’énergie d’origine solaire est encore très chère, reconnaît Mustapha Bakkoury, président du directoire de la Masen. Mais, dans l’avenir, sur le plan technologique, cette énergie sera mieux maîtrisée et donc plus accessible. Il s’agit de trouver les mécanismes pour que cette transition soit possible. »

Qu’il s’agisse de partenariats avec l’Europe, les bailleurs de fonds multilatéraux ou les banques commerciales, rien ne sera négligé sur le plan financier. Le schéma retenu, qui pourrait être de type concession-BOT, c’est-à-dire de délégation de service public (réalisation, gestion, exploitation) pour une période donnée, n’est pas encore défini. Et si, à long terme, le programme solaire doit permettre d’accompagner l’intégration régionale euroméditerranéenne du Maroc, « pour l’instant, le plan est conçu pour répondre aux seuls besoins énergétiques nationaux », précise Mustapha Bakkoury.

Reste que le royaume, déjà connecté avec l’Espagne et l’Algérie, met toutes les chances de son côté pour devenir un hub énergétique majeur entre les deux rives de la Méditerranée.

Les ambitions marocaines rejoignent ainsi celles du Plan solaire méditerranéen (PSM), concocté par la France comme l’un des projets phares – et des plus concrets, pour le moment – de l’Union pour la Méditerranée (UPM), chère au président français, Nicolas Sarkozy.

 

Rayonnement méditerranéen

 

En coulisses, Christian Stoffaës, conseiller de la cellule UPM de l’Élysée, s’active pour réunir électriciens, gestionnaires de réseaux, fabricants de matériels autour du projet de consortium Transgreen, une initiative visant à développer un vaste réseau électrique sous-marin en courant continu pour acheminer vers l’Europe l’électricité solaire produite en Afrique. Son objectif : présenter Transgreen lors de la réunion des ministres de l’Énergie des 43 pays de l’UPM, au Caire, le 25 mai prochain.

« Il ne faut pas attendre que l’intégration électrique synchrone soit réalisée sur l’ensemble des pays de la Méditerranée pour se lancer, souligne Christian Stoffaës. La boucle électrique méditerranéenne requiert que les réseaux soient au même niveau de développement. Cela fonctionne en Europe, au Maghreb, mais beaucoup moins ailleurs. » Pour lui, la France, l’Espagne et le Maroc pourraient ainsi commencer à travailler ensemble afin d’établir un schéma directeur pour le transport de l’électricité d’origine solaire, impliquant les aspects techniques, économiques et juridiques. « Le Maroc a établi un plan extrêmement ambitieux, convient le conseiller de l’Élysée. Et il constitue un cadre idéal pour faire un projet pionnier. » Si le schéma convainc les partenaires de la région euroméditerranéenne, la question des investissements et des autorités concédantes pourrait alors être discutée.

Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /Avr /2010 20:02

African Business

 

aeronautique.jpgAvec 90 sociétés présentes, le secteur aéronautique marocain devrait connaitre une croissance de 5 à 10% en 2010. L’objectif des autorités est de développer une base industrielle complète.

 

Le secteur aéronautique marocain devrait connaître une croissance de 5-10% en 2010, puis une « accélération du rythme des relocalisations d’entreprises étrangères à partir de 2011-2012, estime Benbrahim El-Andaloussi, président du Groupement des industriels marocains opérant dans le secteur aéronautique et spatial (GIMAS). Le Maroc est une base perçue avec grand intérêt par nombre de PME ». La croissance était de 10% en 2009 et autour de 20% en moyenne par an précédemment.

 « Nous voulons être à l’Europe, ce que le Mexique est aux Etats-Unis », confie le président du GIMAS. « L’aéronautique au niveau mondial connaît des difficultés à court terme. Mais sur le long terme, les perspectives sont bonnes, les carnets de commande sont pleins sur les 4-5 prochaines années. Plus de 15 000 avions sont à fabriquer dans les 15 prochaines années », indique t-il.

Drainant quelques 400 exposants et 40 000 visiteurs, la seconde édition en janvier dernier du salon AeroExpo à Marrakech a été un succès, marquée par une plus grande affluence des délégations françaises emmenées par les industriels, les Chambres de commerce et d’industrie, mais aussi par les associations professionnelles à l’instar de l’AVIA (l’association Auvergne Valorisation de l’Industrie Aéronautique).

Dans ce contexte, le Maroc revendique une nouvelle compétitivité face aux pays de l’Est, devenus moins avantageux en termes de coûts depuis leur entrée dans l’Union européenne. Face au Mexique également, dont l’éloignement pèse sur les coûts de logistique et les délais de livraison. « Grâce à la proximité avec l’Europe, à la fois sur les plans géographique, culturel et linguistique, on peut monter un site en 7 ou 8 mois au Maroc », souligne Benbrahim El-Andaloussi. La Tunisie ? Elle n’est guère une rivale, semble vouloir faire entendre le Maroc.

« Le développement à l’international, en appui au site principal, est indispensable pour les industries et les PME européennes. A défaut, elles ne pourront pas faire face à la concurrence et à la baisse des coûts (…) En France, Safran continue d’embaucher tout en se développant au Maroc et au Mexique », rassure toutefois le président du Gimas.

Le Smic au Maroc est de 170 euros pour 44 heures hebdomadaires. Et les autorités marocaines estiment qu’en sous traitant dans le royaume un industriel peut gagner jusque 30% en compétitivité.

Dans le royaume, l’aéronautique ce sont aujourd’hui 90 sociétés (60 il y a deux ans), autour des métiers de la maintenance, de la logistique, du câblage, de la mécanique, de la chaudronnerie, de l’assemblage, du traitement de surface et des composites. Ce sont aussi 7 500 employés, un chiffre d’affaires de 800 M€ à l’export et 300 M€ d’investissements sur les cinq dernières années.

 

Développer les compétences

 

Parmi les sociétés présentes : Safran (Labinal, Aircelle), EADS, Auvergne Aéronautique (Casablanca Aéronautique), Daher (DL Aerotechnologies), Matis Aerospace, Boeing, Snecma. Sans oublier la Royal Air Maroc (RAM) qui développe un savoir faire technique depuis 50 ans.

Le secteur est principalement développé sur le site de l’aéropôle de Nouaceur, sur 85 hectares près de Casablanca, autour des métiers de la maintenance, de la logistique, du câblage, de la mécanique, de la chaudronnerie, de l’assemblage, du traitement de surface, des composites. L’ambition du Maroc est de développer une base industrielle diversifiée qui comprend les services, les activités d’ingénierie, la R&D. La partie compétences et ingénierie est d’ailleurs en train d’être développée à Rabat par la fondation MASCiR (Moroccan Association for Advanced Science, Innovation and Research). MASCiR regroupe trois organismes : le Triangle de recherche et d’innovation de la vallée du Moyen-Atlas (MAVRIT), l’Institut des nanomatériaux et des nanotechnologies (Inanotech) et l’association Savoir et Développement, regroupant des chercheurs et chefs d’entreprises marocains à l’étranger.

Tout juste en construction, l’Institut de formation dédié aux métiers de l’aéronautique (IMA), en partenariat avec l’Etat marocain, le Gimas et l’Union française des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) devrait ouvrir ses portes fin 2010 pour former des opérateurs, des techniciens et des cadres intermédiaires. Une première promotion de 300 est attendue, qui sera portée à 800 techniciens à l’horizon 2014-2015. Le projet est estimé à 105 millions de MAD (environ 9,25 M€).

La disponibilité des compétences est un enjeu majeur qui conditionne la croissance. En 2010, le secteur aéronautique marocain devrait employer 11 000 personnes. Il fait partie des secteurs industriels clés identifiés par les autorités. Lesquelles font valoir une fiscalité avantageuse, des aides à la formation, des aides à l’investissement et le statut de zone franche de l’aéropôle de Nouceur. En particulier, des bâtiments équipés en connectique notamment sont mis à disposition. Sur le plan fiscal, les entreprises bénéficient d’un taux d’impôt sur les sociétés de 8% sur 25 ans en moyenne, ainsi que d’une exonération totale des charges sociales pendant 24 mois pour un premier emploi, d’un salaire maximum de 550 euros. Des aides sont également accordées à l’installation en prenant en charge 10% d'un investissement limité à 2 millions d'euros.

Le port de Tanger Méditerranée est également un atout. Ses capacités de transport vont passer de 3 millions de containers à 8 millions en 2012. Un industriel peut ainsi livrer l’Europe en deux ou trois jours.

Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /Avr /2010 19:44

L'Express (édition internationale)

 

Immobilier.jpgHeureux ! Robert Griesbach, retraité de 63 ans, établi dans la région de Marne la Vallée, est impatient de s’envoler pour le Maroc. A une quarantaine de kilomètres d’Agadir, il a  acheté en juin dernier une villa avec piscine dans le village pour seniors créé par le groupe immobilier Dyar Shemsi. « Le soleil, la chaleur c’est ce qui m’attire. J’ai aussi vécu au Maroc durant ma prime enfance,  explique t-il. A Dyar Shemsi, il y a un centre médical, des services, on va se retrouver essentiellement entre Européens. Je ne serai pas isolé ». Pour sa maison -  deux chambres, une salle à manger -, il a déboursé 160 000 euros, sans compter la piscine.

« Depuis juin, je suis allé deux fois au Maroc pour voir l’avancement des travaux. La villa est prévue pour décembre. Dès que ma femme et moi-même, qui sommes en train de divorcer, aurons vendu la maison en France, je prends la route pour Agadir ! », lance Robert Griesbach.

A Dyar Shemsi, la commercialisation des 43 premières maisons de ce village pour retraités, concept novateur au Maroc, est presque achevée. Situé en pleine nature, dans une  paisible orangeraie de 30 hectares, le projet de 140 villas comprend un dispensaire médical ouvert 7 jours sur 7, des navettes pour se rendre à la ville la plus proche, mais aussi un restaurant, un club house, une piscine, un parcours de golf, des terrains de tennis et de pétanque…

« Nous avons principalement une clientèle de jeunes retraités français, âgés de 55 à 65 ans. Ils représentent près de 70% de nos futurs résidents, indique Omar Maaouni, directeur associé du groupe immobilier marocain. Pour ceux qui ne connaissent pas le Maroc, le projet rassure et présente les facilités de la vie en communauté ». Sans oublier les avantages fiscaux : abattement de 40% puis réduction d’impôt de 80% sur les pensions de retraites, à condition d’être résident fiscal au Maroc.

Pour une villa de 80 m², les prix débutent à 100 000 euros et peuvent grimper jusque 200 000 euros, selon les superficies et le niveau d’équipement.

« A contrario des concepts américains totalement réservés aux seniors, nous souhaitons éviter l’effet ghetto et introduire une mixité générationnelle et culturelle, avec une clientèle marocaine, plus jeune », précise Omar Maaouni. La crise ? « Elle a un impact, reconnait le directeur de Dyar Shemsi. Les banques jouent moins le jeu. Certains prospects hésitent aussi à se lancer dans l’acquisition d’un bien secondaire pour garder des liquidités afin d’aider leurs enfants ».

Pour les retraités, la demande concerne surtout le balnéaire, sur l’axe Agadir-Tanger. « Les budgets s’étalent de 150 à 250 000 euros (…) C’est une population qui a besoin d’être accompagnée», confirme Dounia Boukhari, directrice d’agence à Casablanca pour le groupe immobilier Laforêt. La filiale du groupe français commercialise ainsi seulement les produits de programmes neufs respectant le principe de la Vente en état futur d’achèvement (Vefa), régime juridique obligatoire pour la vente sur plans, qui prévoit le versement d’une caution bancaire ou une assurance, mais souvent peu respecté des promoteurs.

Changement de décor, près de l’ancienne cité portugaise d’Al Jadida. Sous un vigoureux vent marin, de petits groupes de golfeurs étrangers tapent la balle sur les links de Mazagan, station balnéaire du groupe sud-africain Kerzner, ouverte en octobre dernier. Sur la colline, la construction des résidences s’achève. 59 des 67 villas prévues ont été vendus, pour des prix oscillants entre 10 et 25 millions de dirhams (de 890 000 à 2,2 millions d’euros). De belles et vastes maisons avec piscine, de type californien, pouvant aller jusque 1 200 m², terrasse comprise.

« Nous pensons que nous aurons vendu la totalité dans les deux à trois prochains mois », affirme Marie Béatrice Lallemand, PDG de Mazagan. Les acheteurs ? Ils sont à 80% Marocains, originaires de Casablanca et de Rabat pour la plupart, motivés par l’acquisition d’une résidence secondaire en bord de mer, à une ou deux heures de trajet en voiture. Parmi les étrangers : des investisseurs Français et Suisses, professions libérales, jeunes retraités, amoureux du Maroc, qui choisissent El Jadida versus Marrakech à cause du climat et optent pour un environnement séduisant. Mazagan qui s’étend sur 250 hectares donne accès au golf, à la mer, à la forêt avoisinante, ainsi qu’aux services du resort (spa, restaurants, terrains de tennis, casino, discothèque, animations, kids club).

 

Marrakech victime de son succès

 

« La clientèle internationale est un peu arrêté par la notion de maison. En Europe, maison secondaire veut dire entretien du jardin, toiture à réparer, c'est-à-dire des responsabilités. Elle est davantage à la recherche d’appartements. C’est plus facile car la copropriété s’occupe de tout », indique toutefois Marie Béatrice Lallemand.

Contrairement à d’autres projets touristiques et résidentiels, Mazagan n’a pas été obligé de vendre les villas pour financer son développement hôtelier. Un vrai plus qui verra les premiers acquéreurs prendre possession de leurs maisons en juillet, dans un environnement achevé.

Dans les six premières stations balnéaires du plan Azur, la part du résidentiel de loisirs occupe 25 à 50%. « Pour les autres stations du plan Azur extension, il y aura 40% d’hôtellerie, 40% de résidentiel et 20% de RIPP, des résidences immobilières de promotion touristique, souligne Omar Bennami, directeur de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT). C’est un nouveau produit à cheval entre l’immobilier de loisirs et l’hôtellerie, du type appartement hôtel ». Tandis que le décret portant création des RIPP est sorti en 2009 seulement, le groupe français Pierre & Vacances, associé à la Caisse marocaine de dépôts et de gestion (CDG), est déjà à la manœuvre à Marrakech. Au sud-ouest de la ville ocre, la première phase d’investissement, dont l’achèvement est prévu fin 2012, portera sur la réalisation d’un Oasis Eco Resort de 480 appartements et maisons sur 50 hectares. Sur l’ensemble du territoire, l’objectif est de réaliser à l’horizon 2013, 3 000 appartements et résidences de tourisme.

Aujourd’hui victime de son succès, avec une offre surdimensionnée au regard de la demande, Marrakech a vu le prix de certains de ses appartements chuter drastiquement, de 30 à 40%, en raison de la crise. « C’est le cas notamment des produits hors du centre ville, sans petit plus comme un golf par exemple. Dans certains quartiers, le prix est tombé à 1 200 euros le m² quand il était à 1 600-2 000 euros, il y a trois ans », indique Bernard Charrière, responsable du groupe immobilier et d’investissement d’origine suisse MC Groupe, présent à Marrakech, Casablanca et Tanger. Par manque de trésorerie, certains projets sont carrément à l’arrêt. La qualité du bouclage des financements, le manque de suivi et de sérieux des promoteurs, notamment pour le respect des dates de livraison, est décrié.

Les autorités de la région de Marrakech ont ainsi décidé de geler les nouveaux projets, hors du périmètre urbain, privilégiant les offres originales, dans l’esprit du Samanah Country Club. Le projet réalisé par le groupe français Alain Crenn a été élu meilleur projet touristique et golfique au monde en 2009, par les International Property Awards à San Diego. Sur le site, les appartements se négocient à partir de 200 000 euros, les villas à partir de 365 000 euros. 50 maisons sur 200 prévues ont d’ores et déjà été livrées.

Mais depuis quelques mois, les opérateurs constatent une reprise. Après avoir connu une forte baisse de son activité de novembre 2008 à août 2009, Marc Alligier, directeur général de l’agence Mauresque, retravaille correctement. Son credo ? Le riad de luxe dans la médina de Marrakech. Son portefeuille contient quelques 150 riads refaits à neuf et une centaine d’autres à rénover. Sa clientèle essentiellement européenne semble plus mature. « Avant la crise, on voyait des gens qui passaient, rêvaient, qu’on pouvait encore acheter un riad pour 100 000 euros ou se faire financer totalement par une banque marocaine. Aujourd’hui, nous avons moins de contacts, mais faisons autant de transactions. Le phénomène de mode est toujours valable. A trois heures des capitales européennes, Marrakech offre un réel dépaysement », souligne Marc Alligier, qui constate un intérêt nouveau des clients espagnols.

« La clientèle a changé, confirme Bernard Charrière, de MC Groupe. Nous avons davantage de clients qui disposent de budgets plus importants, achètent de grosses maisons. On a l’impression qu’une certaine clientèle inquiète de l’évolution de la fiscalité en Europe est en train de s’organiser pour avoir une base arrière. Avec la baisse des taux sur les marchés financiers, nous avons aussi de nombreux cadres bancaires qui investissent dans l’achat d’un ou deux appartements pour la location, avec un rendement garanti ». Pour un appartement situé dans le centre ville de Marrakech, MC Groupe propose un rendement d’environ 6% net par an, une fois les charges courantes et de syndics réglés, contre 3-4% en moyenne en France. Les particuliers ne sont pas les seuls intéressés. MC Groupe a récemment été mandaté par un fonds d’investissement londonien afin de lui trouver un immeuble à l’achat à rentabiliser via la location touristique.

Loin de l’emballement euphorique de ces dernières années, le marché marocain de l’immobilier s’assagit, les acheteurs aussi font montre d’une plus grande prudence. « On pouvait observer des comportements très imprudents par le passé, comme des Marocains résidant à l’étranger faire une réservation sur un programme à Paris sans prendre la peine de se déplacer et de regarder », indique Franck Dautria, responsable du groupe Laforêt au Maroc. Pour les Marocains de l’étranger, une clientèle qui ne faiblit pas, Laforêt a même prévu une offre spéciale « Darkoum », qui permet de régler un acte d’achat en trois semaines. « Durant la période estivale, moment de retour prolongé au pays, nous organisons des visites après avoir cerné au plus près la demande. A condition que l’on ait préparé le dossier auparavant, voire même bouclé le financement, les démarches peuvent aller très vite », explique Dounia Boukhari.

Pour les MRE, l’acte d’achat est largement sentimental. L’idée est de se constituer un patrimoine dans la région d’origine, en profitant du bien un ou deux mois dans l’année. La maison ou l’appartement est mis en location le reste de l’année.

Dans le nord du Maroc, du côté d’Asilah, MC Groupe commercialise des appartements dans des résidences avec piscine, autour de 60 000 euros, principalement achetés par les MRE. Si la rentabilité annuelle en location est bien moindre qu’à Marrakech, « à long terme, c’est vraiment un bon placement, très stratégique, à quelques kilomètres de Tanger, qui sera requalifié en port de plaisance, et susceptible de donner une plus value intéressante à la revente dans cinq à dix ans », estime Bernard Charrière.

Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /Fév /2010 18:54

New African

 

Chenna.jpgPrésidente de l’association Solidarité Féminine, la Marocaine Aïcha Ech-Chenna a été récompensée par l’Opus Prize pour son combat en faveur des mères célibataires. Un prix d’un million de dollars.

A 68 ans, la militante marocaine Aïcha Ech-Chenna, mère de quatre enfants et trois fois grand-mère, juste remise d’un cancer, prend encore le temps de répondre aux multiples sollicitations des médias. Car depuis qu’elle a reçu, début novembre, l’Opus Prize valorisé à un million de dollars pour son action depuis 25 ans en faveur des mères célibataires au Maroc, la présidente de l’association Solidarité Féminine ne chôme pas. Créé en 1994 par Gerry Rauenhorst un richissime homme d’affaires du Minnesota qui a fait fortune dans la construction, l’Opus Prize, sorte de prix Nobel de l’humanitaire, couronne les œuvres sociales les plus marquantes dans le monde. Cofondée en 1985 avec la religieuse Marie-Jean Tinturier, au terme d’un long parcours bénévole et professionnel dans le secteur social au Maroc, Solidarité Féminine est une aventure éminemment courageuse dans un pays où être mère célibataire est vécu comme une infamie, se traduisant généralement par la mise au ban de la société. Encore aujourd’hui, dans la plupart des familles marocaines, la virginité des filles au mariage est exigée. Etre fille-mère est un délit, susceptible d’emprisonnement. L’avortement est interdit. Condamnée dans les mosquées à plusieurs reprises dans les années 2000 par des islamistes marocains, accusée d’encourager la prostitution, Aïcha Ech-Chenna continue inlassablement d’expliquer, d’éduquer le regard d’une société marocaine encore très conservatrice. Très tôt orpheline de père, Aïcha Ech-Chenna a passé son enfance à Marrakech puis son adolescence à Casablanca. Au cours de ses années, elle éprouve la solidarité et la bienveillance de notables marocains pour financer ses études, puis des religieuses côtoyées à l’école française et dans son travail. Ces mêmes religieuses qui la pousseront à devenir assistante sociale. Un syncrétisme qui la rapprocherait aujourd’hui de l’Abbé Pierre ou de Sœur Emmanuelle. « C’est un combat de tous les jours pour les amener à exister, pour qu’elles se disent je suis une maman à part entière. Ces filles là ne sont pas des prostituées. Elles se sont fait avoir par une promesse de mariage, parfois victimes de viols, plus rarement d’incestes, explique Aïcha. Lorsque ces mamans arrivent à Solidarité Féminine, elles refusent leur image, elles ont une mésestime d’elles même terrible, se voient comme des moins que rien (…) Tout le travail de l’association est de les accompagner, elles et leurs bébés, pendant trois ans, pour qu’elles recouvrent leur dignité, repartent avec une formation professionnelle et une réintégration familiale ». Il n’est pas rare que les mamans abandonnées finissent par épouser le père biologique ou renouent des liens avec leur propre famille.

Vers l’autonomie

A travers ses trois centres à Casablanca, Solidarité Féminine accueille une cinquantaine de mères chaque année, qui bénéficie d’un programme de soutien sur trois ans. Les jeunes femmes reçoivent une formation professionnelle dans les métiers liés à la cuisine, à la pâtisserie, à la couture, mais aussi au bien être et à l’accueil. Grâce au restaurant et au hammam de l’association, tous deux ouverts au public, les mères mettent en application leurs acquis et apprennent à gérer le regard du dehors. Parallèlement, le centre d’écoute de Solidarité Féminine oriente les mères en détresse. Entre 2003 et 2008, plus de 3 000 mères ont ainsi été aidées. L’association c’est également une crèche qui prend en charge les enfants dans la journée, assurant leur suivi médical. Solidarité Féminine intervient enfin pour la sensibilisation de l’opinion publique et faire la promotion des droits de la femme et de l’enfant. Assistantes sociales, psychologue, psychiatre, juriste, formatrices, personnels administratifs, le staff comprend une quarantaine de personnes. L’association fonctionne avec un budget annuel d’environ 4 millions de dirhams (environ 347 000 euros), autofinancé à hauteur de 50%, le reste provenant de l’aide internationale et marocaine, bailleurs de fonds et sociétés privées. Une mère et son enfant coûte environ 4 000 dirhams par mois. « Si l’on calcule ce que représente cette dépense sur trois ans et que l’on compare au coût d’un enfant abandonné, qui grandira dans un orphelinat, avec ce que cela comporte de souffrances psychologiques ». « Pour autant, on n’est pas là pour faire l’aumône. Il est important que ces mamans que nous accueillons pendant trois ans puissent se prendre en charge et repartir autonomes », souligne la présidente de Solidarité Féminine. Les mamans suivent également des cours d’alphabétisation. Et globalement, cela fonctionne. A leur sortie, nombre d’entre elles ouvrent un kiosque ou un commerce modeste, sorte d’étals où elles vendent des sandwichs, font de la petite restauration, grâce à un peu d’argent avancé par l’association, 1 000 dirhams en moyenne (environ 86 euros). « Elles apprennent vite, essaient de travailler dans de bons quartiers pour mettre leurs enfants dans des écoles corrects », raconte Aïcha Ech Chenna. L’expérience marocaine a même fait école en Tunisie, après que Solidarité Féminine ait été invitée par l’Unicef pour présenter ses actions aux associations locales en 2007. Aujourd’hui, avec ce prix d’un million de dollars, se pose la question de l’avenir pour Solidarité Féminine. Hafida El Baz, bras droit d’Aïcha Ech-Chenna, la pousse à créer une fondation à son nom, afin de pérenniser l’association et drainer des fonds. La présidente hésite, elle qui verrait bien le lancement d’un nouveau projet plus concret, comme un hôtel pour les étudiantes de l’université de médecine. De quoi parfaire la formation professionnelle de ses mamans célibataires et jeter de nouveaux ponts entre deux mondes.

Journaliste presse et reporter d'images indépendante, spécialiste de l'Afrique, je réside au Maroc depuis 2007.

Publications et reportages pour France Ô, L'Express, La Croix, Econostrum, New African, African Business, etc.  

 

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