Lundi 10 décembre 2007 1 10 /12 /Déc /2007 13:46

Ces derniers mois, le déploiement des sociétés marocaines en Afrique se fait plus rapide : dans la banque, les télécoms, l’industrie, les BTP ou la gestion de services publics. Avec aussi quelques ratés.

 

Vers le Sud, le mouvement des entreprises marocaines s’accélère. A l’étroit sur leurs marchés domestiques, les champions nationaux se cherchent une nouvelle frontière. Dernière annonce en date : Attijariwafa Bank vient de racheter la CBAO, première banque du Sénégal. L’établissement marocain avait déjà sévi, il y a un an, en faisant l’acquisition de la Banque sénégalo-tunisienne (BST). La Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE) n’est pas en reste, actionnaire depuis mars dernier de 35% de la Bank of Africa (BOA), présente dans une dizaine de pays africains. Dans le secteur minier, Managem, filiale de l’ONA, déjà active au Gabon et en RDC, vient de recevoir l’autorisation de prospecter de l’or au Congo Brazzaville. Delattre-Levivier Maroc, leader dans l’industrie métallique, a décroché il y a quelques mois un contrat de 18 millions de dollars pour la réalisation d’une plateforme pétrolière au Gabon (société Perenco). Sothema, spécialisée dans la fabrication de médicaments, est présente au Sénégal via sa filiale, West Afric Pharma. Dans la gestion de services publics délégués, l’Onep gère l’eau potable du Cameroun, après avoir obtenu fin 2006 son premier contrat international en Mauritanie. L’Office national d’électricité fait valoir son expérience en matière d’électrification rurale sur le continent. Le Maroc, c’est aussi la tête de pont, sorte de hub régional pour les entreprises françaises, souhaitant s’étendre sur le continent. Vivendi est présent au Gabon, en Mauritanie et au Burkina Faso, via sa filiale Maroc Télécom, détenue à 51%. La liste serait longue ; dans les secteurs du BTP, de la monétique, de l’agro-industrie, du tourisme, les entreprises marocaines sont également présentes. « Les investissements marocains en Afrique sont très diversifiés », indiquait récemment Abdelkader H. Allaoua, directeur de la région Maghreb pour la Société financière internationale (SFI), lors d’un colloque sur les opportunités en Afrique. Ces entreprises, qui ont atteint une taille critique, n’ont d’autres choix que de se tourner vers le sous-continent ; le marché domestique est étroit, l’Europe où la concurrence est rude, quasiment inaccessible. « C’est le moment idéal pour investir en Afrique (...) La politique macroéconomique est bien meilleure, l’inflation maîtrisée, le taux de change stable», souligne M. Allaoua. Ce qui n’empêche pas les « ratés ». Celui de la Royal Air Maroc (RAM) évincée d’Air Sénégal International après plusieurs mois de relations difficiles ; les autorités sénégalaises ayant décidé de reprendre le contrôle de 75% du capital de la compagnie aérienne locale. Face à un déficit de plus de 19 millions d’euros, le Sénégal a jugé que la gestion de la RAM avait montré ses limites. Dans le secteur du BTP et de l’immobilier, le groupe Chaâbi (Ynna Holding) a fait part à plusieurs reprises de ses déconvenues, notamment au Sénégal, en raison de lobbies politiques et religieux.

Le Sud, frontière déplacée. Pour l’Europe qui délocalise au Maghreb. Pour le Maroc, qui se cherche de nouveaux marchés. Du côté marocain, l’assouplissement du régime des changes, l’été dernier, devrait permettre d’accroître les exportations et faciliter les investissements. Désormais, les PME-PMI peuvent investir à l’étranger jusqu’à hauteur de 30 millions de dirhams sans autorisation préalable de l’Office des Changes. Par ailleurs, le Maroc négocie actuellement un accord de libre échange avec les pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), pour faciliter le commerce et les investissements. Selon le ministère marocain du Commerce extérieur, cet accord pourrait être signé en 2008. Pour l’heure, sur le continent africain, seuls les pays signataires de l’accord d’Agadir (Tunisie, Egypte, Jordanie) ont des accords de libre échange avec le Maroc.

Le continent africain est comme pris en sandwich. Il y avait l’Afrique du Sud. Désormais, il faudra compter avec le Maroc, second investisseur africain sur le continent avec 468 millions de dollars en 2006.
Article publié dans Marchés Tropicaux et Méditerranéens

Par Christelle Marot - Publié dans : Actualité
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