Partager l'article ! La démographie enfin favorable au Maghreb: Jeune Afrique Avec la baisse du nombre de personnes à charge et le recul ...
Jeune Afrique
Avec la baisse du nombre de personnes à charge et le recul de l’indice de fécondité, la pression se relâche sur les pouvoirs publics et la population active. Qui disposent désormais d’une plus grande marge de manœuvre.
Seule région du monde arabe ayant véritablement achevé sa transition démographique, avec moins de 3 enfants par femme, le Maghreb dispose désormais d’une fenêtre d’opportunité, moment
historique où la structure de la pyramide des âges pourrait permettre un véritable décollage économique. Avec moins d’enfants et un faible nombre de personnes âgées à charge par individu, les
pouvoirs publics et les ménages disposent d’une marge de manœuvre plus grande. Pour l’Algérie et le Maroc, les personnes âgées de 65 ans et plus ne représentent que 5% de la population
totale.
« Le Maghreb dispose aujourd’hui d’une plus grande classe d’actifs, des adultes qui peuvent travailler, épargner, investir (…) Le défi est d’investir maintenant dans les jeunes générations, dans l’éducation, la santé, de construire une cohorte capable de pousser la croissance, comme ce fut le cas dans les années 70 et 80 pour les dragons asiatiques », estimait Thoraya Ahmed Obaid, directrice du Fonds des nations unies pour la population (Fnuap), en marge du 26ème Congrès international de la population, fin septembre, à Marrakech
Pour Prem Chandra Saxena, chercheur indien, la fenêtre d’opportunité ouverte début des années 70 se refermera en 2018 pour la Tunisie et l’Algérie, et en 2035 seulement pour le Maroc (67 ans de dividendes démographiques).
Le ralentissement démographique devrait ainsi permettre de souffler et de consacrer davantage de fonds à renforcer la qualité et la spécialisation de l’éducation. « Quand une population croit à 4% comme c’était le cas dans les années 60 et 70 pour le Maroc et l’Algérie, vous devez parer au plus urgent, construire des écoles vaille que vaille, former des maitres à la va vite, scolariser à tout prix », indique Youssef Courbage, démographe chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined) à Paris.
Vers une transition démocratique ?
En revanche, le marché de l’emploi devrait être sujet à tensions. Selon Kamel Kateb, également chercheur à l’Ined, les générations nées au cours des années 80 et au début des années 90 seront plus nombreuses à se présenter sur le marché du travail. Et il faudra attendre les générations nées après 1995 pour que les effectifs deviennent moins importants. Si l’on en croit les estimations de l’ONU, la population active algérienne totale atteindra les 18,5 millions de personnes en 2020. Pour répondre à la demande projetée, il sera nécessaire, selon le chercheur, de multiplier par 2 le nombre d’emplois existant aujourd’hui.
La transition démographique est-elle le prélude d’une transition démocratique ? C’est la conviction de Youssef Courbage, coauteur avec Emmanuel Todd du « Rendez vous des civilisations ». « La transition démographique, analyse t-il, c’est aussi le desserrement de la pression à l’intérieur des familles. Avec 7 enfants, le pater familias devait faire régner une discipline de fer. Avec deux enfants vous pouvez vous permettre d’être plus démocratique. Or qu’est ce que la société, sinon une extrapolation de la famille ?».
Pour ce dernier, l’islamisation d’une partie de la population marocaine ces dernières années, s’explique notamment par une transition démographique brutale, avec ses conséquences sur les relations de genre, le rôle de la femme et son émancipation, la pratique de la contraception.
« Il peut y avoir une perception de déloyauté parce que les femmes sont plus libres de leurs corps, dans des sociétés qui étaient masculines, machistes, cela est déstabilisant ». Mais à l’instar de ce qu’a connu l’Europe, cette déstabilisation ne serait que temporaire.
L’indice de fécondité ne reflète pas seulement la possibilité de croissance d’une population, mais aussi ses mentalités, modernistes
ou traditionnalistes. « Pendant longtemps, on a dit que les pays arabes et musulmans étaient incapables de se moderniser, notamment sur le plan
mental et démographique. Aujourd’hui, les femmes en Tunisie ont quasiment le même nombre d’enfants qu’en France, laquelle a débuté sa transition au milieu du 18ème siècle. C’est dire si les
transformations au Maghreb ont été rapides ».
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