Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /Jan /2009 19:22

Lancé il y a dix ans, le microcrédit a connu dans le royaume une croissance spectaculaire. Mais les associations de microcrédit sont depuis quelques mois confrontées au surendettement des bénéficiaires. La restructuration du secteur est en marche.

 
Enveloppée dans sa djellaba rose, Khadija déballe son stock devant les agents de l’association de microcrédit Al-Amana, la plus importante du pays. Sur la table, s’amoncèlent des couvertures bariolées, des serviettes de bain, du linge de maison, que cette mère de cinq enfants vend à domicile aux femmes des environs. Khadija est couturière à Bourgogne, un quartier populaire de Casablanca, situé derrière la grande mosquée Hassan II. C’est la troisième fois qu’elle fait appel à Al-Amana pour un crédit solidaire. Aujourd’hui, elle a besoin de 8 000 dirhams (720 euros) pour acheter une machine à coudre et du tissu.

Khadija, Meryem, Mina, Rhama : elles sont quatre voisines à solliciter un microcrédit, toutes couturières et prêtes à se serrer les coudes, si l’une d’entre elles est défaillante. « Un pour tous, tous pour un », s’amuse l’un des agents de crédit. La caution solidaire est la condition sine qua non pour l’attribution d’un prêt. Des quatre, Meryem, dont le mari est cordonnier, possède la plus jolie maison, plus claire, moins humide. Dans un coin de la terrasse, sur le toit, elle a installé un petit atelier fait de planches. « La banque, non, je n’y ai pas demandé de prêt, je sais que je n’aurai rien (…) Avec Al Amana, il suffit de donner une copie de la carte d’identité et une photo », explique t-elle.

Artisan, musicien et magicien comique, Miloudi Dayfi, un célibataire moustachu de 37 ans, est installé à Benslimane, une ville de 45 000 habitants entre Casablanca et Rabat. Dans sa boutique, véritable caverne d’Ali Baba, il vend des cadres photos, des céramiques, des assiettes, qu’il illustre lui-même avec des collages graphiques. Régulièrement, Miloudi participe à des festivals et donne des représentations de magie dans les écoles de la région. Sa petite affaire fonctionne bien. Il estime ses revenus à 10 000 dirhams par mois. Son crédit, de 20 000 dirhams, c’est auprès de la Fondation Banque Populaire pour le microcrédit (FBPMC) qu’il l’a contracté. Un prêt qui lui a notamment permis d’acheter une imprimante laser couleur et une sono. « Il me reste encore deux traites à régler, confie t-il. Ensuite, je souhaite demander un autre prêt de 40 000 dirhams pour acheter une voiture d’occasion, afin de partir en tournée avec mes musiciens ».

Zahra s’offre une pause-déjeuner dans sa boutique de l’ancienne médina de Casablanca, au milieu des boîtes à bijoux en bois de thuya d’Essaouira et des céramiques rapportées de Marrakech. A 57 ans, Zahra, originaire de Zagora et séparée de son mari, est à la tête de quatre échoppes. Deux de ses enfants travaillent avec elle. Les trois autres ont réussi à partir en Espagne. « Au début, je travaillais dans l’informel. Et puis avec le microcrédit, mes affaires ont prospéré. J’ai ouvert la première boutique il y a 5 ans, maintenant je suis inscrite au registre du commerce », explique pas peu fière, la commerçante.

 

Réussite spectaculaire et spectre du surendettement

 

Au Maroc, le microcrédit bénéficie à près d’1,4 million de personnes, soit 20% du total des ménages, pour un encours global d’environ 7 milliards de dirhams (630 millions d’euros). Sur les treize associations de microcrédit (AMC) actives, les cinq plus grandes (Al Amana, Zakoura, Fondep, FBPMC et Ardi) servent 95% du marché, avec des taux pratiqués de 13 à 15% (8 à 9% pour les banques). La clientèle ? Féminine à 64% et concentrée en zone urbaine.

Le microcrédit, c’est l’histoire d’une réussite exceptionnelle qui a démarré il y a une dizaine d’année et voit aujourd’hui le royaume chérifien figurer dans le Top 3 mondial pour l’encours des crédits  et au Top 10 pour les performances accomplies. Dans la région Mena, le Maroc est numéro un avec 40% des bénéficiaires. Selon une étude d’impact réalisée par Planet Finance Maroc, filiale de l’organisation créée par Jacques Attali, le ménage voit ses revenus augmenter de 20% en  moyenne lorsqu’il a recourt au microcrédit. « La famille mange mieux, on se soigne mieux, on éduque mieux. Cela ne signifie pas forcément un saut qualitatif extraordinaire ou que l’on passe de la microfinance à la banque. Le premier avantage du microcrédit est de stabiliser l’emploi », explique Mohamed Maarouf, directeur de Planet Finance Maroc.

 

Depuis quelques mois, cependant, la machine semble se gripper. A cause du surendettement des clients. Le portefeuille à risque à 30 jours est passé de 2 à 5% en raison des crédits croisés, c’est-à-dire du recours à plusieurs associations par un même emprunteur. Celui-ci représente près de 350 millions de dirhams. «Le crédit croisé n’est pas une nouveauté, mais les montants accordés ont augmenté. Et les clients vont prendre sur le marché tout l’argent disponible et pas juste ce dont ils ont besoin», souligne Mohamed Maarouf. Entre 2004 et 2006, le montant moyen des prêts est passé de 2 000 à 6 000 dirhams. Au crédit solidaire est également venu s’ajouter, il y a quatre ans, le prêt individuel, permettant de financer l’amélioration de l’habitat, et dont le montant est plus important.

« Le problème c’est que l’on se marche dessus, souligne Rida Lamrini, ancien président de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM) et président d’INMAA, Institution marocaine d’appui à la micro-entreprise. Dans certaines régions, il n’y a pas de microcrédit. Les zones rurales ne sont quasiment pas couvertes. En revanche, dans certaines villes, on peut trouver 5 ou 6 associations de microcrédit dans la même rue, qui se font concurrence. C’est cocasse».

Le crédit croisé représenterait ainsi près de la moitié du portefeuille de certaines associations. Pour la Fondation Banque Populaire pour le microcrédit (FBPMC), le problème est le manque de vigilance des professionnels et le sous-financement des besoins des micro-entrepreneurs, plafonnés à 50 000 dirhams. « Un montant insuffisant pour régler le pas de porte d’un petit commerce ou développer un élevage. Ce qui explique que les bénéficiaires font le tour des associations », estime Mustapha Bidouj, directeur de la FBPMC, avec 190 000 bénéficiaires à son actif. Pour lui, le microcrédit est l’antichambre du secteur bancaire. « 12 000 de nos clients sont aujourd’hui bancarisés à la Banque Populaire », se réjouit le directeur de la FBPMC.

Pourtant, passer de la microfinance à la banque n’est pas chose aisée, surtout quand on est analphabète (40% de la population marocaine). Moins un problème de solvabilité qu’une méfiance et gêne à l’égard d’un système où les « gens ne sont pas comme nous ». A une quarantaine de kilomètres de Casablanca, Mohammed, éleveur de vaches et apiculteur, a fait la démarche inverse. Suite à la sécheresse qui a frappé le Maroc deux années de suite, il a emprunté à la FBPMC pour acheter de l’aliment pour bétail, plutôt que de s’adresser à la banque où il détenait un compte. « Au Crédit agricole, les modalités de remboursement ne me conviennent pas, explique ce père de huit enfants. Le microcrédit est plus souple».

 

Financiarisation du secteur

 

Le secteur est en pleine réflexion et phase de restructuration. Devant la hausse des impayés, la réaction de la Banque centrale (BAM) ne s’est pas fait attendre, qui a demandé la mise en place d’une centrale des risques, prévue au premier trimestre 2009, et l’établissement de nouvelles règles prudentielles, notamment la hausse des fonds propres. Et pour répondre aux exigences de la BAM, les petites associations, à l’instar d’INMAA, qui compte 12 000 bénéficiaires, devront fusionner, accepter d’être absorbées par de plus grandes ou disparaître. Dans un autre registre, Al Amana, plus grosse association du pays, avec 490 000 clients actifs et un encours de 2,78 milliards de dirhams, se posait la question de la titrisation de ses créances…avant que ne survienne la crise financière mondiale.

Parallèlement, le secteur réfléchit à une plus grande sophistication, en vue de servir de nouveaux clients et offrir des produits différents, comme l’assurance et la collecte d’épargne (même si pour l’instant BAM l’interdit). « La très petite entreprise est trop grande pour la microfinance et trop petite pour la banque. Il existe un espace, mésofinance, à développer », explique Mohamed Maarouf. Dans l’informel, les TPE seraient un million.

Pour les AMC, le repositionnement géographique, en direction des zones rurales, est également souhaité. Estimé à 3 millions d’habitants, le marché du microcrédit est quasiment saturé en zone urbaine. Dans le rural, les associations devront exercer leur métier autrement. Le risque agricole, comme la sécheresse, est plus difficile à appréhender. A contrario d’une activité commerciale générant des flux réguliers, l’agriculture donne ses fruits deux à trois fois par an seulement. « Le secteur agricole est un secteur que les associations de microcrédit ne connaissent absolument pas. On pourrait dire la même chose pour la micro-entreprise. Celui qui investit dans un four pour faire de la boulangerie industrielle ne va pas rembourser tous les 15 jours », indique François Lagier, directeur de l’Agence française de développement au Maroc et membre du conseil d’administration du fonds Jaida de refinancement aux petites et moyennes AMC.

Globalement le secteur du microcrédit est tiré vers le haut, se rapprochant des exigences du secteur bancaire commercial, en termes de gouvernance, de gestion des risques, de rentabilité, pouvant faire craindre de s’éloigner des objectifs sociaux.  La loi demande aux associations d’être viables au bout de cinq années.

Le Maroc porte deux visions, deux réalités du microcrédit, estime François Lagier. « La première est locale, de proximité. C’est celle des associations qui ont quelques milliers de clients. La seconde est partagée par les grandes associations nationales qui gèrent des centaines de milliers de clients. Les problèmes ne sont pas les mêmes. Il faut donner aux grandes la possibilité de devenir autre chose que des associations à but non lucratif, pour lever du capital, sans faire disparaître les petites structures».

Rida Lamrini, pour sa part s’interroge : « Il y eut une époque où les bailleurs subventionnaient le microcrédit. Aujourd’hui, la profession veut s’arrimer au secteur financier. Je me demande dans quelle mesure nous sommes toujours fidèles à notre mission de départ ».

Article publié dans l’Express



Pères fondateurs

L’essor du microcrédit au Maroc ne serait pas ce qu’il est sans l’engagement de personnalités fortes, engagées dans l’action sociale et militants de la première heure pour le respect des droits humains.

Fouad Abdelmoumni, directeur depuis 1997 d’Al Amana, la plus importante association de microcrédit du Maroc, est l’un d’eux, connu pour son engagement en faveur de l’insertion économique des victimes de la répression politique. Lui-même a été détenu plusieurs années, durant les « années de plomb ».

Nourredine Ayouch, le fondateur de Zakoura en 1995, la seconde plus grande association du royaume, est à l’origine de l’introduction du théâtre social au Maroc dans les années 70 et créateur de la revue Kalima, ayant succombé à la censure. A la tête d’une des premières agences de publicité du pays, Ayouch avait lancé Daba 2007 avant les dernières élections législatives pour inciter les jeunes à participer à la vie politique.

Emanation de l’Association marocaine de solidarité et de développement (AMSED), à l’origine du microcrédit dans le pays en 1993, l’association INMAA est présidée par Rida Lamrini, écrivain, membre du Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH).

Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /Déc /2008 10:49

Alors que les travaux de l’usine Renault-Nissan au Maroc n’ont pas encore démarré, les annonces d’implantations d’équipementiers se succèdent.

 

De la crise mondiale qui secoue le secteur automobile, il fait à peine mention. Emmanuel d’Arfeuille, responsable d’activité de la société française Faar Industry, est affirmatif : sa société ouvrira, début 2009, un bureau d’études à Tanger ou à Casablanca. « C’est la question des ressources humaines qui nous fait hésiter entre les deux », explique le responsable de cette entreprise spécialisée dans les systèmes électroniques de contrôle embarqués. Car, comme de plus en plus d’entreprises, elle est attirée par la volonté affichée du groupe Renault- Nissan de voir se développer sur le territoire marocain des activités de recherche et développement, dans la perspective du démarrage de son futur site de production de 200000 véhicules à l’horizon 2010 (400000 en 2013). De son côté, CIS Optim’AXES, PME française spécialisée dans la robotique, qui s’est déjà investie aux côtés de Renault en Roumanie, regarde le marché marocain très sérieusement, à l’instar du fabricant de pneumatiques Hutchinson. Attrait identique pour le groupe Sumika Polymer Compounds, détenu majoritairement par Sumitomo, le numéro deux du secteur pétrochimique au Japon. En partenariat avec Sodevic, une société locale de fabrication de caoutchouc, basée à Salé, dans la banlieue nord de Rabat, le groupe Sumika vise l’approvisionnement en polymères de l’ensemble des fournisseurs du constructeur travaillant dans l’injection plastique. Dans ce but, Sumitomo doit démarrer, en 2009, une nouvelle usine de polypropylène en Arabie saoudite, d’une capacité de 700 000 tonnes par an. « D’ici à 2010 nous en attribuerons autour de 5 000 tonnes pour le Maroc, et qui couvriront la totalité des besoins du pays », explique Mohamed Demnati, consultant pour Sumika.

 

Produire pour tout le groupe

 

Recherche et développement, transformation du plastique et du caoutchouc, robotique, pneumatique, mais également emboutissage, fonderie, fabrication de phares, les besoins de la future usine de Tanger, dont la construction devrait démarrer au premier semestre 2009, sont colossaux. Et si la crise frappe les esprits – Renault a annoncé la baisse de 25 % de sa production au quatrième trimestre et des suppressions d’emplois massives –, aucun développement ne semble actuellement remis en question au Maroc. Bien au contraire. Dans la perspective du démarrage de la production à l’horizon 2010, le constructeur français entend accompagner l’implantation de ses fournisseurs, dans la zone franche de Tanger, Tanger Med, où leur sont réservés 60 hectares pour leur installation. « Renault a décidé de mettre en place une liste de fournisseurs préférés, qui seront aidés, en particulier, pour leur mise à niveau », indique Jean-Claude Loffi, le directeur achats Renault Maroc. Objectif : atteindre un taux d’intégration local de 50 % pour les pièces automobiles, et de 80 % à terme. « Nos fournisseurs devront avoir la capacité de produire pour Renault et Nissan au Maroc, mais aussi pour tout le groupe Renault dans le monde entier », souligne Jean-Claude Loffi. Une chance à saisir pour le Maroc.

Publié dans Jeune Afrique

 

Passage à vide dans la zone franche

Si les investissements sont maintenus pour le port de TangerMed, la crise se fait sentir dans la zone industrielle. « Depuis quatre mois, la zone franche connaît une baisse d’activité », confirme Abdelilah Elmansar, responsable des relations internationales et institutionnelles de l’Agence spéciale Tanger Méditerranée (TMSA). Certains opérateurs parlent d’un repli de 15% à 20 %. Les plus affectées sont les entreprises les plus liées aux Européens. En raison des difficultés d’Opel, l’américain Delphi a réduit partiellement sa production. Toutefois, l’avenir marocain dans l’automobile reste dégagé tant la diminution des coûts est devenue une obsession mondiale. « Il y a quelques années seulement, les achats hors pays développés représentaient 5 % seulement. L’objectif est de passer à plus de 35% à l’horizon 2010 », explique Frédéric Motte, le responsable des achats internationaux chez PSA Peugeot Citroën.

Le constructeur vise une production locale à 80 %, équipements compris.

Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /Déc /2008 13:13

Au Maroc, les femmes célibataires sont de plus en plus nombreuses, surtout dans la classe moyenne. Un nombre croissant de jeunes femmes, autonomes sur le plan financier, refusent de se plier au diktat de la norme sociale. Elles le vivent douloureusement.

"Le mariage à tout prix, non ! Et habiter seule, même si j’en ai les moyens, c’est impensable. Ma mère le prendrait mal (…). À 31 ans, célibataire, j’ai l’impression d’être une extraterrestre", confie Leila, jeune femme exigeante, qui travaille dans l’audit. Après ses études de droit à Paris, Leila, issue d’une famille aisée, est rentrée au Maroc il y a cinq ans. Le mariage, elle l’envisage avec un Marocain, musulman, pour des raisons culturelles, mais elle peine à trouver l’âme sœur. Ses échappatoires ? Des week-ends à l’étranger. Et une quasi-absence de vie amoureuse.
Boulimie, anorexie, sentiment d’étouffer, révolte envers sa famille : Sofia, 28 ans, analyste financier dans une banque d’affaires, déverse son mal-être devant un chocolat chaud. La voix est posée, les manières élégantes, mais le regard sombre lorsqu’elle évoque son éducation. "Mon père n’a pas souhaité que je fasse mes études à l’étranger pour me protéger des mauvaises influences et ne pas diluer mon identité marocaine. Lui, en revanche, a passé plusieurs années en France pour devenir ingénieur. Je ne comprends pas les contradictions de mon éducation. Oui à l’ouverture sur le monde, les livres, les magazines, la réussite professionnelle et en même temps, non à mon statut de femme. Impossible de sortir, d’avoir une relation amoureuse", raconte la jeune femme. La solution ? Une double vie faite de petits mensonges, avec la complicité tacite de sa mère. "Je fais le mur pour retrouver mes copines le soir. Je prétexte des séminaires professionnels à l’étranger pour prendre des vacances à Marbella (en Espagne, Ndlr)", confie Sofia, qui en a assez d’attendre pour vivre enfin sa vie et lorgne vers l’Europe.

De la soumission à la révolte

Infantilisées, porteuses de "l’honneur" de la famille, obligées de justifier déplacements et relations, de préserver leur réputation, les Marocaines peinent à s’émanciper complètement, malgré leur éducation et un début d’autonomie financière, sous peine de rupture avec la famille et de mise au ban de la société. "Une femme seule dans l’espace public ne sera pas respectée. L’indépendance est limitée par la sphère sociale, la famille. Une Marocaine est dépendante du mariage pour avoir des enfants. Hors mariage, c’est puni par la loi, jusqu'à six mois d’emprisonnement", rappelle Géraldine Dulat, rédactrice en chef de Femmes du Maroc, magazine à l’avant-garde du combat féministe et de la réforme de la Moudawana (code de la famille) au Maroc.
Or, le mariage est en crise. Son âge moyen pour les femmes recule, de 24,3 ans en 1987 à 27,2 ans en 2007, selon une étude du Haut Commissariat au Plan (HCP), La femme marocaine en chiffres, publiée en octobre dernier. Le célibat se développe parmi les trentenaires ; il concerne 29 % des femmes de 30 à 34 ans (10 % en 87) et 18,9 % de la tranche des 35-39 ans (5,4 % en 1987).
"Nous vivons une période de chaos, de transition nécessaire, dans laquelle les Marocaines s’imposent de plus en plus, exigent le respect, la communication, le partage des tâches dans leur couple. On passe d’une situation de soumission à la révolte, d’où la hausse des divorces", explique Soumaya Naamane Guessous, sociologue à l’université de Casablanca. En revanche, peu nombreux sont les hommes marocains "modernes" prêts à faire des concessions, notamment envers l’exigence de virginité au mariage. "Ces jeunes femmes éduquées, d’un niveau social supérieur, ont beaucoup de mal à construire des relations durables ; elles vivent une grande solitude. Elles ont le profil émancipé recherché par les hommes pour sortir, sont de bonne compagnie, spirituelles, souvent coquettes. Mais en même temps, elles inquiètent les hommes lorsqu’il est question de mariage. L’homme marocain s’accroche à ses privilèges, refuse le partage du pouvoir dans le couple", souligne Mme Guessous.
Samira, 35 ans, professeur chercheur, vit avec sa mère. Elle travaille et voyage énormément. Elle n’est pas pressée de se marier. "Le mariage va contre mon ambition professionnelle. Peut-être parce que les hommes que je rencontre ne tolèrent pas qu’une femme puisse s’accomplir en dehors du foyer conjugal et en dehors de la maternité", explique-t-elle. Le regard porté par la société sur ces célibataires trentenaires est très dur. "On considère qu’elles ont un problème, ce qui peut les conduire à s’isoler, voire se désocialiser", ajoute la sociologue.
À l’autre bout de l'échelle sociale, la nécessité économique pousse de plus en plus de jeunes femmes, issues de milieux modestes, à quitter leur campagne pour s’installer et travailler dans les grandes villes du royaume. Et à s’affranchir de la tutelle patriarcale, par la force des choses. Surtout, la scolarité des filles se développe. Des éléments qui, selon Soumaya Naamane Guessous, permettent un certain optimisme quant à l’évolution de la condition féminine au Maroc.
Publié dans Syfia/InfoSud
Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 23:37

La crise financière qui secoue la planète aura-t-elle des répercussions sur le marché de l’immobilier au Maroc ? La question taraude les ménages du royaume. Début octobre, tandis que Casablanca, dans le sillage des grandes bourses mondiales, subissait de fortes corrections,  Addoha, valeur immobilière phare,  plongeait, imitée par Alliances Développement Immobilier, autre grand promoteur marocain. L’économiste Karim Amara se veut pourtant rassurant.  Si la demande, dans le très haut standing et le luxe, est effectivement liée à la conjoncture internationale, les stocks ne sont pas colossaux, et peuvent être donc absorbés par le marché. A Marrakech et Agadir « c’est l’attentisme qui prévaut», estime Youssef Iben Mansour, le président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI).
A Tanger, la demande ne faiblit pas, bien au contraire, observe pour sa part, Laurent Paul Alteresco, directeur du groupe Repimmo Maroc. « Ces dernières semaines, nous avons reçu des centaines de demandes avec de gros budgets, de 650 000 à un million d’euros», précise t-il. En revanche, l’immobilier touristique risque, lui, d’être affecté.

Dans le secteur résidentiel, les opérateurs se sont donné le mot : pas de panique, la crise n’est pas pour demain. Il faut dire que la demande de logements au Maroc est avant tout nationale. Elle reste donc soutenue,  qu’il s’agisse du haut ou moyen standing, du logement économique ou social. Les carnets de commande sont pleins, les ventes de ciment en hausse. Sur les 8 premiers mois de l’année, les crédits immobiliers ont augmenté de 23,8% pour atteindre près de 130 millions de dirhams (11,7 millions d’euros). Une croissance de 43,5%, comparée à la même période de l’année dernière.

Globalement, l’économie marocaine se porte bien. Même en tenant compte d’une baisse probable de la demande extérieure, la croissance devrait tourner autour de 4% en 2009, indique Karim Amara. Le bémol pourrait venir d’un resserrement du crédit bancaire, les établissements marocains répercutant la hausse du taux directeur à 3,5% décidé par la Banque centrale, fin septembre, pour lutter contre l’inflation. Les banques commenceraient, en outre, à prendre la pleine mesure du surendettement de certaines couches de la population, notamment les ménages salariés moyens disposant d’un revenu compris entre 2,5 et 5 fois le SMIC (2700 dirhams, soit 242 euros).

« Le question du logement au Maroc est un problème d’adéquation. Nous avons une offre insuffisante, en particulier des difficultés pour mobiliser le foncier », explique Mounia Lahlou, directrice de la promotion immobilière au ministère de l’Habitat. Conséquence : l’envolée spectaculaire des prix du foncier et des constructions, spécialement dans le moyen et haut standing, à Rabat et Casablanca.

Les prix de l’immobilier à Casablanca ? « Devenus trop chers », se morfond, Imane, une juriste d’une trentaine d’années, à la recherche depuis près d’un an d’un appartement dans les quartiers chics de la capitale économique. Célibataire, la jeune femme, dont les revenus dépassent largement les 20 000 dirhams mensuels (environ 1 823 euros), réside encore chez ses parents. Son objectif : réaliser le bon investissement en achetant pour louer. Mais en ciblant le m² entre 15 et 20 000 dirhams, difficile de trouver chaussure à son pied. Pour Driss, journaliste, qui fait partie de la classe moyenne supérieure, c’est un autre problème qui est venu s’ajouter à la flambée des prix : son refus de verser du « noir » (dessous de table) aux promoteurs, environ 20% du bien immobilier ; une pratique courante dans le royaume, exacerbée par la pénurie de logements.

 « Pour le moyen et le haut standing, soit environ 10% de l’offre, les prix sont montés vite sur un laps de temps assez court, moins de 5 ans. C’est aussi le secteur qui a fait le plus parler de lui, où l’on a dépensé le plus d’argent en communication », indique William Simoncelli, directeur de l’agence immobilière Carré Immobilier.

Dans les villes nouvelles, comme Tamesna, Tamansourt, Tagadirt, Lkhyayta ou Melloussa, bâties pour désengorger les grands pôles urbains, où se côtoient standing et logements économiques, la situation est un peu différente. Les spéculateurs ont acheté en masse et joué la hausse des prix en limitant la mise sur le marché de nouveaux produits. En outre, l’offre n’est  pas toujours en phase avec les attentes. « On construit grand, beaucoup trop grand. Des appartements de plus de 200 m², aujourd’hui qui peut acheter cela ?», tempête Laurent Paul Alteresco.

Sur ce segment, l’horizon pourrait cependant rapidement s’éclaircir. Depuis cinq ou six mois en effet, les opérateurs constatent un tassement des prix et un ralentissement des ventes, à Marrakech, mais également à Casablanca et Rabat. Il y aurait également moins de demandes déposées de permis de construire. Logique retournement de situation. Reste à savoir si les promoteurs vont camper sur leurs positions. Pour ceux qui ont contracté un emprunt bancaire, « le sursis tire à sa fin et les premières échéances arrivent en 2009-2010 », rappelle Karim Amara. Ce qui penche en faveur d’une baisse des prix.

Les difficultés véritables du marché, c’est du côté du logement social qu’il faut les chercher.  « L’inadéquation entre l’offre et la demande amène la couche moyenne qui a du mal à se loger, à s’orienter, soit vers  le logement à standing en s’endettant énormément, soit, le plus souvent,   sur les logements destinés aux couches sociales défavorisées», explique Mounia Lahlou, responsable au ministère de l’Habitat. Selon son ministère, le pays manquerait d’un million de logements environ, et il en faudrait entre 120 000 et 130 000 de plus pour répondre à l’accroissement naturel de la population.

Pour venir en aide aux ménages les plus pauvres, dont les revenus ne dépassent pas 1,5  fois le SMIC, les autorités marocaines ont lancé, au printemps dernier, le logement « super économique », à moins de 140 000 dirhams (12 500 euros) ; un programme de 130 000 logements sociaux (de 50 à 60 m²), totalement exonéré d’impôts. Les 2/3 de ces logements sont réalisés par le holding public d’aménagement Al Omrane. Le reste devait l’être, en principe, par le secteur privé. Mais,  avec l’envolée du foncier et la hausse des prix des matériaux de construction, notamment l’acier et le ciment, l’opération ne se révèle guère attrayante pour les promoteurs privés, lesquels font des marges autrement plus intéressantes dans le moyen et haut standing. « Jusqu’à 30-40% pour les meilleurs d’entre eux », admet Youssef Iben Mansour. Pour l’heure, la réponse des promoteurs privés à l’appel à manifestation d’intérêt, lancé par la FNPI en juillet dernier, est très timide « et ce malgré la défiscalisation totale », souligne son président. « Il n’y a pas d’engouement des principaux opérateurs du secteur (…) Ils jugent le produit non rentable ». Ces dix dernières années les promoteurs privés nationaux étaient les plus gros producteurs de logements sociaux au Maroc explique M. Iben Mansour, mais ils ont déserté le secteur depuis que les autorités ont réduit les avantages fiscaux liés à ces programmes.

L’Etat marocain a donc du revoir sa copie. Les autorités réfléchissent, pour une nouvelle version du « super logement économique », à un système de péréquation entre les différents types de biens d’un même programme. Il pourrait même s’engager seul si besoin était. Karim Amara, économiste, se montre dubitatif : « Est-ce que l’Etat pourra véritablement construire des logements sociaux à 150 000-200 000 dirhams ? Compte tenu de l’évolution des prix, cela me parait difficile ».
Publié dans l'Express


Tanger : le grand boom
Pour Bernard Charrière, directeur de MC Groupe Connexion, spécialisé dans le haut de gamme, « les prix à Tanger se sont plus ou moins stabilisés, voire seraient en légère baisse ». Il était temps.« Ces derniers mois, Tanger c’est la déferlante avec aussi des prix complètement farfelus », estime de son côté Laurent Paul Alteresco, directeur du groupe Repimmo Maroc, spécialisé dans l’accompagnement de projets. « Nous avons une très forte demande de l’étranger et travaillons avec une quinzaine de nationalités, beaucoup d’Anglo-Saxons et des Russes ». Une population pour qui l’argent n’est pas un problème. Tanger s’internationalise. Les projets structurants, comme le port de Tanger Med et l’implantation prévue du groupe Renault-Nissan participent de cet engouement.Mais il y a aussi d’autres raisons à ce boom immobilier. «Les trafiquants font construire des immeubles entiers pour recycler l’argent, en proposant le m² à 35-40 000 dirhams. Ils se moquent bien de vendre », explique un professionnel. Dans la ville, on murmure  que le « noir » atteindrait jusque 50% de la valeur d’un bien. Au Maroc, en l’absence d’indices officiels de suivi des prix de l’immobilier, il y a un manque de visibilité pour les acquéreurs. « Ce qui constitue souligne souligne Mohamed Iqbal El Kettani, directeur délégué de la FNPI, à l’emballement de prix »

 

Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /Nov /2008 00:07

Le rapprochement avec l’Europe, premier partenaire commercial, s’accélère. En revanche, dans le cadre de l’accord d’Agadir (avec la Tunisie, l’Égypte, la Jordanie), les échanges restent limités.

En se voyant accorder le statut avancé, le Maroc amorce un nouveau virage dans ses relations avec l’Union européenne (UE) et, partant, avec ses États membres. En particulier les sept qui ont une ouverture sur la Méditerranée. Comment se positionne le pays à l’échelle du Bassin méditerranéen ? L’ancrage économique européen se fera-t-il au détriment de la zone arabe, notamment des autres membres de l’accord d’Agadir (Tunisie, Égypte, Jordanie) ? Non, assurent les autorités du royaume.
« La crise mondiale aura un impact sur l’économie marocaine en raison de la structure de ses échanges. […] Mais, paradoxalement, s’il y a des ­difficultés en Europe, notamment en France, le Maroc peut se révéler une parfaite plate-forme de délocalisation », souligne l’économiste Karim Amara. En l’occurrence, sur la carte d’état-major des grandes firmes européennes, la destination Maroc est de plus en plus prisée pour l’offshoring, en raison de sa proximité géographique et culturelle, ainsi que de ses coûts salariaux moindres. À environ 2 700 dirhams (246 euros), le smig brut marocain est cinq fois inférieur au salaire minimum français (1 321 euros brut mensuels).

Plus de valeur ajoutée

Les grands du secteur tertiaire l’ont bien compris, comme les sociétés de services en ingénierie informatique Capgemini, Steria, Atos Origin, Logica, SQLI, Ubisoft, ou encore BNP Paribas. Dans l’industrie automobile, la compétitivité du Maroc attire également les investisseurs, séduits par le rapport coût-qualité de la main-d’œuvre, mais aussi par l’infrastructure portuaire performante, en particulier celle de Tanger. Ainsi, déjà présent dans le pays, Renault-Nissan va installer sa plus grande usine commune dans la zone économique spéciale de Tanger-Méditerranée, pour un investissement projeté de 600 millions d’euros et une capacité de production envisagée de 200 000 voitures par an dès 2010 (destinée pour 90 % à l’exportation). Dans son sillage, les équipementiers étrangers confortent leurs investissements. L’américain Delphi transfère sa production espagnole sur son site de Tanger, créant 3 000 emplois. Le français Faurecia, deuxième équipementier automobile européen, crée une usine à Kénitra (au nord de Rabat) pour 10 millions d’euros, qui devrait employer à terme 650 personnes. Non loin de là, dans la zone industrielle de Bir Rami, l’allemand Leoni ouvre une unité de production pour 22,5 millions d’euros.
De son côté et malgré la rude concurrence tunisienne, le secteur aéronautique se développe, motivé par la décision de l’avionneur européen Airbus, suivi sur le terrain par ses sous-traitants, de délocaliser hors zone euro, au Maghreb - notamment en raison de l’appréciation de la monnaie européenne vis-à-vis du dollar. La production de composants aéronautiques se concentre sur le pôle de Nouasseur, près de Casablanca. Le groupe Safran y est déjà bien implanté, à travers Labinal, Aircelle Maroc, Matis Aerospace, Snecma Morocco Engine Services (Smes), Sagem Sécurité Maroc. Plusieurs PME, en particulier des françaises, viennent de s’installer, parmi lesquelles Auvergne aéronautique, ARM, Segula Technologies, Socata (filiale d’EADS), et, début 2009, Nexans doit mettre en route une nouvelle ligne de production de câbles high-tech pour le compte d’Airbus.

Vers la libéralisation totale ?

Très tourné vers l’Europe bien avant l’octroi du statut avancé, le Maroc doit désormais plancher sur la mise en place d’une zone de libre-échange globale et approfondie (Alea). Déjà acquise pour les marchandises à l’horizon 2012, la libéralisation portera aussi sur les produits agricoles et les services. L’agriculture… Sujet sensible. La pression est forte, côté européen, pour accroître le plus rapidement possible les quotas marocains d’importations de blé, tout en résistant à l’entrée de certains produits, notamment les tomates et les fraises.
« L’Europe a ses propres contraintes. […] Ce que souhaite le Maroc, c’est l’application, la prise en compte progressive de la règle communautaire », indique Youssef Amrani, ambassadeur et directeur général des relations bilatérales au ministère marocain des Affaires étrangères. « La partie communautaire demande un degré de libéralisation très avancé sur le blé, la viande, quelques produits en conserve. […] Le Maroc, pour sa part, estime que les mesures d’accompagnement de son agriculture ne sont pas encore suffisantes », précise Karima Kabbaj, négociatrice principale sur ces questions au ministère. D’autre part, le pays est tenu par ses engagements envers les États-Unis (clause de préférence contenue dans l’accord de libre-échange).
Il est également question de l’intégration régionale côté Sud. Membre fondateur, avec la Jordanie, l’Égypte et la Tunisie, de l’accord d’Agadir, le Maroc ne souhaite pas porter tous les efforts de négociation et voir les pays arabes partenaires profiter trop facilement des retombées. L’accord d’Agadir (accord commercial entré en vigueur à la fin de mars 2007, en prélude à la création d’une zone euro-méditerranéenne de libre-échange) prévoit notamment l’abolition immédiate de toutes les barrières non douanières et le démantèlement des droits de douane sur les produits industriels. « Son intérêt est de pouvoir bénéficier du cumul paneuro-méditerranéen. Le tissu fabriqué en Tunisie, transformé au Maroc et exporté vers l’Europe, bénéficiera de droits de douane préférentiels », explique un responsable au ministère du Commerce extérieur. Objectif : développer les échanges commerciaux entre les quatre pays signataires, dont la valeur, actuellement, ne dépasse guère 4 % de leur commerce extérieur. En première ligne sont visés les secteurs du textile et de l’automobile.

Les petits pas du quartet d’Agadir

Il reste cependant un long chemin à parcourir. En effet, la forte similitude des exportations des quatre partenaires d’Agadir vers un même marché (notamment dans la filière des câbles et faisceaux pour l’automobile ou l’aéronautique) intensifie la concurrence et le protectionnisme. Néanmoins, il y a quelques mois, l’Égypte et le Maroc sont parvenus à s’entendre pour exporter la Logan marocaine vers le pays des Pharaons.
Dans le textile, le royaume mise sur le fast-fashion, concept développé par les donneurs d’ordres espagnols Inditex (Zara, Massimo Dutti) et Mango, qui consiste à renouveler les séries en un temps record. L’unité technique de l’accord d’Agadir préconise aussi de développer plus en amont les échanges dans le secteur textile. Il s’agit, en particulier, de recourir davantage aux fils et tissus de coton produits par l’Égypte, l’une des faiblesses du Maroc résidant dans le manque de matières premières.
Publié dans Jeune Afrique

Dimanche 19 octobre 2008 7 19 /10 /Oct /2008 11:56

Trois ans avant l’inauguration de Renaut-Nissan à Tanger, l’équipementier marocain double sa capacité de production pour préserver sa position.

La Société industrielle du verre (Induver) n’a pas attendu l’installation de Renault-Nissan à Tanger, prévue en 2011, pour se mettre au diapason. Si une majorité de ses confrères marocains s’inquiète, Rachid Abdelmoumen, 37 ans, attend de pied ferme les équipementiers internationaux que le constructeur français entraînera dans son sillage.
Depuis la rentrée de septembre, sa capacité de production a plus que doublé, pour fournir désormais l’équivalent de près de 200 000 véhicules par an (neufs ou pièces de rechange). La société a investi 40 millions de DH (3,6 millions d’euros) depuis 2000, dont 10 millions dans ce dernier investissement qui porte, avec 50 recrutements ces six derniers mois, les effectifs à 300 salariés. Et la perspective d’un concurrent nommé Saint-Gobain ? « Rien d’officiel. De façon générale, la venue d’équipementiers internationaux au Maroc est une bonne chose, cela permettra de structurer le secteur et de développer le marché », indique crânement le directeur de la société, un chirurgien-dentiste formé en Pologne, une profession qu’il n’a jamais exercée, happé par les affaires familiales à son retour au Maroc.
Induver est le numéro un marocain du vitrage automobile (pare-brise, vitres latérales, lunettes arrière), qui représente 80 % de son activité. Sur un marché très atomisé, il se place loin devant Sotraglace Maroc et Somaver, dirigé par un autre Abdelmoumen, Mohamed. Induver intervient également pour le marché du bâtiment, notamment dans l’immobilier de bureau et le tourisme. Depuis le rachat de l’entreprise à son propriétaire italien, en 1993, Induver connaît une croissance continue de 10 % à 20 % par an en moyenne. Le chiffre d’af­faires devrait dépasser les 160 millions de DH cette année, dont 70 % réalisés localement, dans l’automobile, en hausse de 10 points en un an. Il faut dire que le marché marocain des véhicules particuliers a dépassé la barre des 100 000 ventes en 2007 (103 500, + 23 %) et que la production de la Somaca (groupe Renault) a franchi celle des 40 000 véhicules. L’objectif étant de parvenir à 100 000 à l’horizon 2010.

Marchés de niche à l’export

À l’export, la situation se fait plus difficile. « Ces derniers temps, nous ressentons un tassement de la part des donneurs d’ordre européens, un marché où nous essayons de travailler sur des niches, comme les voitures sans permis, les engins de manutention et les pièces de rechange à travers des partenariats que nous sommes en train de développer avec PSA et General Motors », précise le directeur d’Induver. Mais, pour lui, les difficultés sont ailleurs. « Ce qui nous pénalise énormément, c’est le manque de matières premières. » La société importe la totalité de ses intrants, notamment la feuille de verre float, très gourmande en énergie pour sa fabrication, ou encore les émaux pour la sérigraphie (pour vitres teintées) et jusqu’aux pièces de rechange des machines.
Publié dans Jeune Afrique

Mercredi 15 octobre 2008 3 15 /10 /Oct /2008 17:06

Professionnalisme grandissant, développement des médias, nouveaux outils et réflexions sur la réglementation, le secteur de la communication au Maroc est en pleine mutation. Côté chiffres, ils sont plutôt bons. On estime à près de 7 milliards de dirhams (623 millions d’euros) le poids du secteur, dont la moitié concerne la publicité.

 

Les professionnels sont unanimes, le secteur de la communication au Maroc a fait un pas de géant ces quelques dernières années. Les métiers se sont complexifiés, diversifiés ; les outils se sont développés.

Entre les agences globales en communication, les agences médias, celles spécialisés sur l’événementiel, les relations publiques, les relations presse ou la communication politique et de crise ; entre les régies publicitaires, les sociétés spécialisées dans l’affichage, les directions marketing et les annonceurs, on trouve de tout dans le petit monde de la communication. Que le savoir-faire soit adossé à une multinationale (Publicis, PR Media avec Hill&Knowlton, Klem EuroRSCG) ou décliné localement, voire régionalement (Shem’s, Mozaïk, Saga, Drive Communication, TBWA Alif).

Les tendances ? Une plus grande professionnalisation aidée par des formations de qualité délivrées par des écoles locales. C’est aussi la segmentation du secteur, entre média et hors média, et son corollaire une augmentation des coûts. Surtout, le développement des médias et nouveaux outils de communication, via le web, le téléphone mobile, l’engouement pour l’événementiel, la diffusion des gratuits ou le street marketing, changent la donne. Avec une croissance économique plus structurelle, tirée par l’immobilier, la téléphonie et la banque-assurance, les budgets des annonceurs sont globalement à la hausse.

Selon Sigma Conseil, bureau d’études marketing et médias, basée en Tunisie, les investissements de la publicité télévisée de Maroc Télécom, Meditélécom et Wana ont atteint 44 millions d’euros en 2007.

« Les métiers se sont complexifiés, diversifiés (…) Des stratégies de marques, associant tous les supports, se mettent en place », souligne Antoine Calandra, directeur général de Publicis Maroc, qui voit son métier comme celui d’un chef d’orchestre, désireux de s’adjoindre les meilleurs solistes. Publicis Maroc, filiale de l’un des cinq plus grands groupes de communication au monde, est un hub régional pour le Maghreb et l’Afrique francophone.

Approche holistique ou globale, à l’instar de la mouvance mondiale : il n’existe plus de frontières entre la télévision, la radio, le print, les relations publiques, les campagnes de promotion, etc. Il s’agit de décliner une idée ou un concept par le biais de différents canaux de communication. La téléphonie mobile, notamment, use de cette stratégie, multipliant les messages  via les supports télé, l’affichage, la publicité dans la presse, les SMS, les stands, les services aux consommateurs, et s’assurant de leur cohérence. « Les marques sont sorties de leurs écrins, elles sont aujourd’hui dans une historicité plus féconde », remarque Antoine Calandra. La surprise, mais aussi la sincérité sont plébiscitées.

Dans l’ensemble, le chiffre d’affaires du secteur de la communication est estimé à 7 milliards de dirhams (environ 623 millions d’euros), dont la moitié pour la publicité.  « Pour un pays qui a une culture de l’image récente, -la publicité date d’il y a 30 ans environ, le Maroc va extrêmement vite », souligne d’ailleurs le directeur de Publicis Maroc. Le marché de la publicité en 2007, ce sont 3,5 milliards de dirhams (non inclus les investissements publicitaires réalisés à l’extérieur du pays), plus de 2 500 annonceurs et près de 500 entreprises opérant dans le secteur (agences conseils, agences média, régies, etc.).

Mais il y a aussi des bémols. « C’est encore largement la pagaille (…) Les délais de paiement sont toujours longs, il y a un manque de service », estime de son côté Alexandre Corsin, directeur général de ComNews, mensuel spécialiste du secteur.

 

Entre créativité et réglementation

 

Côté créativité, Klem EuroRSCG est de loin plébiscité, devant Saga et Shem’s. « Globalement, le Maroc reste assez classique dans ses choix, les annonceurs cherchent à plaire à tout le monde et ne prennent pas de risques », estime un professionnel.

La publicité, reflet d’un pays ? Tabous et interdits, autour du corps, de la femme, de la religion, n’aident pas à libérer les énergies. Pour autant, le recours à d’autres ressorts semble négligé. « L’humour est un vecteur formidable, largement sous-utilisé », indique Alexandre Corsin. « Second, troisième degré, on sous-estime les consommateurs marocains ». Pour Antoine Calandra, « la bonne créativité pour une marque c’est être pertinent, c’est apporter une bonne réponse à un problème et à un public donné (…) Sinon, c’est de l’art ! » « Tout dépend de la cible. On n’est pas créatif de la même façon lorsque l’on s’adresse à une ménagère ou à un cadre supérieur marocain », ajoute le directeur de Publicis Maroc. L’idée est de personnaliser de plus en plus les messages. Et on ne dit pas les mêmes choses selon les supports. A ce titre, la presse féminine marocaine joue un rôle important  

Tendance récente : outre l’emploi du français et de l’arabe classique, le recours au darija pour davantage de proximité avec le consommateur.

Niveau réglementation, les choses vont bon train également. Après l’adoption d’un guide des bonnes pratiques en publicité, les professionnels du secteur, annonceurs, agences conseils en communication, Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca), réfléchissent à la mise en place d’un bureau d’autorégulation, à l’image du Bureau de vérification de la publicité en France (BVP).

Pour Antoine Calandra de Publicis, il manque également au Maroc la constitution d’une association de protection des consommateurs. En matière d’environnement, de lutte contre l’obésité des enfants, en matière de santé, il est important que les industriels et les publicitaires prennent conscience des enjeux, estime t-il. Quand l’agence conseil se fait la voix du consommateur.

Dans cette veine, un projet de loi pour la protection des consommateurs prohibe la publicité mensongère, autorise la publicité comparative si cette dernière est véridique et loyale, enfin recommande la création d’un Conseil supérieur de la consommation. L’affichage des prix en arabe est également demandé.

Article publié dans Conjoncture

Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /Oct /2008 15:05

Première conséquence de l’offshoring, stratégie de développement qui cherche à attirer au Maroc les majors du monde informatique, comme Atos Origin, Cap Gemini ou Logica, les SSII marocaines voient la concurrence se durcir.

« Des sociétés comme Tata, Atos ou Sofrecom, qui bénéficient d’avantages fiscaux liés à leur statut de compagnies offshore, certaines taxes pouvant être deux fois moindres, grignotent aussi des parts du marché local, ce qui nous inquiète grandement », indique Brahim Benlahmr, président de Brams Technologies.

Créée en 2000, son entreprise comptera 50 collaborateurs fin 2008, pour un chiffre d’affaires de 40 millions de dirhams (DH, soit 3,6 millions d’euros). Spécialisée dans le conseil technologique, le développement, l’intégration et l’externalisation de solutions, Brams joue la carte du service et de l’accompagnement pour fidéliser ses quelque 80 clients, et développe une expertise métier en direction des banques, des centres d’appel, de l’administration, notamment. « Nous sommes sur un marché particulier, sur de petits projets inférieurs à 10 millions de dirhams », explique Jamal Benhamou, directeur général de Brams.


Au Maroc, on dénombre 1 500 opérateurs, toutes nationalités confondues, dans le secteur des TIC (SSII, offshoring, télécommunications). Les SSII marocaines seraient entre 200 et 300,  dont les plus grandes sont GFI, CBI, M2M, Omnidata-Cap’Info. Leur point commun : avoir su développer une expertise dans un domaine particulier, comme la monétique pour HPS (Hightech Payment Systems), l’une des sociétés leader dans le secteur.

Les dirigeants de HPS, qui ont pris le train de la monétique à son démarrage dans les années 1980, ont développé un savoir-faire local avant de se vendre à l’international. Aujourd’hui, HPS exporte ses solutions dans 51 pays du globe, soit 80% de son chiffre d’affaires à l’étranger (150 millions de dirhams de CA total en 2007). Numéro un en Afrique, HPS est très présente dans les pays du Golfe, mais également en Europe et en Amérique du Nord. La société prévoit de porter son effectif à 220 personnes d’ici la fin de l’année.


Sur les marchés de niche, la SSII Percall, d’origine lyonnaise, qui a bâti son développement à partir du Maroc, a trouvé une ouverture entre les sociétés informatiques pures et les centres d’appels : le support technique multilingue et le développement de logiciels, qu’elle réalise à partir du Maroc, depuis 2003, pour les clients européens de grands comptes, tels Microsoft ou les éditeurs américains, Sun Microsystems et Parametric Technology PTC. Le petit plus : couvrir les six langues européennes majeures, en recrutant les profils parmi la diaspora marocaine.

Se distinguer à tout prix, c’est un peu le leitmotiv de Brams qui, pour sa part, vise l’international. La société ambitionne de réaliser plus de la moitié de son chiffre d’affaires à l’étranger en 2012. D’ores et déjà, Brams a ouvert des bureaux en France, en Suisse, au Canada et en Algérie, pays voisin qui a sa faveur. « La stratégie de régionalisation de nombreuses entreprises basées au Maroc, et nous pour les accompagner, plaide en ce sens », indique Brahim Benlahmr.

Un marché de taille encore restreint

En 2007, le marché marocain des TIC pesait 40,3 milliards de dirhams (3,6 milliards d’euros) en 2007, dont 5,7 milliards pour l’industrie informatique, le reste étant du domaine des télécommunications. Les activités liées à l’offshoring étaient estimées à 1,2 milliard de DH. Pour l’avenir, Mohamed Horani, PDG de HPS et président de l’Association des professionnels de technologies de l’information (Apebi), revendique un positionnement opportuniste. « Sur des technologies récentes, avec éventuellement deux à cinq ans de décalage, les sociétés marocaines sont capables d’une forte expertise. Elles l’ont démontré pour la monétique et ses applications, comme le transfert d’argent et le paiement par téléphone mobile. Elles doivent explorer de nouveaux domaines, tels la biométrie et le e-governement. »


Article publié dans Jeune Afrique

 

Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 00:53

Au Maroc, verser un dessous-de-table pour l'achat d'un logement est monnaie courante. Ce qui est plus surprenant, c'est que les banques ont intégré cette corruption dans leurs prêts immobiliers.

Depuis 2006, Hind, la trentaine dynamique, employée dans le secteur médical, est propriétaire avec son mari d'un appartement dans le quartier chic du Maârif, à Casablanca. Payé 1,5 million de dirhams (132 000 euros), dont 25 % « au noir », versés en espèces au promoteur. C'est auprès de sa banque que Hind a trouvé la solution pour financer ce dessous-de-table. Outre un crédit immobilier classique, la Banque marocaine pour le commerce et l'industrie (BMCI), filiale de BNP Paribas, lui a accordé un crédit « aménagement » : même taux et même durée (quinze ans), pour près de 280 000 dirhams. « Nous nous sommes arrangés avec notre banquier », concède Hind. Devant le notaire, l'appartement a été sous-évalué.

30 % du prix payés au noir

« Au Maroc, les banques peuvent financer un bien jusqu'à 125 ou 130 % », confirme avec un clin d'œil Hicham, directeur financier. Lui-même admet avoir versé 30 % de cash à un promoteur pour une villa sur les hauteurs de Casablanca : « Je la voulais, je n'avais pas le choix. Le noir est passé en crédit à la consommation pour l'équipement de la maison. Là, on ne demande pas de justificatifs. »

Bien sûr, les établissements financiers ne le reconnaissent pas ouvertement. Encore que... Jusqu'à une directive récente de la banque centrale, la BMCE affichait la couleur. « On appelle cela des frais annexes, du crédit d'aménagement ou du crédit à la consommation, mais quand on accorde un crédit d'équipement supérieur à sept ans, il s'agit bien de financer du noir », explique le n° 2 d'une grande banque marocaine.

Il est même difficile pour les banquiers de faire la sourde oreille aux demandes de leurs clients, tant cette pratique est entrée dans les mœurs. Depuis 2007, la Société générale marocaine de banques, filiale du groupe français, propose discrètement cette « prestation » en finançant des frais annexes sur vingt-cinq ans, selon l'un de ses cadres. « Les banques qui financent l'immobilier le font aussi depuis belle lurette », souligne Adam, un journaliste trentenaire qui se distingue par son refus de verser des dessous-de-table. « J'ai mis quatre ans avant d'acheter à cause de cela », s'insurge-t-il.

Cette pratique défavorise les jeunes ménages et les classes peu aisées, surtout dans un contexte de flambée des prix de l'immobilier. « Le risque, c'est la défaillance de l'acheteur. Avec un bien sous-évalué, le coût de ce risque augmente. Même si on récupère le bien, à quel prix va-t-on le vendre ? » souligne un responsable de banque.

Mais, depuis quelques mois, le fisc fait montre d'un plus grand zèle. Du coup, la Fédération nationale des promoteurs immobiliers a des sueurs froides. Elle vient d'ailleurs de demander à l'Etat une amnistie fiscale pour les cinq dernières années en échange d'un comportement plus éthique...
Article publié dans l'Expansion

Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 00:33

Le Maroc revient de loin ! Dans le domaine de l’éducation, si les indicateurs s’améliorent, et consacrent la quasi-généralisation de l’accès à l’enseignement primaire, pour les filles et les garçons, les défis à relever restent de taille. En termes d’équité, de qualité ou d’efficacité de l’éducation dans la zone Mena, le Maroc est à la traîne, indique la Banque mondiale, dans son dernier rapport sur la réforme de l’éducation dans la région. Le Royaume y est classé 11ème sur 14.

Pour le Conseil supérieur de l’enseignement au Maroc, le bilan  de la réforme lancée en 2000 est mitigé. Oui, l’accès à l’enseignement s’est démocratisé et les disparités entre zones urbaines et rurales se sont estompées. Au niveau du secondaire, l’amélioration est spectaculaire dans les collèges en milieu urbain. Mais les dysfonctionnements demeurent et cachent mal la mauvaise qualité de l’enseignement au Maroc. Les taux de redoublement et d’abandon sont importants. Ils sont 70% des élèves d’une même cohorte à terminer effectivement leur cycle primaire, dont 37% sans redoublement. Et seuls 13% des élèves de cette même cohorte parviendront à obtenir leur diplôme de baccalauréat.

« Aux conditions économiques difficiles des familles, facteur classique d’abandon du système éducatif, on peut mentionner une certaine déficience au niveau de la qualité des apprentissages et plus généralement la crise de l’école, qui n’est plus perçue comme un vecteur de mobilité sociale ou garante d’une intégration professionnelle », explique Sobhi Tawil, spécialiste du programme éducation pour la région Maghreb auprès de l’Unesco à Rabat. Et puis, il y a les enseignants, mal formés, mal payés, démotivés et peu reconnus socialement.

Dans la presse marocaine francophone et parmi les dirigeants d’entreprises, le débat sur l’arabisation de l’enseignement fait rage. Le système actuel veut que l’enseignement dans le primaire et le secondaire soit dispensé en arabe. Un système déconnecté des réalités économiques et du marché de l’emploi local, tandis que le tourisme ou les secteurs clés du plan Emergence, aéronautique, automobile, offshoring, qui jouent la carte de la mondialisation, recrutent à tour de bras. Un système critiqué pour sa piètre qualité et son incohérence avec le cycle de l’enseignement supérieur. Dans l’Oriental, « près de la moitié des étudiants lauréats du baccalauréat en sciences expérimentales poursuivent dans les filières droit, économie et lettres, pour lesquelles l’enseignement est dispensé en arabe, car ne peuvent pas suivre les cours en français de la faculté de sciences », explique ainsi Mohamed el Farissi, président de l’université d’Oujda.

Paradoxalement, cette question des langues, cruciale car au cœur du processus d’apprentissage, n’est pas abordée frontalement par la réforme. Terrain sensible. Les logiques culturelles, identitaires, idéologiques, politiques, pédagogiques s’affrontent. En attendant, le débat au niveau national n’a pas lieu. Les écoles privées marocaines et la mission française continuent, elles, de former les enfants des élites et classes aisées marocaines. 

Aujourd’hui, le Maroc consacre près de 25% de son budget à l’éducation. Ce qui est  déjà beaucoup. La marge de manœuvre est étroite. « Difficile pour le Maroc de mobiliser encore plus de financements publics. Se pose donc la question du financement privé et d’impliquer davantage les collectivités locales», souligne Sobhi Tawil. Se pose aussi la question de l’équité. L’objectif est d’augmenter la part de l’enseignement privé à 20% contre 7,1% actuellement.

Article publié dans Jeune Afrique
 

Alphabétisme et scolarisation

 

Taux d’alphabétisation des adultes

1995-2005

(%, plus de 15 ans)

Taux net de scolarisation au primaire (%)

2005

Taux net de scolarisation au secondaire (%)

2005

Dépenses publiques par élève du primaire en % du PIB par habitant 2005

Maroc

                  52,3

86

35

23

Tunisie

74,3

97

65

21

Algérie

69,9

97

66

11,5

Afrique subsaharienne

59,3

72

26

13

Etats arabes

70,3

83

59

13,3

Monde

82,4

87

59

nd

Source : rapport Pnud 2007-2008, Unesco.

Journaliste presse et reporter d'images indépendante, spécialiste de l'Afrique, je réside au Maroc depuis 2007.

Publications et reportages pour France Ô, L'Express, La Croix, Econostrum, New African, African Business, etc.  

 

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